Il n’est pas aisé d’identifier un seul récit global dans les primaires de mardi du parti travailliste.

Cela constitue-t-il un témoin du déclin du parti travailliste ? Avec seulement 49 000 électeurs possibles, cela représente la plus petite primaire que le parti ait jamais connu.

Mais le parti travailliste réalise aussi dans les sondages de meilleurs résultats qu’il ne l’a fait en 15 ans. Le chef du parti Isaac Herzog a réussi à s’autotransformer d’un candidat indésirable sans éclat en ce qui semble être l’unique alternative crédible (en termes électoraux) à l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Si le parti travailliste a une chance de remporter l’élection nationale du 17 mars, alors peut-être que la primaire de mardi est significative pour la simple raison qu’elle déterminera les identités de certains des ministres les plus importants du prochain gouvernement israélien, sauf que cela ne sera pas le cas. Il y a déjà trop de postes promis et occupés dans la liste jointe entre le parti travailliste et Hatnua.

Un gouvernement théoriquement dirigé par le parti travailliste verrait Herzog comme Premier ministre, suivi par Tzipi Livni d’Hatnua en tant que ministre des Affaires étrangères ou de la Défense, avec le poste économique le plus important réservé à l’économiste Manuel Trajtenberg qu’Herzog a ajouté à sa liste le mois dernier, et un poste clef à la Défense ira à un « candidat sécuritaire » pas encore nommé qu’Herzog ajoutera à la liste.

Il semble très peu probable que les députés qui seront parvenus à être sur la liste après la primaire de mardi trouveront une place à la table du gouvernement même si le parti le dirige.

Il y a peu de nouveaux visages, même si, pour être honnête, plus de la moitié de la liste actuelle du parti travailliste a été élue pour la première fois lors de la dernière élection.

Et il n’y a pas de message fort et dominant.

Le parti travailliste explique qu’il veut la paix et que la droite est incapable de trouver un compromis, mais c’est le Likud, et pas le parti travailliste, qui a supervisé tous les retraits territoriaux majeurs de l’histoire d’Israël, alors que l’historique du parti travailliste en matière de construction d’implantation est à peine « mieux » que celui du Likud.

Sur l’économie également, il serait bien difficile de souligner une différence majeure entre le parti au pouvoir et son adversaire le plus sérieux dans les sondages.

Les deux comprennent que la pauvreté se concentre sur les Haredi et les communautés arabes, et que des politiques encourageant à une participation plus forte dans le monde travail pourrait changer la situation, tandis que tous les deux sont trop préoccupés par le soutien Haredi dans une future coalition pour parler clairement sur le sujet.

Les deux soutiennent l’idée de casser les monopoles et d’augmenter la concurrence tout en diminuant le coût de la vie et en développant les aides sociales et en matière de santé. Aucun de deux partis ne sait vraiment comment cela pourrait être accompli.

Le désintérêt relatif que les média israéliens démontrent à l’égard de la primaire du parti travailliste est donc compréhensible.

Néanmoins, il y a quelques éléments à surveiller alors que les résultats de la primaire commencent à nous parvenir dans la nuit de mardi :

1. Il y a une course pour la première place (derrière Herzog et Livni) entre l’ancienne chef du parti Shelly Yachimovich et l’ancien avocat vétéran Eitan Cabel. C’est une course qui a entraîné un moment politique surréaliste.

La semaine dernière, des rumeurs ont circulé parmi les activistes du parti que Cabel et des soutiens majeurs d’Herzog, les députés Erel Margalit et Merav Michaeli, étaient tombés d’accord pour coordiner les votes de leurs soutiens afin d’éloigner Shelly Yachimovich de leur liste.

Les rumeurs suggéraient qu’il s’agissait d’une campagne organisée au bénéfice de Cabel, et aussi pour celui d’Herzog. Diriger un parti qui a vu 11 changements de direction au cours des 22 dernières années, le chef du parti travailliste peut, de manière compréhensible, être inquiet quant au succès des possibles successeurs.

Pourtant, les rumeurs sont ensuite parvenues aux députés concernés. Eitan Cabel a rapidement quitté le chevet de sa fille hospitalisée pour apparaître à un événement de campagne et a nié qu’il y avait un accord anti-Yachimovich. Il a fait des compliments à Yachimovich et a incité les électeurs de la primaire à voter pour elle.

Dans le même temps, Margalit, Michaeli et Herzog lui-même se sont tous prononcés en faveur de Yachimovich, ne serait-ce que pour dissiper l’image négative que les rumeurs sur une telle « liste d’élimination » pourrait avoir dans une campagne.

Le soutien des dirigeants du parti à Yachimovich dans le sillage des rumeurs était si important que certains commentateurs ont suggéré que c’était le camp de Yachimovich qui les avait lui même lancées, afin d’apparaître comme une victime dans la course contre Cabel.

C’est suffisant pour donner à n’importe quel observateur un mal de tête, et de tels jeux peuvent expliquer pourquoi il y a si peu d’observateurs intéressés.

2. Le Likud, le parti au pouvoir en Israël, a seulement deux femmes pour les 24 premiers sièges (ceux avec une chance d’être élu) sur sa liste à la Knesset. Ils sont tenus par Miri Regev et Gila Gamliel. (Il y a une chance que des recours légaux sur des problèmes de compte de votes puisse encore en ajouter une troisième Tzipi Hotovely, à la liste). C’est un triste exemple de la majorité des partis israéliens en 2015.

Le parti travailliste n’aura pas ce problème. Sa constitution réserve 2 places toutes les 10 places pour les femmes, et il y a une bonne raison de penser que les législatrices féminines populaires se présentant à la primaire n’auront pas besoin de ces postes réservés pour parvenir au sommet.

Shelly Yachimovich, Merav Michaeli, Stav Shaffir et Michal Biran devraient toutes réaliser un bon score du côté du parti travailliste, tandis que la deuxième place du parti est déjà réservée pour Livni de Hatnua.

Si les attentes d’une liste plus mixe portent leurs fruits, les électeurs peuvent s’attendre à ce que cet élément sera fréquemment évoqué dans la campagne électorale puisque le parti travailliste concentrera son attention sur les électrices femmes. En réalité, ce défi peut conduire à une meilleur représentation des femmes au Likud, où Netanyahu doit encore nommer ses deux sièges réservés, les numéros 11 et 23. Confronté à une campagne pour les femmes dans l’autre camp, Netanyahu pourrait bien choisir des femmes pour terminer la liste de Likud.

3. Le numéro 11 sur la liste est réservé pour une nomination d’Herzog qu’il accordera à un « candidat sécuritaire ».

Les personnalités principales en compétition sont Shaul Mofaz, un ancien chef de l’armée, ministre de la Défense du Likud et dirigeant du parti Kadima, et Amos Yadlin, ancien chef à la fois de l’armée de l’air et des services de renseignement de l’armée. Si ces deux noms constituent effectivement la liste d’Herzog, le choix ne sera pas simple.

Le célèbre Mofaz apporte avec lui un bagage politique de son service dans d’autres partis du spectre politique, tandis que le respecté Yadlin manque de reconnaissance dont le parti travailliste a tellement besoin dans la course.

4. Zouheir Bahloul battera-t-il Raleb Majadle pour le poste réservé aux représentants des minorités ? Bahloul dispose d’un avantage sur le militant de longue date qu’est Majadle : son travail en tant que commentateur sportif populaire signifie qu’il est mieux connu et très apprécié au-delà de la communauté arabophone.

Contraitement à Majadle, il peut aussi attirer vers lui un nombre significatif d’électeurs juifs des primaires.

Les bureaux de vote des primaires ont fermé à 22h (heure locale), mais il faudra plusieurs heures avant que les résultats ne soient connus.

Malheureusement pour le parti travailliste, mercredi est la date de la primaire d’HaBayit HaYehudi, un parti avec un message clair, une base d’activistes en croissance et des dirigeants plus à l’aise avec les médias.

Le temps que le parti travailliste annonce les résultats de sa course sans intérêt, la nouvelle risque bien de se voir enterrée dans le drame plus intéressant qui se joue de l’autre côté de l’échiquier politique.