Washington – Un groupe académique américain fait l’objet de critiques pour avoir, supposément, interdit aux Israéliens de participer à leur conférence. Ce groupe affirme que le boycott israélien n’est pas discriminatoire et que les sanctions n’incluent pas les académiciens israéliens.

Cette déclaration a été faite par l’American Studies Association [Association des études américaines] (ASA) après que l’hôtel de Los Angeles où a lieu leur conférence annuelle ait été menacé de poursuites pour discrimination pour les positions anti-israéliennes du groupe.

The Westin Bonaventure à Los Angeles dans l’Etat de Californie a attiré l’attention la semaine dernière lorsque l’American Center for Law and Justice [le Centre américain pour la Loi et le Justice] a envoyé une lettre d’avertissement à la direction de l’hôtel, leur expliquant que celui-ci pouvait faire l’objet de poursuites judiciaires s’il organisait la conférence annuelle de l’American Studies Association (ASA).

Cet institut de veille juridique a écrit qu’il était « profondément préoccupé de savoir que des politiques discriminatoires, illégales et des mesures d’exclusion seront instaurées par l’ASA pour savoir qui aura l’autorisation de participer à sa réunion annuelle au Westin Bonaventure » en raison de son boycott d’Israël.

Une pétition, demandant à l’hôtel de refuser d’organiser cet événement, a aussi été initiée par le site Change.org.

Lors de la conférence de 2013, cette organisation académique a fait la une des journaux, car ses membres avaient voté en faveur d’une résolution qui « honorerait l’appel à un boycott des institutions académiques israéliennes de la part de la société civile palestinienne ».

Considérée comme un tournant dans la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) par ses opposants et ses partisans, cette organisation académique n’avait pas inclus les paramètres du boycott dans sa résolution.

« La résolution ne s’applique pas aux académiciens israéliens individuels qui sont soumis au cadre d’un échange académique sous sa forme habituelle », explique-t-il dans leur déclaration.

La différence entre « un représentant ou un ambassadeur » d’une institution académique israélienne et un « académicien israélien individuel » affilié à une institution israélienne reste vague. Dans au moins une des lettres envoyées à l’administration de l’Université de Californie – San Diego, l’ASA précise qu’elle parlait de « doyens, de recteurs, de présidents et d’autres [personnes] ».

Même si le Westin n’a pas encore fait de commentaires à propos de la conférence, l’organisation académique s’est tournée vers la blogosphère pour se défendre des charges de discrimination qui pèsent contre elle.

La semaine dernière, en réponse à une publication dans un blog du professeur de la faculté de droit de l’Université de Nothwester, Eugene Kontorovich, membre de l’ASA, a expliqué que même un responsable gouvernemental – en fait, même Benjamin Netanyahu pourrait participer à la conférence annuelle de leur groupe – tant qu’il ne représente que lui-même et non une institution boycottée.

Kotorovich est persuadé que même si cela n’écarte pas la participation des académiciens israéliens, la version de l’ASA du boycott académique constitue « un délit de faciès » – une discrimination consacrée dans les règles de l’organisation plutôt que simplement appliquée de manière factuelle.

« L’argument de l’ASA selon lequel ils n’interdisent pas de participation israélienne mais uniquement celle d’Israéliens qui viennent pour représenter leurs institutions académiques ne va pas les aider tant que ça. En effet, en temps normal, les académiciens participent aux conférences en tant que représentants de leurs institutions », a écrit Kontorovich dans le Volokh report [un blog tenu par des professeurs de droit] du Washinghton Post. Il ajoute que ces arguments « reviennent à dire que l’ASA ne discrimine pas autant qu’elle pourrait le faire, ce qui n’est pas une forme de défense adaptée dans les affaires de discrimination ».

La présidente de l’ASA, Elizabeth Duggan, en réponse à une autre entrée dans un blog, le Legal Insurrection, a cité cet échange en affirmant que le « boycott n’a jamais visé la participation ou la présence d’Israéliens. Nous avons invité plusieurs [Israéliens], et ils sont au programme ».

« Le boycott ne s’est jamais appliqué aux académiciens individuels, ou à la participation de responsables universitaires présents en tant qu’individus. Notre boycott s’applique aux collaborations officielles de l’ASA, faites par l’ASA ‘en tant qu’association’ avec les universités israéliennes, qui sont toutes financées par l’Etat. Nos membres et nos services ont la liberté d’agir en leur âme et conscience, le boycott ne s’applique qu’aux [sic] actions officielles de l’association », écrit-elle.

Duggan a démenti le fait que la phrase de leur déclaration, publiée sur leur site, qui indique que le boycott n’inclut pas la plupart des individus israéliens, constituait « une volte-face ou un changement » au regard de la résolution pro-boycott adoptée lors de la conférence annuelle de l’an dernier.

« Nous ne faisons aucune discrimination contre aucun individu lors de notre conférence. Nous ne l’avons jamais fait et nous le ferons jamais », écrit Duggan. « Nous ne prendrons aucun engagement officiel avec les institutions de l’Etat d’Israël, et cela, pour protester contre les restrictions [imposées] contre l’académie palestinienne et sur les autres formes de liberté par Israël ».

L’ASA a refusé de donner suite aux requêtes du Times of Israel visant à éclaircir leur position sur le boycott académique d’Israël et à répondre à la question sur les pouvoirs spécifiques qui empêcheraient un Israélien de participer à la conférence annuelle de l’organisation.

Il y a au moins un académicien juif israélien affilié principalement à une université israélienne qui est au programme de la conférence annuelle de l’ASA qui se tiendra le mois prochain. Neve Gordon de l’Université de Ben Gurion du Néguev y participera. Seront présents également Ahmad Sadi, affilié à la même institution, et Mohammed Wattab de la faculté de droit de l’Université de Zefat.

Mais Kontorvich affirme que l’impact global de la « déclaration forte » de l’organisation au sujet du BDS aura naturellement un « effet glacial » sur la participation des académiciens israéliens. Même si l’ASA a clarifié sa position envers les Israéliens, ajoute-t-il, le faire un mois avant que la conférence ne débute signifie que ceux qui auraient potentiellement voulu participer n’ont plus le temps de s’inscrire pour proposer des papiers.

Même si l’American Studies Association se concentre principalement sur l’étude interdisciplinaire de l’Histoire et de la culture américaine, ce nouvel intérêt pour la « Palestine » figure en bonne place dans le programme de la conférence.

On peut trouver des sessions comme « Imaginons l’avenir politique de la Palestine au-delà d’ici et maintenant » ; « Rencontre avec le sionisme : De l’académie à l’activisme étrange et le BDS » ; « Enseignement sur la Palestine : Transformer la douleur et la fureur de l’ignorance en délice de la connaissance » ; « Etudiant pour la justice en Palestine : Le réveil des campus américains, » etc.

On retrouve aussi Israël dans des panels de discussion sur des thèmes plus généraux tels que le débat sur l’État carcéral dans une perspective transnationale et le colonialisme.

Même une session intitulée « Chican@/Les relations des Américains indigènes : Post-colonialisme et contradiction sur les frontières des colonies anglo-espagnoles » inclut un papier qui compare « Les Résistances communes : Les articulations indigènes, chican@s et palestiniennes de la souveraineté, la Nation et la reconnaissance, 1974-1982 ».

Le panel où Wattab participe – « La Fête est finie : Un panel et une discussion ouverte sur les suites de la résolution de l’ASA sur le boycott » – est le seul panel qui aura une vision critique sur la résolution BDS.