L’ancien chef de l’organisation clandestine qui a employé Jonathan Pollard a confirmé dimanche pour la première fois que le Premier ministre et le ministre de la Défense de l’époque savaient très bien qu’Israël avait un espion au sein des forces armées américaines.

Rafi Eitan a confié à Uvda, le programme d’investigation de la Deuxième chaîne, qu’il ne voulait pas répondre à la question de savoir qui était au courant de Pollard parce qu’il ne voulait pas faire « les gros titres » mais quand on lui a demandé si le Premier ministre du moment, Shimon Peres, et son ministre de la Défense Yitzhak Rabin, étaient au courant des actions d’espionnage, il a répondu « Evidemment. »

Jonathan Pollard, un analyste du renseignement civil pour la US Navy, a fait passer une grande quantité de matériel classifié en Israël à partir de l’été 1984 jusqu’à novembre 1985. Il purge actuellement une peine de prison à vie aux États-Unis depuis 1987 et sera admissible à une libération conditionnelle en novembre 2015.

Pollard a été recruté par un élément prometteur de l’armée de l’Air israélienne, le colonel Aviem Sella, géré par Rafi Eitan, lui-même ancien du Shin Bet et du Mossad. Eitan avait, entre autres, dirigé l’équipe du Mossad responsable de la capture d’Adolph Eichmann en 1960.

Dans le reportage d’Uvda dimanche soir, avant l’épisode complet de lundi, Eitan, 88 ans, décrit le moment crucial où il apprend que Pollard – abandonné par son équipe israélienne – avait fui vers l’ambassade d’Israël à Washington, devant la grille et devant l’agent du FBI qui le filait.

Un appel du téléphone codé de l’ambassade a fait comprendre la situation à Eitan. « Qu’est-ce que vous vous dites à ce moment-là ? » demande l’intervieweur à Eitan.

« Je ne me dis rien, » se rappelle-t-il. « J’ai dit tout de suite : ‘il faut le jeter dehors’. » Et il ajoute : « Je ne le regrette pas. »

Selon le rapport, Eitan savait que l’arrestation de Pollard serait imminente trois jours avant qu’elle ne se produise, et a informé le Premier ministre et le ministre de la Défense que Pollard serait bientôt arrêté.

Shimon Peres, lauréat 2012 de la Médaille de la Liberté, la plus haute distinction civile des Etats-Unis, est dépeint dans la biographie autorisée de Michael Bar-Zohar comme étant « frappé par le choc » après la capture de Pollard, une formulation qui ne dit pas si la cause de la surprise a été la capture ou l’espionnage.

Visiblement amusé, Eitan a affirmé : « je l’ai dit à l’avance, je prends toute la responsabilité sur moi ; j’ai donné l’ordre. Il n’y a que moi qui ai donné l’ordre. Personne ne m’a autorisé. »

Cela, a-t-il ajouté, « a résolu le problème pour le peuple israélien. »