Un responsable palestinien a dénoncé lundi le traitement par Israël de sa minorité arabe, déclarant devant un panel d’hommes politiques et de représentants de la société civile israéliens et palestiniens qu’il ne pourrait y avoir de paix si le sort réservé aux citoyens arabes ne s’améliorait pas.

Muhammad Al-Madani, coordinateur en chef avec la société israélienne pour le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, a déclaré lors du Forum de Prague à Jérusalem que la position d’Israël dans les négociations était « creuse » et s’est permis, de manière inhabituelle, de critiquer les affaires internes du pays.

Lors du forum, une initiative populaire lancée en février afin de rapprocher Israéliens et Palestiniens favorables à une solution à deux États, des hommes politiques et des représentants de la société civile ont appelé la Ligue arabe à promouvoir de nouveau l’initiative de paix de 2002, lors d’un sommet au Koweït qui doit se tenir mardi.

Mais Madani a rabroué l’exigence israélienne de faire reconnaître Israël comme État juif, critiquant violemment le traitement des citoyens arabes.

« Toute négociation de paix israélienne avec les Palestiniens restera creuse… tant que l’institution au pouvoir en Israël ne parviendra pas à tisser des relations justes, saines et directes avec les citoyens arabes palestiniens », a déclaré Madani dans la version anglaise de son discours, distribuée au public.

« Israël ne peut prétendre aspirer à la paix avec des voisins arabes au moment même où il continue d’opprimer ses citoyens palestiniens et de les traiter comme des citoyens de troisième ou de quatrième zone. »

Madani a ensuite formulé une menace tacite envers les Israéliens.

« Jusqu’à quand attendez-vous que le peuple palestinien continue de soutenir la paix des braves, formulée par les deux dirigeants défunts Yasser Arafat et Yitzhak Rabin ? », a demandé Madani aux Israéliens.

« Jusqu’à quand notre peuple, qui souffre de l’occupation, tolérera les mesures arbitraires que les autorités d’occupation continuent de mettre en application ? »

Le Forum de Prague a été initié par une association regroupant des organisations de la société civile en Israël et au Moyen-Orient, comme le Réseau régional pour l’Initiative de paix arabe.

Madani a par ailleurs réaffirmé le refus palestinien de reconnaître Israël comme un État juif, soulignant que cette question était interne à Israël.

Il a également écarté d’un revers de la main les inquiétudes sécuritaires israéliennes concernant la vallée du Jourdain, où Israël souhaite assurer la présence sur le long-terme de son armée.

« Rien ne peut justifier l’intransigeance israélienne à imposer des conditions qu’aucune raison ou logique ne tolérerait », a affirmé Madani, « ni de faux prétextes sécuritaires dont se sert Israël pour conserver la vallée du Jourdain sous son contrôle, ni son insistance pour conserver des parties de la Cisjordanie ou de Jérusalem Est. »

Les demandes israéliennes, a soutenu Madani, sont « sans fondement et injustifiables » et n’ont été émises que « dans le but de faire exploser [les efforts de] paix. »

« La paix ne peut être obtenue tant que l’occupation…continue de prévaloir et de guider le gouvernement israélien actuel, qui est devenu otage entre les mains des extrémistes israéliens. »

En plus de Madani, plusieurs responsables palestiniens ont participé à la réunion, au YMCA de Jérusalem, dont l’ancien ministre pour la question des prisonniers Ashraf Al-Ajrami, le milliardaire Munib al-Masri, le membre du Conseil Révolutionnaire du Fatah Abdallah Abdallah, ainsi que l’activiste et politologue Walid Salem.

Les deux députés israéliens présents, Hilik Bar (Havoda) et Meir Sheetrit (Hatnua), ont insisté sur la nécessité de bâtir la paix avec le monde islamique dans son ensemble et pas seulement de manière bilatérale avec les Palestiniens, comme le propose l’initiative de paix arabe, qui demande aussi un retrait israélien du Golan, conquis en 1967.

« Le soutien des pays musulmans est plus important pour moi que le soutien des Américains ou des Européens », a déclaré Bar. « Ce sont nos voisins. »