L’ancien président, Shimon Peres, a sévèrement critiqué le projet de loi sur « l’Etat juif » jeudi. Il juge que cette législation est une manœuvre politique destinée à obtenir des faveurs politiques et qu’elle pourrait nuire aux principes démocratiques d’Israël.

Lors d’un discours pour commémorer la mort de l’ancien Premier ministre David Ben Gurion, Peres s’est joint aux critiques – représentées par l’actuel président Reuven Rivlin, la ministre de la Justice Tzipi Livni, et le ministre des Finances Yair Lapid – pour s’opposer au projet de loi pourtant soutenu par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le projet de loi controversé consacrerait juridiquement l’identité juive d’Israël. Il devrait être présenté à la Knesset en première lecture mercredi et le vote qui s’ensuivra est étroitement lié au destin de la coalition. Si le texte venait à passer la première lecture, cela pourrait affecter le futur de la coalition gouvernementale au pouvoir.

Lors de son discours jeudi, qui a été prononcé en présence de Netanyahu, Peres a affirmé que ce projet était « une tentative de miner la Déclaration de l’Indépendance à des fins politiques ».

Aussi bien Rivlin que Netanyahu ont ensuite réitéré leur position au sujet du projet controversé lors de la cérémonie de commémoration à la mémoire de Ben Gurion jeudi. Le Premier ministre a soutenu que cette mesure est l’évolution naturelle de l’héritage de Ben Gurion.

Mais Peres a qualifié cette législation « d’ajout politique inutile qui ébranle les valeurs qui unissent notre peuple ».

« L’héritage de Ben Gurion exige que nous nous assurions qu’Israël respecte les valeurs sur lesquelles il a été fondé – un Etat modèle, éclairé, qui recherche la paix, la justice et l’égalité », assène le président qui a quitté ses fonctions l’été dernier.

Peres met aussi en garde contre le fait que cette législation pourrait
« entraîner une destruction religieuse qui serait difficile à arrêter ».

Rivlin, un ancien membre du parti Likud dont Netanyahu fait partie, a repris les propos de Peres lors de son discours à la cérémonie jeudi. Il a accusé le gouvernement de laisser ses intérêts politiques dépasser les intérêts nationaux et dénonce ce qu’il qualifie être le déclin des valeurs israéliennes.

« En ce moment, il semble que les considérations politiques des différents groupes de la société israélienne se mélangent aux mesures nationales ; il semble que nous devons nous interroger à ce sujet-là. Je veux croire que le peuple israélien et ses dirigeants politiques n’ont pas abandonné, et n’abandonneront pas les valeurs et cette langue qui nous unissent », a clamé Rivlin.

Toujours lors de la cérémonie en l’honneur de Ben Gurion, Netanyahu a, à son tour, défendu sa position. Il a une nouvelle fois plaidé pour son projet de loi. Comme Peres, il a, lui aussi, fait référence à l’héritage politique et à la vision de Ben Gurion pour défendre sa cause.

« La déclaration de l’Indépendance n’était pas une fin en soi dans l’esprit de Ben Gurion. C’était une étape, une étape importante certes, mais seulement une étape dans la définition du sionisme », a-t-il soutenu. Le premier dirigeant israélien n’était « pas raciste. C’était un patriote juif, un démocrate », poursuit Netanyahu, et pourtant le caractère juif de l’Etat
« était une évidence pour lui ».

« Lorsque Ben Gurion a déclaré l’établissement de l’Etat, personne n’a ressenti le besoin d’appliquer les Lois fondamentales pour garantir le caractère démocratique. Mais des années plus tard, il y a ceux qui l’ont remis en cause, et c’est pourquoi on a mis en place les Lois fondamentales pour défendre la dignité humaine et la liberté », indique-t-il. « Aujourd’hui, il y a ceux qui remettent en cause le caractère juif de l’Etat d’Israël et par conséquent, il est nécessaire de voter cette loi sur l’Etat-nation ».

Lors de la session orageuse de la Knesset mercredi, Netanyahu a défendu son projet de loi controversé. Il s’en est pris aux critiques en soutenant qu’ils souhaitaient la création d’un Israël binational aux côtés d’un Etat palestinien qui se serait débarrassé de sa population juive.

Il a asséné que cette législation était nécessaire pour corriger le déséquilibre qui existe entre les caractéristiques juive et démocratique d’Israël.

« Ce projet de loi que je présenterai [à la Knesset] sera fondé sur le fait que l’Etat d’Israël est un Etat juif et démocratique », a maintenu Netanyahu.

« Ces principes sont liés et l’un ne surpasse pas l’autre. Israël garantit l’égalité des droits de tous ses citoyens, sans discrimination fondée sur la religion, la race ou le sexe ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article