Cet été dernier, lors de l’Opération Bordure protectrice, Anett Haskia s’est fait connaître du public israélien lorsque, en tant que mère d’un soldat en service, elle s’est exprimée en soutien au combat de l’armée contre le Hamas à Gaza. Elle n’était pas la seule mère à participer à des manifestations pour les troupes. Mais elle était très certainement la seule Arabe israélienne à la faire.

Maintenant, elle est candidate à la Knesset avec le parti sioniste de droite et religieux de Naftali Bennett, HaBayit HaYehudi, ce qui ne constitue pas une position habituelle pour une personne de cette origine. Mais encore une fois, elle est totalement atypique.

Haskia, Arabe israélienne musulmane de 45 ans, est coiffeuse et mère divorcée de trois grands enfants qui se sont tous portés volontaires pour servir dans l’armée. Son aîné a servi dans la Brigade d’infanterie Kfir, sa fille a été la première arabe israélienne musulmane à s’engager, et son plus jeune fils, âgé de 22 ans, sert actuellement dans la brigade du Golan.

Ayant grandi à Acre dans une famille de six enfants et un foyer qui était accueillant et ouvert à chaque personne quelle que soit sa religion ou son ethnie, Haskia, qui vit maintenant dans un kibboutz du nord d’Israël, n’a jamais pu concevoir les séparations qui existent entre les Juifs et les Arabes dans la société israélienne aujourd’hui.

Haskia a oeuvré ces quatre dernières années, à travers son organisation La vraie Voix, à aider la jeunesse arabe israélienne à mieux s’intégrer dans la société israélienne, en les guidant vers le service militaire et national.

Elle croit que leur futur dépend de leur capacité à devenir des citoyens israéliens fiers et responsables, plutôt que d’attendre pour la création d’un Etat palestinien, quelque chose qui, selon elle, n’aura non seulement pas lieu, mais contre quoi elle travaille consciemment en rejoignant le parti HaBayit HaYehudi.

Dans une récente conversation téléphonique en hébreu avec le Times of Israel à l’approche de la primaire du 14 janvier au parti HaBayit HaYehudi, Haskia a livré son point de vue, exposé ses positions et expliqué pourquoi elle refuse d’être appelée « Palestinienne ».

Anett Haskia au forum des femmes du HaBayit HaYehudi (Crédit : Autorisation)

Anett Haskia au forum des femmes du HaBayit HaYehudi (Crédit : Autorisation)

Qu’est-ce qui vous motive à vous présenter à la Knesset ?

J’ai grandi parmi les juifs. Aujourd’hui, je vois la haine qu’ils [les Arabes israéliens] ont. Ils voient les Juifs comme l’ennemi.

Les dirigeants arabes israéliens qualifient Israël de fasciste, mais ils ne font que recevoir beaucoup d’argent de l’Etat pour ensuite le dénigrer. Et qui paie le prix ? Les Arabes. Je dois me lever et dire que je ne suis pas d’accord avec les Arabes de la Knesset qui parlent en mon nom. Nous soutenons l’Etat d’Israël.

Ils [les partis arabes] nous mentent, et avec l’extrême gauche, nous vendent l’idée d’un Etat unique qui ne sera pas juif, c’est un gros mensonge.

Vous êtes également contre la solution à deux états, avec un État palestinien existant à côté d’Israël. Pourquoi ?

Je ne crois pas que la création d’un État palestinien résoudra le problème du conflit israélo-palestinien. Pour eux [les Palestiniens], vous [les Juifs israéliens] êtes une nation occupante qui a violé, volé la terre et expulsé leurs familles au delà des frontières et ils ne vous le pardonneront jamais.

La paix n’aura pas lieu. Ils pensent que la paix aura lieu lorsqu’ils auront jeté le dernier juif à la mer. Nous avons fait la paix avec Arafat, et qu’est-ce que cela nous a apporté ? Cela a apporté le désengagement [israélien de Gaza] et une vague d’attentats.

Anett Haskai drapée du drapeau israélien (Crédit : Autorisation)

Anett Haskai drapée du drapeau israélien (Crédit : Autorisation)

Vous ne pouvez pas vous identifier avec la lutte palestinienne pour l’autodétermination nationale, mais que faire au sujet des Arabes israéliens qui, eux, s’identifient à cette cause ?

Je suis tout d’abord arabe. L’arabe est ma langue maternelle. Je suis née en Israël, donc je suis israélienne. Et je suis aussi une arabe née dans la religion islamique, que je sois d’accord ou non. Je n’ai aucun lien avec les Palestiniens… Je ne suis pas Palestinienne parce que je suis israélienne. Je n’ai pas de sentiment particulier pour les Palestiniens, pas plus que pour les Américains ou pour toute autre nation. Je suis israélienne.

Les arabes israéliens peuvent s’identifier avec les Palestiniens et s’appeler eux-même Palestiniens, mais ils devraient être loyaux envers l’Etat d’Israël. J’ai un problème avec ceux qui s’appellent Palestiniens, vivent en Israël et souhaitent la destruction de l’Etat. C’est de la trahison. Chacun peut s’identifier comme il le souhaite. J’ai un problème avec les gens qui veulent détruire l’État.

Y-a-t-il vraiment beaucoup d’Arabes en Israël qui pensent comme vous et qui vous rejoindront ?

Qui dit qu’il n’y en a pas d’autres comme moi ? Le problème avec vous, c’est que lorsqu’on vous donne un doigt, vous voulez toute la main. Vous n’avez pas de patience… Vous devriez me remercier d’être ici. Si je suis ici, alors je ne suis pas la seule. Je ne suis pas venue d’un endroit où est née seulement Anett.

Il y a beaucoup d’Arabes qui soutiennent Israël, mais qui ont peur de le faire. Ils ont peur d’être vus comme des traites à la société arabe. Et ensuite, si la société israélienne ne les accepte pas, ils ne pourront pas revenir vers la société arabe, ils seront mangés vivants.

Je suis passée par beaucoup de choses dans ma vie. Je suis une femme forte et courageuse. Mais il y a des gens pour qui c’est dur.

Si je n’étais pas forte, j’aurai échoué dans mon combat parce que l’Etat ne me soutient pas. Même quand on veut parler et exprimer votre voix israélienne, personne ne vous entend. Pendant quatre ans, j’ai cherché quelqu’un qui me reconnaisse comme Israélienne et pas comme Palestinienne.

C’est vrai que nous ne sommes pas des milliers ou des millions. Mais le jour où Anett Haskia sera fortifiée, alors les Arabes israéliens comprendront que nous pouvons changer.

Les Arabes israéliens qui rejoignent des partis sionistes vont généralement à la gauche du spectre politique. Pourquoi êtes vous candidate pour un poste sur la liste de droite du parti HaBayit HaYehudi ?

HaBayit HaYehudi n’est pas un parti de droite comme tout le monde le pense. Je suis contre un Etat palestinien comme l’est HaBayit HaYehudi. Je soutiens les implantations, et HaBayit HaYehudi soutient les implantations.

Depuis les accords d’Oslo, les gens me regardent comme une terroriste. J’ai peur de dire que je suis musulmane. Chaque jour, je dois m’excuser d’être une bonne musulmane, une bonne arabe. Où est la paix après le retrait [du Gush Katif]? Oui, je veux qu’il y ait plus d’implantations.

Plus il y a d’implantations, moins il y aura d’attaques terroristes et je vais retrouver le respect. Les habitants des implantations sont les citoyens les plus authentiques. Ils nous protègent avec leurs corps et leurs vies. Ils sont la barrière humaine.

Voulez-vous vivre dans une implantation de Cisjordanie ?

Je n’aurais aucun problème avec cela. Je m’entends bien avec tout le monde. J’y suis souvent invitée et ils m’acceptent avec chaleur. Nous avons un dialogue … Nous nous rendons compte que nous voulons tous les deux la même chose.

Craignez-vous, en tant que seule femme israélienne arabe à avoir jamais rejoint HaBayit HaYehudi, de devenir un symbole ?

Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent. Mon but est primordiale. J’ai une vision. Je vais construire une nouvelle génération d’Israéliens arabes.

Vous semblez être très soucieuse de faire évoluer les choses pour les jeunes Arabes israéliens.

Je sais que cela ne sonne pas bien mais j’investis toute mon énergie pour la prochaine génération … Je ne suis pas intéressée à investir dans le changement des consciences chez les parents ni les grands-parents. Quand je serais députée,je travaillerai seulement pour les jeunes arabes.

Je ne veux pas les voir devenir toxicomanes ou criminels. Nous avons des enfants formidables dont nous pouvons être fiers, qui sont le sel de la terre comme les enfants juifs.

Anett Haskai et son fils Hossam, soldat dans la brigade Golani (Crédit : autorisation)

Anett Haskai et son fils Hossam, soldat dans la brigade Golani (Crédit : autorisation)

Je veux les voir terminer leurs études secondaires et faire la Gadna (formation prémilitaire) de sorte qu’ils comprennent ce qu’est l’armée. La jeunesse arabe pense que les soldats prennent les armes et tuent des enfants palestiniens.

Ils ne comprennent pas que l’armée israélienne lutte contre Hamas, une organisation terroriste … . Ils ne savent pas à quel drapeau s’identifier. Il doivent être éduqués à aimer Israël, qui est un État juif et démocratique, et comprendre qu’il n’y a pas d’autre État pour eux. Tout commence et se termine avec l’éducation.

Vos propres enfants sont-ils fiers de vous ? Vous soutiennent-ils dans vos efforts à vous faire élire sur la liste HaBayit HaYehudi ?

Mes enfants sont ma vie, et ils sont fiers de moi. Ils seront là pour moi. Ils veulent que je réalise mon rêve, inchallah [si Dieu le veut].

Certains vous voient comme une traîtresse palestinienne. Cela vous fait-il
peur ?

Je ai été traitée de cela, mais je n’ai peur de rien… Et je ne suis pas courageuse. Je veux simplement me battre pour [les droits et privilèges représentés par ma] carte d’identité bleue israélienne.

Il n’est pas facile en Israël de dire : « Je suis une Arabe, une musulmane et fière d’être Israélienne ». Il me serait plus facile de dire que je m’identifie comme Palestinienne. Si je le faisais, tout le monde me soutiendrait.