Le président du Comité international de la Croix-Rouge a dénoncé le bilan de son organisation pendant la Seconde Guerre mondiale, affirmant qu’elle « avait perdu sa boussole morale ».

Peter Maurer, qui a prononcé un discours mardi lors d’une cérémonie de commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps nazis à Genève, a déclaré que le CICR « n’a pas réussi à protéger les civils et, plus particulièrement, les Juifs persécutés et assassinés par le régime nazi ».

Maurer a ajouté que son groupe « a échoué en tant qu’organisation humanitaire car il avait perdu sa boussole morale ».

Deux cent membres supérieurs du corps diplomatique de Genève ont assisté à l’événement de commémoration, parrainée conjointement par le CICR et le Congrès mondial juif (CMJ). Il comprenait un panel de discussion avec Deborah Lipstadt, une professeure d’histoire juive et des études de l’Holocauste de l’université Emory, et James Orbinski, l’ancien président international de Médecins Sans Frontières, selon un communiqué de presse publié par le CMJ.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le CICR, dont le siège est à Genève, a été la principale institution humanitaire à maintenir les communications avec les deux puissances alliées et avec l’Axe.

Bien que le CICR ait fourni une assistance et une protection aux prisonniers de guerre alliés détenus par l’Allemagne nazie, il n’a pas fait la même chose pour les déportés juifs parce que les nazis ont refusé toutes les demandes humanitaires pour apporter de l’aide aux victimes juives. Dans le même temps, le CICR n’a pas dénoncé publiquement la déportation des Juifs vers les camps de concentration.

« Le CICR n’a pas vu ce qu’était l’Allemagne nazie », a déclaré Maurer.

« Au lieu de cela, l’organisation a maintenu l’illusion que le Troisième Reich était un ‘partenaire normal’, un Etat qui viole parfois les lois, de façon pas très différentes des autres armées pendant la Seconde Guerre mondiale, qui utilisaient parfois des moyens et méthodes de guerre illicites. »

Le président du CICR a déclaré que son organisation avait appris des échecs du passé.

« Nous avons choisi de faire face à notre passé et à embrasser la transparence », a poursuivi Maurer. « Nos archives publiques sont la preuve de notre reconnaissance du passé et de notre effort continu pour faire face aux vérités qui dérangent. »

« Pour le CICR, la phrase ‘plus jamais ça’ a une résonnance difficile, en quelque sorte, à cause de ce que nous voyons et de notre expérience sur le terrain tous les jours. Nous ne pouvons pas garantir qu’une autre catastrophe humanitaire de l’ampleur de l’Holocauste ne se reproduira pas. Au contraire, nous assistons à un catalogue d’atrocités, tous les jours, dans les guerres à travers le monde », a-t-il dénoncé.

Ronald Lauder, président du CMJ, a félicité le CICR qui a appris de ses erreurs.

« Vous nous avez déjà prouvé votre autorité morale parce que vous avez ouvert vos documents historiques, a déclaré Lauder. Vous avez admis que vous auriez pu et aurait dû faire plus. »