Hassan Siam en a assez du business de lavage de voitures. Ce n’est pas ce qu’il souhaite pour ses enfants. Ce n’est pas ce qu’il souhaite pour lui-même. Mais, à l’extérieur de sa petite station de lavage d’automobiles, située sur la rue Bethléem à Jérusalem, des dizaines de véhicules garées en file d’attente attendent ses services.

A la veille des fêtes de Pessah, la moitié de la population de la capitale s’engage dans une lutte tous azimuts contre les produits à base de levain et les restes éventuels de céréales nichés au sein de leurs domiciles et de leurs biens.

Hassan Siam accepte de témoigner à propos de son gagne-pain.

Contrairement à bon nombre de propriétaires d’entreprises de lavage automobiles, il accepte volontiers de se livrer avec légèreté. Entouré de ses deux fils aînés, assis dans son bureau rectangulaire étroit, il commence : « Oui, que souhaitez-vous savoir ? »

Siam est originaire d’Amman, en Jordanie. Il a étudié les sciences politiques et l’économie à l’université. En 1995, il épouse une Arabe israélienne de Jérusalem. A la question de savoir si c’est donc l’amour qui l’a amené en Israël, il répond : « Non, non, c’est un mariage
arrangé ».

Aujourd’hui, il est père de huit enfants, six garçons et deux filles. « Je ne veux qu’ils soient engagés pas dans ce sale business », affirme-t-il. « La vie ne se résume pas l’argent. De gré ou de force, ils doivent aller à l’université ».

Dans un premier temps, il commence à travailler dans la station de lavage en tant que superviseur. À l’époque, assure-t-il, seules deux véritables entreprises de lavage automobile avaient pignon sur rue, à Jérusalem, « celle-ci et au Jardin de la Cloche (ndrl : Gan Hapaamon). Aujourd’hui, il y a 20 stations juste dans le sud de Jérusalem ».

Bon nombre d’établissements concurrents, affirme-t-il, appliquent des procédés peu honnêtes. « Malheureusement, la municipalité accorde à n’importe qui un permis de lavage de voitures de nos jours. Ceux qui volent l’eau de la ville. Ceux qui ne paient pas de facture. » D’autres endroits, dit-il, emploient « des travailleurs sans papiers, de Cisjordanie, qui travaillent à des tarifs moins élevés. »

Hassan Siam à son bureau, rue Bethléem (Crédit : Mitch Ginsburg/Times of Israel)

Hassan Siam à son bureau, rue Bethléem (Crédit : Mitch Ginsburg/Times of Israel)

Sa clientèle est variée mais majoritairement juive. Ses voisins arabes nettoient leurs voitures dans des endroits comme Hizmeh, un petit village arabe à l’est de la Ligne verte, où, dit-il, vous pouvez faire nettoyer votre voiture pour la modique somme de 20 shekels. Vous pourrez même vous faire servir un verre de thé et des gâteaux pendant l’attente. Mais l’argent, explique-t-il, « va directement dans la poche » du propriétaire.

Concernant les bénéfices saisonniers, l’hiver n’est pas particulièrement rentable. « La pluie fait le travail à ma place ». Les saisons poussiéreuses de sharav [vent chaud] sont bonnes. Mais Pessah reste la plus juteuse. Siam, cependant, est persuadé que la semaine précédant les vacances de Pessah ne représente que 50 % de bénéfices supplémentaires par rapport au reste de l’année.

Et d’assurer qu’il n’applique pas de tarifs plus élevés pour Pessah. « Le nettoyage est du nettoyage chez nous. Je n’augmente pas mes prix, car je tiens à conserver ma clientèle toute l’année ».

Siam est conscient de sa position de chef d’entreprise arabe dans un quartier juif de la ville. « Vendredi, je travaille », affirme-t-il évoquant le jour saint de l’islam. « Je ferme à Yom Haatzmaout [Jour de l’Indépendance d’Israël]. Je ferme pour Pessah. Je ferme pour Chavouot.

En respectant le calendrier juif et israélien, dit-il, « ils me respecteront » en retour.

A l’instar de quelques autres stations visitées (mais qui ont refusé de s’exprimer face à un journaliste), la clientèle de Siam comprend le gratin de la société de la capitale.

« Deux jours avant Pessah, [l’ancien ministre] Dan Meridor passera par la », souligne-t-il. « Shimon Peres envoie tous ses chauffeurs ».

Le premier véhicule du cortège présidentiel est arrivé aujourd’hui même, selon Siam. « Mais leurs voitures viennent tous les jours. Elles sont constamment propres ».