La coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu suivra-t-elle aux répercussions de ce que beaucoup d’Israéliens perçoivent comme une issue ambiguë et insatisfaisante à la guerre de Gaza ?

Comme toujours, le diable est dans les détails.

Il y a deux dangers politiques à l’horizon du gouvernement Netanyahu : les répercussions immédiates de l’insatisfaction sur la fin des combats à Gaza, et la crise à venir du débat du budget prévu qui doit commencer mi-septembre.

Ceux qui ont pensé quitter la coalition et imposer de nouvelles élections – le ministre des Affaires étrangères Avidgor Liberman en est leur chef – observent attentivement l’atmosphère cette semaine après la fin de la guerre.

Ils cherchent des signes d’un affaiblissement de Netanyahu.

En 2006, la réaction immédiate de l’opinion publique contre le Premier ministre d’alors Ehud Olmert, dans le sillage de la conclusion ambiguë de la Seconde Guerre du Liban, l’a conduit dans une spirale négative dont il ne s’est jamais remis.

Les opposants de Netanyahu à droite, qui ces derniers jours ont surfé sur une vague d’insatisfaction publique avec la conduite de la guerre, chercheront une chute similaire dans le cas de Netanyahu, dans les sondages, dans la critique des médias, dans l’opinion publique en général. Il est peu probable qu’ils renversent leur propre coalition tant que Netanyahu n’apparaîtra pas mortellement menacé.

Les premières indications dans les sondages d’après la guerre ne sont pas en faveur des révolutionnaires d’autrefois.

Un sondage de la Deuxième chaîne ShiluvMillwardBrown de jeudi suggérait que le public n’était pas satisfait de l’issue du conflit, mais l’était de la conduite du pays par Netanyahu.

Par 54 % contre 37 %, les Israéliens s’opposaient au cessez-le-feu obtenu mardi, et 59 % ne croient pas qu’Israël ait battu le Hamas (29 % le croient).

Les Israéliens rendent les politiques responsables de cet échec, 83 % de la population considère que l’armée a bien rempli son rôle.

Pourtant, malgré tout cela, la côte de popularité de Netanyahu reste à 32 %, pas très haut, mais pas non plus comme la chute à un seul chiffre subie par Olmert après la guerre.

En terme de sympathie, il est important de noter que Netanyahu s’est trouvé entre 30 et 40 % pendant une bonne partie des cinq dernières années. Dans le système politique parlementaire d’Israël, il n’est pas nécessaire d’obtenir une majorité des voix pour être Premier ministre, il faut juste le soutien d’une majorité de la Knesset après l’élection. Un taux de sympathie d’environ un tiers de l’électorat est donc suffisant pour remporter les élections.

Un sondage Haaretz-Dialog mené mercredi a montré une frustration similaire avec la guerre (54 % des interrogés ont déclaré qu’aucune partie n’avait gagné la guerre), mais un soutien encore plus fort pour Netanyahu.

Plus délicat encore pour les adversaires en devenir de Netanyahu, les deux sondages montraient que Netanyahu continuait d’être perçu, avec une marge importante, comme étant le plus à la hauteur du poste de Premier ministre.

Interrogés pour savoir lequel des dirigeants de principaux partis d’Israël était le plus à même d’être Premier ministre, 45 % ont répondu Netanyahu, seulement 12 % ont nommé le chef de l’opposition Isaac Herzog, et 11 % pour Liberman et le ministre de l’Economie et du Commerce Naftali Bennett.

Comme pour renforcer la position de Netanyahu, le deuxième choix le plus populaire, avec 20 %, était « je ne sais pas ». Le sondage de la Deuxième chaîne sur la même question plaçait Netanyahu à 28 % et Bennett en deuxième position à 15 %.

Enfin, Bennett, la voix critique de droite ayant le plus à gagner d’une élection, les sondages pendant la guerre faisaient passer son parti à la Knesset de 12 sièges actuellement à 17 ou 18 sièges, est également le plus dépendant du mandat de Premier ministre de Netanyahu pour son propre siège à la table du cabinet.

Bennett sait qu’il a très peu de chances de gagner l’élection en tant que Premier ministre lui-même. Il ne peut pas non plus participer à un gouvernement de gauche qui poursuivrait l’objectif de la création d’un Etat palestinien.

Il est encore temps pour que la tendance négative dans les sondages fasse un dommage décisif à la position politique de Netanyahu et renverse son gouvernement.

Pourtant, sauf en cas de revirement majeur de ce que les sondages immédiats d’après la guerre ont montré, la frustration populaire à la conclusion de la guerre, comme elle se situe maintenant, a peu de chances de le renverser.

La deuxième menace politique majeure de Netanyahu arrivera à la mi-septembre lorsque le ministre des Finances Yair Lapid doit présenter le budget national de 2015 au gouvernement pour un vote. S’il est voté au cabinet, il passera très probablement à la Knesset, mais un âpre combat au cabinet semble se profiler.

La bataille du budget commence avec l’augmentation attendue du budget de la défense. Dans le sillage de la guerre à Gaza, le ministère de la Défense a demandé une augmentation de 20 milliards de shekels au budget de 52 milliards de shekels pour 2015. Une augmentation en dessous de 10 milliards, a-t-on déclaré à la Défense, laisserait les défenses d’Israël dans un manque de préparation dangereux face aux nombreux périls qui guettent aux frontières du pays et au-delà.

Afin de payer une telle augmentation, Lapid a décidé ces derniers jours d’augmenter le déficit public, pour éviter le menace d’augmentation des impôts ou des coupes sociales pour les électeurs de la classe moyenne sur lesquels dépend l’avenir politique de Lapid. Il se souvient très précisément des coupes du budget de l’année dernière, qui lui ont coûté pas moins que la moitié de sa base électorale dans les sondages. Il doit encore travailler à récupérer cette perte.

La décision du déficit a conduit à une amère dispute publique entre lui et le gouverneur de la Banque d’Israël, Karnit Flug. La Banque a averti qu’une augmentation des déficits pourrait avoir des répercussions néfastes pour l’économie dans son ensemble dans une période de faible performance.

La semaine dernière, le Bureau central des statistiques a publié les chiffres pour le second trimestre de 2014 qui montrait seulement une croissance d’1,7 %, en baisse par rapport aux 2,8 % du trimestre précédent et aux 5,3 % du même trimestre l’année dernière.

Ces chiffres datent d’avant le début des combats, de l’augmentation de dépenses de défense et des difficultés de l’industrie du tourisme israélien.

En effet, la décision sur le déficit de Lapid est venue la semaine où la banque centrale a baissé ses taux d’intérêt pour septembre au niveau historiquement bas de 0,25 % dans une mesure de stimulation de l’économie.

L’augmentation du budget de la Défense est tout sauf certain – à part probablement pour la requête minimum de 10 milliards de shekels de l’armée. Netanyahu reconnaît l’augmentation des besoins de l’establishment de la Défense après la guerre de Gaza, indique les spécialistes.

Cependant, les meilleurs économistes du pays s’insurgent contre une augmentation du déficit. Et le ministre des Finances est persuadé qu’augmenter les impôts sur les revenus et réduire les dépenses liées aux prestations serait du suicide politique.

Ces points d’achoppement n’augurent rien de bon pour le prochain débat du cabinet le mois prochain.

Lapid n’a pas de solution facile pour ce problème.

Il ne va probablement pas quitter le gouvernement les prochains jours pour éviter de devoir présenter le budget sous son nom. Il doit être présenté dans deux semaines. Il est en grande partie complété, et démissionner maintenant ne va pas le protéger des répercussions politiques du budget qui finira sur la table du cabinet.

Il devrait peut-être, à la place, essayer de faire ce que les politiciens appellent parfois en Israël : « danser à deux mariages en même temps » ou « garder le beurre et l’argent du beurre ».

Cela signifierait qu’il présenterait un budget politiquement acceptable (et sans aucun doute irresponsable fiscalement) au gouvernement. Un qui augmenterait les dépenses publiques au lieu d’augmenter les impôts et de réduire les prestations sociales – et laisser le cabinet voter les changements nécessaires.

Lapid serait, du coup, en mesure d’affirmer à ses électeurs que c’est le cabinet, ou tout simplement Netanyahu, qui est responsable des mesures douloureuses du budget 2015.

Même si Netanyahu ne serait pas ravi de ce genre de tour, il serait sûrement soulagé. Pour Lapid, le choix qui lui reste, s’il décide de ne pas faire de Netanyahu son bouc émissaire, est de sortir de la coalition en emportant les 19 sièges qui sont probablement irremplaçables.

Si les sondages restent peu flatteurs mais stables, et si les ministres du cabinet ne se laissent pas dépasser par ce spectacle du budget, le gouvernement de Netanyahu durera jusqu’au début de la session d’hiver de la Knesset en octobre.

Ensuite, avec le retour des querelles partisanes des politiciens israéliens, la politique du pays reviendra à son état de semi-crise permanente, habituelle.

Oh, et il y aura aussi les élections de mi-mandat du Congrès américain – ça sera la dernière fois que le président Barack Obama aura à se montrer poli envers qui que ce soit.

En novembre, avec un président américain qui aura désespérément besoin de laisser sa marque et plus d’électeurs à séduire, il n’est pas inconcevable qu’Israël se retrouve obligé de participer à nouveau à des négociations imposées par Washington. Négociations qui prendront place avec toutes les incertitudes sur la position nationale du gouvernement et de son unité politique.