L’armée a utilisé des chiens et des traqueurs. Ils ont fait flotter des ballons de surveillance et ont envoyé des aéronefs sans pilotes. Ils ont envoyé neuf brigades de troupes d’infanterie en Cisjordanie « pour retourner chaque pierre ».

Le service de sécurité du Shin Bet, pendant ces 18 derniers jours, a interrogé des centaines d’agents du Hamas. Il a utilisé chaque ressource humaine à sa disposition et a dévoué ses capacités d’intelligence à la recherche d’Eyal Yifrach, Naftali Fraenkel et Gil-ad Shaar.

Samedi soir, un faisceau d’indice, incluant la découverte d’une sandale et de lunettes appartenant à l’un des garçons, a affiné les recherches.

Mais à la fin, c’est un groupe de civil qui se sent chez eux sur le terrain, qui ont trouvé les adolescents – lors de leur deuxième jour de recherche, quelques mètres de là où ils ont fait une marque sur leur plan.

« Nous avons utilisé une approche différente », explique Hovav Landau, un ancien officier de l’unité de reconnaissance de la brigade de parachutistes, qui aujourd’hui, en tant que designer industriel, construit des piste cyclables et dirige l’entreprise Bible Bike.

Le groupe de volontaire, tous des amateurs de grand air, a décidé qu’il n’ « allait pas travailler selon les informations de l’armée et le Shin Bet », indique Landeau, mais qu’il se servirait des faits de base de l’affaire, qui leur ont été communiqués par les forces de sécurité, et « les utiliserait avec la logique plus saine – que ferions nous dans cette situation ? ».

Au début, l’armée n’a porté aucun intérêt aux initiatives extérieures. Yaron Rosenthal, le directeur de l’école de terrain à Kfar Etzion, l’implantation dans laquelle Fraenkel et Shaar allait à au lycée, a indiqué à ce reporter que jeudi de la semaine dernière l’armée n’acceptait pas l’aide de civil mais qu’il lui dirait si et quand les civils seraient autorisés à les aider dans la recherche.

Rosenthal et d’autres, raconte Landau, ont été autorisés à aider pendant les premiers jours de l’opération, mais à l’époque, ils n’ont pas été invités à élaborer leur propre plan mais plutôt à remplir les tâches ingrates de soldats : la marche en ligne et le peignage du territoire.

Vendredi après-midi, après l’élaboration d’un plan jeudi soir, les bénévoles ont rencontré le commandant de la brigade d’Etzion, le colonel Amit Yamin. « Nous avons trouvé une personne humble, attentive, et unique », écrit Motti Weinstock de Kfar Etzion mardi sur sa page Facebook. « Il a écouté, a adopté notre analyse du territoire et notre plan d’action, l’a rendu plus exact, a pris soin de tout, et a commencé à le mener énergiquement lui-même ».

Landau, un résident du kibboutz de Tirat Zvi, connaissait Gil-ad Shaar. Il avait travaillé avec lui l’été dernier, en aidant à couper une piste cyclable près de Talmon.

[ Divulgation complète : Landau a servi d’officier de commandement direct de ce journaliste pendant plusieurs mois durant le milieu des années 90]

Vendredi Landau a reçu un appel téléphonique d’Avital Sela, un membre de sa famille par alliance. Les deux sont devenus amis quand Landau a construit une piste cyclable autour de l’implantation de Shilo, où Sela dirige l’ancien site historique à Tel Shilo. « Il m’a appelé et m’a dit qu’ils mettaient sur pied une équipe de gens comme nous, des types d’éclaireurs, amateurs de plein air, qui tentaient de mettre sur pied une équipe de travail qui essaieraient de travailler un peu différemment et de contribuer à la question » raconte-t-il.

Landau, cependant, ne pouvait pas faire le trajet de deux heures pour aller dans la région, vendredi ou le dimanche.

Lundi matin, habillé en civil, il a rejoint quatre autres hommes et y est allé. Il y avait peut-être 15 autres personnes au camp de base. Les cinq civils étaient accompagnés par un peu plus de 20 soldats de forces spéciales de l’unité de Maglan.

Au début, ils ont fouillé un autre lopin de terre. C’était celui qui avait plus de sens en terme géographique et topographique, avec de nombreuses fosses et grottes qui auraient pu être utilisées pour cacher ou enterrer les corps.

Dans l’après-midi, le groupe marchait le long d’un flanc d’une colline à l’extérieur de Halhoul. Ils ont cherché tout ce qui ne semblait pas naturel : roches qui avaient été bougés, peut-être avec le côté boueux vers le haut ; les feuilles d’un buisson, dit-on, avec le côté brillant vers le bas ; ou des monticules de roches qui ne semblaient pas organique comparées à tous les terre-pleins agricoles à proximité.

« Vous cherchez tout ce qui pourrait ne pas être dans l’ordre, ou au bon endroit », a déclaré Landau.

Ce sont des compétences que chaque soldat des forces spéciales apprend : vous ne vous cachez pas sous le plus grand arbre dans la forêt parce que les yeux sont attirés vers lui. Vous couvrez vos traces.

Souvent les villageois locaux sont en parfaite harmonie avec le paysage et peuvent reconnaître des choses apparentes. Dans ce cas, cependant, les tueurs étaient soit pressés ou moins en harmonie avec l’environnement naturel.

Deux terre-pleins plus bas de la pente où Landau se trouvait, un amateur de plein air qui ne veut pas que son nom soit révélé « a vu un peu de végétation qui ne semblait pas appartenir là », raconte Landau.

Il a commencé à déplacer les buissons et les pierres et « dès qu’il a commencé à creuser, il était clair qu’il y avait quelque chose d’important là», indique Landau.

Le groupe n’a découvert qu’un seul corps, et, même s’ils ont communiqué l’information par radio sans délai à l’unité médico-légale de la police, « nous avons pensé d’une manière optimiste que cela pourrait aussi être un Palestinien local ou quelque chose ».

Plutôt que d’attendre sans rien faire – un concept étranger à la plupart d’entre eux – ils ont continué à chercher à travers le paysage jaune, vert et gris.

C’est seulement une fois que l’équipe médico-légale est arrivée et que les corps ont été découverts que la recherche a été suspendue.

Landau, qui raconte que quand il marchait dans la rue ce matin et il se demandait si les passant savaient qu’il y a seulement quelques heures, il avait contribué à exhumer les corps des trois adolescents. Il tire un peu de réconfort du fait de savoir qu’il avait atténué en partie l’agonie des familles.

« Je connais, par hasard, la famille du garçon de Talmon [Shaar]. J’étais dans leur maison il y a 10 jours », a-t-il raconté. «Ce n’est pas que je pense que leur vie sera [douce comme] le miel maintenant. Pas du tout. Mais la vie dans l’incertitude, comme dans le cas Sasportas … au moins dans ce cas, la souffrance de la famille a été écourtée et non étirée sur des circonstances encore plus difficiles ».