Plus de 130 000 Kurdes de Syrie sont arrivés en Turquie ces derniers jours, fuyant les djihadistes dans le nord-est de la Syrie, au moment où le mouvement kurde turc PKK a appelé les Kurdes de Turquie à traverser la frontière pour les combattre.

« Le nombre de Syriens a dépassé 130 000 » et leur nombre pourrait augmenter si l’offensive des extrémistes sunnites se poursuit a déclaré lundi à Ankara le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmus.

« Nous avons pris toutes les mesures nécessaires au cas où l’afflux de déplacés se poursuivrait, nous ne le souhaitons évidemment pas, mais nous sommes parés », a-t-il dit en souhaitant que ces réfugiés puissent retourner dans leurs foyers quand la paix sera rétablie.

Le dernier chiffre évoqué lundi matin par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) à Genève était de 100.000 réfugiés.

A Ankara, un responsable de la Direction de gestion des crises et catastrophes naturelles (AFAD) avait auparavant précisé à l’AFP que le chiffre « actualisé » lundi matin était de 104 000 déplacés

« La frontière est ouverte mais sur un point seulement à Mursitpinar (sud-est, province de Sanliurfa), pour mieux organiser les passages qui continuent », a précisé cette source.

« Afin de procéder à des contrôles d’identité et d’apporter les premiers soins, vacciner ces gens si nécessaire, un seul point de passage est ouvert pour les déplacés syriens », a-t-elle expliqué.

Samedi, le HCR avait évoqué l’arrivée possible de « centaines de milliers » de personnes.

La Turquie prête pour le pire des scénarios

« Nous sommes prêts pour le pire des scénarios. Le nombre de déplacés n’a pas atteint ce seuil, mais nous faisons tout pour accueillir les gens qui passent en Turquie », a ajouté M. Kurtulmus.

La Turquie, qui a déjà accueilli 1,5 million de personnes fuyant la guerre en Syrie depuis 2011, a ouvert vendredi sa frontière aux syriens qui ont commencé à quitter jeudi le secteur de la localité d’Aïn al-Arab (Kobané en langue kurde), encerclée par les combattants du groupe extrémiste sunnite EI.

Aïn al-Arab, troisième ville kurde de Syrie, avait été relativement épargnée par le conflit en Syrie et quelque 200 000 déplacés syriens y avaient trouvé refuge, selon l’ONU.

Mais la poussée de l’EI dans région et le siège que ses combattants ont imposé à la ville ont fait fuir un grand nombre d’habitants, principalement des Kurdes.

De son côté, le mouvement armé kurde de Turquie, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a appelé lundi les Kurdes de Turquie a combattre les djihadistes en Syrie, a rapporté l’agence prokurde Firat.

« Le jour de gloire et d’honneur est arrivé. Il n’existe plus aucune limite dans la résistance », écrit le PKK en renouvelant un appel à la « mobilisation » des jeunes Kurdes de Turquie contre les djihadistes. « Nous appelons notre peuple tout entier ainsi que nos amis à augmenter leur résistance au Kurdistan et à Kobané ».

Dans des déclarations à une télévision belge, citées par l’agence Firat, un dirigeant du PKK, Dursun Kalkan, a appelé « tous les Kurdes à réunir leur forces » pour combattre l’EI.

« La jeunesse kurde surtout, les femmes, doivent contrecarrer ces attaques », a déclaré Kalkan tout en accusant la Turquie de « collaboration » avec l’EI et d’avoir des visées territoriales en Irak et en Syrie.

La Turquie dément tout soutien aux djihadistes qui ont retenu en otage 46 de ses citoyens dans le nord de l’Irak, pendant plus de trois mois, avant de les libérer samedi.

Des affrontements ont éclaté dimanche près de la frontière entre les forces de sécurité turques et des centaines de jeunes Kurdes qui manifestaient leur soutien aux réfugiés.