L’adoption par le Conseil de Sécurité de l’ONU d’une résolution qui condamne les implantations israéliennes vendredi n’a pas suscité de liesse chez les Palestiniens, pour célébrer l’échec diplomatique d’Israël.

Même pas une poignée de Palestiniens venus manifester leur soutien.

Alors que les dirigeants palestiniens ont parlé de l’adoption de cette résolution comme un accomplissement historique, une victoire palestinienne sans précédent, ils savent bien que cette résolution est inoffensive et que sa portée est limitée.

Dans leurs propos, les dirigeants palestiniens, et notamment le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, ont manifesté leur désir de revenir à la table des négociations avec Israël, et ont également souligné que la mesure votée n’est pas anti-Israël, mais plutôt anti-occupation.

Mais la plupart des Palestiniens de Cisjdordanie craignent que la prétendue victoire au Conseil de Sécurité n’ait aucun impact sur le terrain. Du point de vue du Palestinien moyen (ou du juif résident des implantations), la résolution du Conseil de Sécurité n’aura aucune ramification immédiate ni concrète. Il n’y a donc pas de quoi s’emballer.

En théorie, le manque d’enthousiasme manifesté par la plupart des Palestiniens devrait, d’une certaine manière, apaiser le gouvernement israélien : l’ONU aboie mais ne mord pas, et dans quelques semaines, un président, qui semble être de la trempe de la droite israélienne entrera à la Maison Blanche et permettra à Israël de faire ce que bon lui semble.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre à gauche, avec l'archevêque Pierbattista Pizzaballa, l'administrateur apostolique du Patriarche latin de Jérusalem, pendant la messe de Noël de l'église Sainte-Catherine de l'église de la Nativité, à Bethléem, en Cisjordanie, le 25 décembre 2016. (Crédit : Musa al-Shaer/Pool/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre à gauche, avec l’archevêque Pierbattista Pizzaballa, l’administrateur apostolique du Patriarche latin de Jérusalem, pendant la messe de Noël de l’église Sainte-Catherine de l’église de la Nativité, à Bethléem, en Cisjordanie, le 25 décembre 2016. (Crédit : Musa al-Shaer/Pool/AFP)

La menace de « deux États pour deux peuples » semble avoir disparu, au profit de la possibilité d’annexer une partie de la Cisjordanie.

Mais la droite israélienne ne devrait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuée, parce que le désespoir des Palestiniens peut-être synonyme de recrudescence de la violence en Cisjordanie.

Selon des sondages d’opinion menés en Cisjordanie, la majorité des Palestiniens ne croient plus en la solution à deux États (65 % ont déclaré que cette solution n’était plus d’actualité) et de nombreux Palestiniens sont en faveur d’un combat armé contre Israël.

La semaine dernière, le Shin Bet a déclaré avoir démantelé une cellule du Hamas qui prévoyait une série d’attentats au-delà de la Ligne verte, et dimanche matin, une tentative de fusillade a eu lieu près d’une implantation de Cisjordanie.

L’annexion de la Zone C par Israël, où la quasi-totalité des implantations sont situées, empirerait la situation.

Et, comme si tout cela n’était pas suffisant, la radio de l’armée a indiqué dimanche matin que le ministre de la Défense Avigdor Liberman a ordonné au Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires (COGAT) de mettre fin aux rencontres avec les dirigeants politiques et civiles de l’Autorité palestinienne, même si la coordination de la sécurité se poursuivra.

Liberman, qui, jusqu’à maintenant, était resté en marge alors que les autres ministres israéliens appelaient à toutes sortes de représailles les plus incendiaires à l’encontre de la résolution du Conseil de Sécurité, a surpassé les autres.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, entouré du chef de l'opposition Isaac Herzog (à gauche), et du président de la commission Avi Dichter (à droite), à la Knesset, le 31 ocotbre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, entouré du chef de l’opposition Isaac Herzog (à gauche), et du président de la commission Avi Dichter (à droite), à la Knesset, le 31 ocotbre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

À l’inverse de la résolution adoptée vendredi, les instructions de Liberman ont des implications concrètes sur la vie quotidienne de chaque Palestinien en Cisjordanie.

La cessation des contacts politiques n’a pas d’impact sur le COGAT, parce qu’il ne traite pas d’affaires politiques, mais elle aura un impact sur les affaires civiles, sur des projets tels que l’électricité, l’eau, les eaux usées, la protection environnementale, la gestion des déchets, les devises, les permis de travail, et de nombreux autres domaines dans lesquels la coordination israélienne est requise.

Liberman semble penser que mettre fin aux contacts civils donnera une leçon aux Palestiniens, mais la leçon qu’ils apprendront ne sera probablement pas celle qu’il espère.

Pour le moment, Liberman n’a pas l’intention de saboter la coopération de la sécurité avec les services de sécurité palestiniens, ce qui est crucial à la fois pour les Israéliens au-delà de la Ligne verte et aux Palestiniens.

Mais les Palestiniens pourraient réagir en coupant eux-mêmes le contact, en réponse à la population palestinienne qui n’a que peu de choses à espérer, nonobstant la résolution du Conseil de Sécurité.