Si le choix est entre Berlin ou le buste, il semble que les Israéliens choisissent le buste.

Malgré plusieurs jours de battage sur les médias sociaux, un rassemblement de Tel Aviv visant à protester contre le coût élevé de la vie en Israël et à promouvoir l’émigration vers une Allemagne plus abordable n’a attiré mardi soir que quelques dizaines de personnes.

La manifestation, organisée par le mouvement « Olim L’Berlin », a rassemblé beaucoup moins de personnes que les 2 300 qui s’étaient inscrites via facebook, et les chiffres ont montré que, malgré une bonne dose de plaintes, les Israéliens ne quittent pas en masse pour les rives dorées d’Europe.

Le rassemblement devait être le prolongement d’un mouvement d’Israéliens qui se sont installés à Berlin en raison de prix moins élevés, et qui veulent convaincre d’autres à faire de même.

Le nom en hébreu du groupe signifie « les nouveaux immigrants à Berlin, » en utilisant le mot « monter » habituellement réservé à l’immigration juive en Israël correspondant à l’alyah.

Ceux qui se sont rendus mardi soir à la place Rabin, au cœur de la première ville israélienne n’ont trouvé aucun des stands d’information promis sur les démenagements en Allemagne, et seulement une poignée de personnes qui s’affairaient. La Deuxième chaîne a noté que ce petit rassemblement s’est tenu, un peu ironiquement, à côté de l’iconique mémorial de l’Holocauste.

Un organisateur a déclaré à la chaîne que le rassemblement a été conçu pour envoyer un message – à savoir que si les choses ne changent pas, « nous allons nous lever et déménager spontanément et joyeusement. »

Le groupe Olim L’Berlin a fait les manchettes il y a une semaine après qu’un post facebook comparant les prix des produits israéliens en Israël et Berlin s’est repandu de façon virale, déclanchant à la fois l’attention positive et la condamnation d’un ancien chef du Trésor.

La Deuxième chaîne a rapporté que le créateur du groupe, qui est resté anonyme, n’était pas présent à la manifestation.

Malgré les lamentations sur le coût élevé de la vie et les préoccupations quant à la fuite des cerveaux d’Israël, les chiffres de l’Office Central des Statistiques montrent que les taux d’émigration en 2012, la dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles, étaient les plus bas depuis la création de l’Etat.

Le coût croissant de la vie a été un sujet brûlant en Israël depuis des années, aboutissant à des protestations massives en 2011 qui a vu des centaines de gens en train de camper dans les rues à travers le pays, et des centaines de milliers à manifester, exigeant que le gouvernement prenne des mesures pour rendre plus abordables la nourriture et les logements.

Le mouvement de cette année sur le coût de la vie, surnommé par les médias israéliens « les manifestations Milky » en référence au nom d’une crème au chocolat populaire, a suscité la spéculation dans les organes de presse que de plus en plus d’Israéliens s’apprêtaient à renoncer à leurs aspirations sionistes et lorgnaient à l’étranger à la recherche d’un meilleur niveau de vie.

Mais quand les chiffres de l’émigration sont analysés, une histoire différente apparaît.

Quelque 15 900 Israéliens ont quitté Israël depuis plus d’un an en 2012, mais environ 13 500 expatriés israéliens sont revenus – soit une perte nette de 2 400 citoyens, comparativement à une moyenne de près de 10 000 par an entre 1986 et 2008.

En fait, selon les autorités de contrôle aux frontières, environ un quart de ceux qui ont émigré en 2012 et sont restés à l’étranger plus d’un an sont aussi rentrés depuis.

Cette perte nette de 2 400 citoyens israéliens en 2012 ne comprend pas les chiffres de l’alyah, ou l’immigration juive et la naturalisation, qui a contribué à 18 000 nouveaux citoyens en 2012. En d’autres termes, grâce à la seule immigration, Israël a gagné plus de 15 000 citoyens-résidents cette année.

A l’Office Central de Statistiques, on fait remarquer que les taux d’émigration d’Israël sont faibles, même par rapport à d’autres pays membres de l’OCDE, rapporte The Marker, un journal d’affaires israélien, avec une moyenne de moins d’un émigrant pour 1000 citoyens.

Les chiffres montrent également que plus de 50% des Israéliens qui quittent étaient des immigrants en Israël, avec un grand nombre de ceux qui choisissent de retourner dans leur pays d’origine.

Selon The Marker, en se basant sur les taux d’émigration depuis 1948, il est estimé qu’entre 549 000 et 582 000 Israéliens vivent actuellement à l’étranger, avec plus d’un quart d’entre eux résidant aux États-Unis. Près de 25 000 Israéliens vivent au Canada, 14 000 en Allemagne, 13 500 au Royaume-Uni, 10 100 en Australie et en 8 700 en France.

D’autre centres d’expatriés israéliens incluent la Hollande, l’Espagne, la Suisse, le Brésil, le Chili et l’Équateur.