Les derniers développements le long de la frontière nord peuvent être résumés en un seul mot : l’escalade.

Le tir de roquette de mardi vers le plateau du Golan et l’attaque de missile anti-tank de mercredi contre un convoi de l’armée dans la zone du mont Dov, dans lequel deux soldats ont été tués, a montré que le Hezbollah cherche à envoyer comme message à Israël qu’il ne craint pas une guerre totale.

Le groupe chiite peut même chercher activement à attirer Israël dans une incursion terrestre dans le Golan syrien.

Considérer qu’actuellement le Hezbollah n’a pas d’intérêt à une guerre à grande échelle est toujours pertinent : la dernière chose dont le groupe terroriste a besoin maintenant est un autre front en plus de son combat contre les djihadistes sunnites en Syrie. Pourtant, la frappe du 18 janvier qui a tué Jihad Mughniyeh et le général iranien Mohammad Ali Allahdadi (et qui a été attribuée à Israël), a mis le Hezbollah dans une position qui ne lui permettait pas de garder le silence.

Le modus operandi de l’organisation sur les 24 dernières heures constitue une tentative de dire à la fois à Israël et au monde arabe : « Nous n’avons pas peur. ». Le groupe chiite ne veut pas d’une escalade, mais il est certainement prêt si cela devait arriver.

Ce n’est plus une situation de confinement de ce qu’il perçoit comme des provocations israéliennes, mais le contraire. Il y a même des indications que le groupe terroriste se prépare à un conflit long et difficile.

Une importante source de renseignement arabe a déclaré au Times of Israel que le Hezbollah a payé lundi les salaires de janvier à tous ses membres, au Liban, en Syrie et ailleurs, alors qu’il les paye habituellement le premier du mois.

Le paiement des salaires trois jours à l’avance peut indiquer que le groupe prépare ses membres à une escalade ou pourrait être une façon de faire savoir discrètement à Israël qu’il est prêt pour la guerre. En outre, des dizaines de conseillers du Hezbollah sont rentrés d’urgence d’Irak à Beyrouth.

Une hypothèse exprimée à plusieurs reprises par des responsables israéliens de la sécurité, à savoir que le Hezbollah craindrait le prix que le Liban payerait si une guerre éclatait, peut être non pertinente.

Le Hezbollah a perdu tout soutien parmi les citoyens non-chiites du Liban et est considéré depuis longtemps comme un agent iranien.

Il continue d’exercer son pouvoir sur le Liban non pas par le respect de la population, mais plutôt par la force et sa capacité à étouffer les menaces contre lui (à titre d’exemple : l’assassinat de Rafic Hariri en 2005). Il peut donc être admis que même si Israël décidait de paralyser le Liban en bombardant ses infrastructures vitales, cela n’affectera pas le processus de prise de décision du Hezbollah.

Malgré les indications qu’une nouvelle détérioration peut rôder dans les parages, nous pouvons affirmer que le Hezbollah ne cherche pas à tout prix une confrontation avec Israël. Il n’y a aucune indication d’un vrai désir de guerre, ou que nous pourrions assister à des tirs de roquettes contre le centre du pays et contre les grandes villes comme Haïfa et Tibériade. Pour l’heure, ce n’est pas la question.

Le fait est qu’une fois le Hezbollah décide de jouer un jeu de « Arrête-moi si tu peux » en attaquant des soldats israéliens, il est difficile de dire dans quelle mesure les choses vont dégénérer.

Cela peut commencer avec « seulement » des missiles antichars, dégénérer en une réponse israélienne frappant des cibles du Hezbollah, à laquelle répliquera le groupe chiite, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les deux côtés se trouvent impliquées dans une guerre sans l’avoir voulue.

Le Hezbollah ne cherchait pas la guerre quand il a enlevé Ehud Goldwasser et Eldad Regev le 12 juillet 2006 ; Hassan Nasrallah l’a reconnu plus tard.

Après 34 jours de combats, l’organisation terroriste – et le Liban lui-même – étaient dans une situation totalement différente. Comme le dit l’adage : vous savez comment vous démarrez une confrontation mais vous ne savez jamais comment vous en sortez.

Et il y a une autre question à méditer : comment le Hamas va agir en cas d’une escalade dans le Nord ? La dernière guerre contre le Hezbollah a commencé quand l’organisation a décidé d’enlever des soldats israéliens deux semaines et demi après l’enlèvement de Gilad Shalit à Gaza. Le Hezbollah a sauté dans le train en marche de l’escalade dans le Sud.

Aujourd’hui, la relation entre le Hamas et le Hezbollah est différente. Les liens entre les organisations sont devenues lâches et même hostiles suite aux développements plus larges dans le monde arabe et la haine ouverte entre le Hamas et le régime syrien.

Le souci est qu’à l’ombre de l’escalade vis-à-vis du Hezbollah et à la lumière de la situation économique difficile du groupe terroriste de Gaza, le Hamas peut essayer de se rapprocher de l’Iran et de gagner ainsi un soutien financier, même au risque d’une confrontation – de faible intensité – avec Israël. En d’autres termes : on ne peut pas rejeter un scénario où certains tirs de roquettes de Gaza viendraient chauffer le front Sud, dans un effort du Hamas pour briser la glace avec Téhéran.