NEW YORK – Le département de Police de l’État de New York a évoqué l’inquiétante recrudescence des crimes haineux qui ont fait suite à la victoire de Donald Trump, et a souligné que les juifs étaient une cible « privilégiée ».

On note une augmentation de 115 % de crimes motivés dans la ville de New York depuis le jour de l’élection. Les juifs ont subi 24 incidents des 43 recensés au cours du mois dernier. Il y a eu trois fois plus d’incidents antisémites par rapport à novembre 2015, a analysé le New York Observer.

Au total, les crimes racistes ont augmenté de 35 % par rapport à 2015, a indiqué Robert Boyce, chef des détectives de la police de New York lundi matin.

« Le pic que nous avons connu immédiatement après Election Day est, d’une certaine manière, retombé », explique Boyce. « Mais nous observons une augmentation systématique en ce moment ».

À part la communauté juive, d’autres groupes ont été la cible d’attaques, notamment les musulmans, les blancs et la communauté LGBTQ, selon Boyce.

Des graffitis antisémites sur un bâtiment près du campus de l'université de Virginia à Charlottesville (Crédit : Autorisation de Michaela Brown)

Des graffitis antisémites sur un bâtiment près du campus de l’université de Virginia à Charlottesville (Crédit : Autorisation de Michaela Brown)

Le JTA a parlé ce ces incidents antisémites après les élections, notamment des actes de vandalisme mettant en scène des croix gammées, et des graffitis du nom de Trump dans des endroits publics tout comme au domicile de familles juives.

La semaine dernière, le groupe de défense Southern Poverty Law Center a indiqué qu’il avait reçu 100 signalements pour des actes antisémites, dans les 10 jours qui ont suivi l’élection présidentielle, soit 12 % des crimes racistes sur l’ensemble du territoire ;

Le chef de la Ligue Anti-diffamation, Jonathan Greenblatt, a récemment déclaré que l’opinion publique et politique américaine est au plus bas depuis 1930.

Cette saison électorale a mis en lumière l’ascension de la « droite alternative », un mouvement d’extrême droite donc les partisans varient entre le nationalisme blanc et le sentiment anti-immigration, l’antisémitisme et le mépris du « politiquement correct ».

De nombreux membres de la droite alternative, donc d’éminents nationalistes blancs, ont manifesté leur soutien à Trump. Ce dernier avait appelé à l’interdiction d’immigration à l’encontre des musulmans et a qualifié les immigrants mexicains de violeurs.

Le président élu a récemment déclaré qu’il ne souhaitait pas « dynamiser » les suprématistes blancs, et a condamné une conférence de la droite alternative à Washington DC, où les intervenants ont fulminé contre les juifs, et de nombreux membres ont effectué des saluts hitlériens.

Près de 900 actes racistes ou xénophobes en dix jours après l’élection de Trump

Près de 900 incidents racistes ou xénophobes ont été répertoriés à travers les Etats-Unis après l’élection du républicain Donald Trump à la présidence du pays, selon un rapport publié la semaine dernière.

« Je n’ai aucun doute sur le fait que c’est très, très inférieur à la réalité », a commenté Richard Cohen, président du Southern Poverty Law Center, qui recense de tels actes.

« A de nombreuses reprises, ceux qui nous ont signalé des actes haineux ont indiqué qu’ils n’avaient jamais vu ça », a-t-il souligné.

Le centre a enregistré 867 cas de harcèlement et d’intimidation dans les dix jours ayant suivi la victoire de M. Trump le 8 novembre, remportée notamment grâce au soutien des suprématistes blancs et de groupes sectaires séduits par son discours anti-immigration, anti-musulmans, sexiste, entre autres. Et ces actes continuent.

« De nombreux auteurs (de ces actes) ont évoqué le nom de Trump pendant leur attaque, ce qui indique clairement que la vague de haine découle en grande partie de son succès électoral », a relevé le rapport.

Il s’agit pour la majorité de graffitis et d’agressions verbales mais, pour quelques cas, de violentes altercations physiques. Un peu plus de la moitié des incidents étaient anti-immigrants et anti-Noirs.

Quasiment tous les Etats du pays sont concernés, la Californie arrivant largement en tête (99 cas). Dans un collège, sur les murs d’une église ou les portes d’une synagogue, à la volée dans la rue, sur des voitures, de tels actes sont survenus tous azimuts.

Une église de Silver Spring (Maryland, est) offrant des services en espagnol a été taguée avec « Trump Nation » et « Réservé aux Blancs ». Une grande pancarte stipulant « Interdit aux nègres » a été déposée près d’un abribus de Los Angeles.

Des croix gammées ont été apposées sur au moins 80 sites, des espaces publics, des écoles, des voitures, des portes de garage, une synagogue. Beaucoup accompagnées de références au président élu.

Lors de sa première importante interview après son élection, M. Trump avait demandé à ses partisans d' »arrêter » de commettre de tels actes.

Mais cet appel a fait long feu face à ses premières nominations: son conseiller en stratégie Steve Bannon est un allié de l’extrême droite, son ministre de la Justice Jeff Sessions a été accusé de racisme et l’ancien général Michael Flynn, nommé chef du conseil de sécurité nationale (NSC), est vigoureusement anti-musulman.

« Ses paroles doivent être suivies d’actions concrètes, à la fois par ses décisions politiques et ses nominations, pour soigner les blessures de la division infligées par sa campagne », a relevé M. Cohen.