Le parquet de Paris a ouvert jeudi une enquête après la publication dans Paris Match de photos prises illégalement lors du procès d’Abdelkader Merah, qui était jugé pour complicité dans les tueries commises par son frère Mohamed, a-t-on appris de source judiciaire.

L’hebdomadaire a publié jeudi des photos montrant lors d’une audience Abdelkader Merah et son co-accusé Fettah Malki dans le box, ainsi que la mère de la famille Merah en train de témoigner devant la cour.

L’enquête du parquet a été ouverte sur le fondement de l’article 38 ter de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui interdit la captation et la diffusion d’images lors d’une audience judiciaire, a précisé cette source. Elle a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

La première photo, parue dès mercredi sur le site du journal, montre Abdlekader Merah assis dans le box le jour du verdict, le 2 novembre, derrière ses avocats, Antoine Vey et Éric Dupond-Moretti.

Il a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste criminelle mais acquitté du chef de complicité des sept assassinats perpétrés en mars 2012 par son frère Mohamed à Toulouse et Montauban.

Zoulikha Aziri, la mère de Mohamed, Abdelkader et Souad Merah, au tribunal de Paris, avant l’ouverture du procès d’Abdelkader Merah, complice présumé de son frère, le 2 octobre 2017. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

Une autre photo fait apparaître sa mère à la barre et, derrière elle, l’autre accusé, Fettah Malki, condamné à 14 ans de prison pour avoir fourni une arme et un gilet pare-balles à l’auteur des tueries.

L’Association de la presse judiciaire a condamné « fermement » mercredi cette publication qui « torpille le travail de la presse judiciaire ».

D’après la loi de 1881 sur la liberté de la presse, tout enregistrement de son ou d’image est interdit lors d’une audience judiciaire. Paris Match risque 4 500 euros d’amende, selon cette loi.

Interrogé par 20 Minutes, le directeur adjoint de Paris Match, Régis Le Sommier, a assumé « un choix délibéré » de la rédaction de publier ces photos « pour leur portée historique ». « Nous n’avons pas pris nous-mêmes ces photos et nous ne les avons pas achetées », a-t-il affirmé.

Lors du procès de Michel Fourniret en 2008, l’hebdomadaire s’était vu retirer son accréditation pour couvrir le procès après avoir publié une photo montrant le tueur en série assis dans le box des accusés. Michel Fourniret avait refusé à l’ouverture du procès de s’exposer aux prises de vue des photographes et cameramen avant le début de l’audience.

En juillet, le tribunal de grande instance de Paris avait interdit à l’hebdomadaire « toute nouvelle publication » de deux photos de l’attentat survenu le 14 juillet 2016 à Nice, sans toutefois ordonner le retrait du magazine des kiosques.