La visite de l’envoyé spécial de la France pour son initiative de paix visant à renouveler les discussions de paix israélo-palestiniennes, annoncée par le Times of Israel le 6 mars, a été confirmée par l’ambassade de France en Israël.

« Pierre Vimont, envoyé spécial du ministre des Affaires étrangères pour la préparation de la conférence internationale de relance du processus de paix au Proche-Orient, se rendra en Israël et dans les Territoires palestiniens du 13 au 15 mars 2016, afin de discuter avec les parties des prochaines étapes et du cadre devant conduire à la tenue, d’ici l’été, d’une conférence internationale rassemblant les parties et leurs principaux partenaires, » peut-on lire dans le communiqué.

Le nouveau ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a entamé mercredi une série de consultations pour tenter de relancer le processus de paix israélo-palestinien, au point mort depuis 2014, avec pour objectif une conférence internationale d’ici l’été.

« Notre objectif est simple, mobiliser la communauté internationale autour de la seule solution possible, celle de deux Etats, et inviter les Israéliens et les Palestiniens à reprendre les négociations de paix pour sortir du cercle vicieux actuel », a déclaré M. Ayrault lors d’une visite au Caire.

« Cette initiative est indispensable. C’est une manière de conjurer l’explosion qui menace », a-t-il ajouté à l’issue d’un entretien avec son homologue égyptien, Sameh Choukri, en citant « la montée des violences » et « l’exaspération croissante des populations ».

La France a condamné les récentes dans un communiqué :

« La France condamne les attaques qui ont frappé Jérusalem, Tel-Aviv et Petah-Tiqva les 8 et 9 mars.
Nous présentons nos condoléances à la famille de la victime et assurons les proches des personnes blessées de notre solidarité. La France est préoccupée par la poursuite des violences en Israël et dans les Territoires palestiniens, que l’absence d’horizon politique entretient. Elle continuera à agir en vue d’une relance des négociations de paix, qui est précisément l’objet de l’initiative qu’elle porte. »

La France s’inquiète aussi des infiltrations du groupe jihadiste Etat islamique (EI) dans les Territoires palestiniens, pas « forcément militaires mais idéologiques, en jouant sur les frustrations », note-t-on au Quai d’Orsay.

M. Ayrault a repris une initiative lancée par son prédécesseur Laurent Fabius, à qui il a succédé il y a un mois, après l’échec de la dernière tentative américaine de pourparlers en 2014.

Washington, acteur clé dans ce dossier, risque pour sa part de temporiser à l’approche de la présidentielle américaine, même si Barack Obama pourrait être tenté de soutenir une résolution appelant au compromis dans les derniers mois de son mandat, selon le Wall Street Journal.

Pas de reconnaissance automatique

La France espère organiser une conférence internationale sur le Proche-Orient « d’ici l’été », a précisé M. Ayrault. Dans un premier temps, elle compte rassembler les pays « les plus volontaires » du Conseil de sécurité de l’ONU, de la Ligue arabe et de l’UE pour une première réunion d’ici fin avril.

Le ministre a concédé que la tâche s’annonçait ardue, au vu des réticences des uns et des autres à dialoguer, mais il a mis en garde contre la tentation du statu quo.

« Le chemin est difficile, nous en sommes conscients, mais il faut l’emprunter car rien ne serait pire que de ne rien faire et de laisser la situation se dégrader », a-t-il insisté.

A la différence de M. Fabius, il a rouvert toutefois le jeu vis-à-vis des Israéliens en assurant que la France ne reconnaîtrait pas « automatiquement » un Etat palestinien si son initiative échouait.

« Il n’y a jamais rien d’automatique, la France prend cette initiative, va l’exposer à ses partenaires, et donc c’est la première étape, il n’y a pas de préalable », a souligné le ministre français.

Un préalable tel que la reconnaissance de l’Etat palestinien risque de « bloquer tout le monde », a-t-il confié en aparté à des journalistes, en relevant, outre l’extrême susceptibilité d’Israël, les réserves de plusieurs pays européens dont l’Allemagne.

La question de la reconnaissance de l’Etat palestinien reste « sur la table » mais elle est aujourd’hui prématurée, résume-t-on dans son entourage.

Des ‘carottes’

Le ministre égyptien des Affaires étrangères a apporté son plein « soutien » à l’initiative française, estimant qu’elle faisait valoir « les droits légitimes du peuple palestinien ».

Sameh Choukri (Crédit : capture d'écran YouTube)

Sameh Choukri (Crédit : capture d’écran YouTube)

Les deux pays ont une grande proximité de vues sur de nombreux dossiers stratégiques, qui sera réaffirmée lors d’une visite du président François Hollande mi-avril au Caire.

M. Ayrault a aussi rencontré mercredi soir le comité restreint de la Ligue arabe sur le processus de paix et s’est entretenu avec son homologue jordanien, Nasser Judeh.

« L’accueil est plus qu’encourageant. Les attentes sont extrêmement fortes », s’est-il félicité à l’issue de ses entretiens. Le ministre abordera aussi la question avec son homologue américain John Kerry dimanche à Paris.

Pierre Vimont, diplomate émérite -il a été ambassadeur français aux Etats-Unis et secrétaire général exécutif de la diplomatie de l’Union européenne- doit se rendre dans les prochains jours en Israël, dans les territoires palestiniens, et dans d’autres pays de la région ainsi qu’aux Etats-Unis.

Pour inciter les parties à négocier, l’UE a aussi des « carottes » à proposer. Elle peut offrir aux Israéliens et aux Palestiniens un partenariat sur mesure en cas d’accord, souligne-t-on de source diplomatique européenne.