Un guide écrit par des étudiants militants de l’Université de Tufts a décrit le mouvement Hillel comme « une organisation qui soutient un état suprémaciste blanc. »

Le « Guide de Désorientation de l’Université Tufts » propose des informations sur des ressources sociales, spirituelles, sanitaires et académiques de l’université de la région de Boston, mais jette l’opprobre sur le mouvement Hillel, le qualifiant d’ « espace sioniste » et l’accusant d’ « exploiter les voix noires pour leur propre programme pro-Israël. »

Ce guide a été très lu et partagé sur les réseaux sociaux.

Le directeur exécutif du Hillel Tufts, le rabbin Jeffrey Summit, s’est opposé à ce portrait biaisé du mouvement Hillel et de la vie juive sur le campus de l’université privée.

« Nous avons travaillé tellement dur pour créer une atmosphère positive sur le campus, et nous avons une présence positive pour Israël », a déclaré Summit, ajoutant que plus de 100 étudiants de Tufts visitent Israël chaque année.

L’accusation selon laquelle Hillel exploite les « voix noires » provient d’un événement organisé il y a trois ans, quand Hillel a fait venir sur le campus les parents de Trayvon Martin, un adolescent noir tué en 2012 par un volontaire des « voisins vigilants » de Sanford en Floride, pour parler de la violence des armes à feu.

Selon le guide, « les étudiants étaient scandalisés qu’Hillel, une organisation qui promeut un état suprémaciste blanc, ait fait venir les parents de Trayvon afin d’exploiter les voix noires pour leur propre programme. »

Le centre Hillel de Tufts propose une large gamme d’événements sociaux, culturels, éducatifs et religieux qui n’ont souvent rien à voir avec une activité pro-Israël.

Autocollant pour le boycott d'Israël accusant le pays d'apartheid (Crédit : Tapash Abu Shaim/Palestine Solidarity Campaign UK/Facebook)

Autocollant pour le boycott d’Israël accusant le pays d’apartheid (Crédit : Tapash Abu Shaim/Palestine Solidarity Campaign UK/Facebook)

Le « Guide de désorientation » a été créé par et pour des groupes d’étudiants de gauche du campus, et propose des ressources pour les étudiants noirs ayant de faibles revenus, la communauté LGBT et les femmes. La seule mention des groupes et des activités juives, y compris le mouvement Hillel, se retrouve dans une section intitulée la « Semaine contre l’Apartheid israélien », un événement pro-palestinien, et dans une description de la manifestation de 2015 par l’Alliance pan-africaine sur l’événement Trayvon Martin.

De tels guides ont été créés sur d’autres campus en alternative aux guides officiels des étudiants distribués par l’administration de l’université. Le guide de désorientation le plus récent de l’Université de Colombia critique son administration pour « avoir soutenu l’oppression des Palestiniens à la fois à travers ses investissements et en interdisant les discours anti-Israël par les étudiants et les membres de l’université. »

L’édition 2016 du guide de l’université de New York affirme que les étudiants visitant Israël dans le cadre d’un voyage Taglit sont « complices de l’occupation, la destruction et la colonisation de la Palestine. »

La version de Tufts ne reçoit pas de financements de l’université, selon le directeur exécutif des relations publiques de Tufts, Patrick Collins, et ne fait pas partie du programme d’orientation officiel de l’université.

Le guide « a été publié sans autorisation par des étudiants sur deux pages Facebook officielles et a entraîné un nombre important de plaintes d’étudiants », a déclaré Collins à JTA dans un courriel. « Même si nous respectons les droits des étudiants à la liberté d’expression, nous nous réservons le droit de déterminer ce qui est ou n’est pas approprié au partage sur les plate-formes officielles de l’université. »

L’université a rapidement retiré le guide après avoir été informée de sa publication, parce qu’il n’a pas été autorisé et parce que de multiples sections vont « à l’encontre des valeurs et des standards communs et de notre mission d’orientation », a-t-il ajouté.

Un petit groupe d’amis a créé le guide Tufts après que l’édition 2016 n’a pas été publiée. Ils ont utilisé l’édition 2015 comme modèle.

Une affiche 'Israel Apartheid Week'. Illustration. (Crédit : capture d'écran Youtube)

Une affiche ‘Israël Apartheid Week’. Illustration. (Crédit : capture d’écran Youtube)

Emmett Pinsky, étudiant de deuxième année en études américaines et en anglais, était de ceux qui ont travaillé sur le guide. Pinsky, qui est juif, a affirmé que si les gens se sont sentis choqués par les propos sévères du guide, alors il a fait son travail.

« L’utilisation d’un dur vocabulaire est faite pour déranger, a déclaré Pinsky (qui rejette les pronoms genrés). Ce guide de désorientation vise à vous déranger, à vous faire vous arrêter et à réfléchir. »

Sa connaissance du mouvement Hillel est limitée, a indiqué Pinsky, et se base sur sa participation à quelques services lors de sa première année. Pinsky n’a jamais été en Israël. Mais les auteurs restent sur la position de leur guide, a expliqué Pinsky, notant que le Hillel Tufts est largement pro-Israël.

« Israël est certainement impliqué dans des systèmes de suprématie blanche, a déclaré Pinsky. Le fait que de nombreux Juifs blancs ont une opinion favorable de l’Etat juif et de l’occupation de la Palestine vient d’un désir de préserver la blancheur, comme cela se passe en Israël et en Palestine. »

Si les gens sont inquiets que le Tufts Hillel soit impliqué dans la suprématie blanche, a déclaré Pinsky, « je pense que l’inquiétude est un sentiment à explorer pour voir si cela a des racines plus profondes. »

L’accusation selon laquelle le sioniste serait équivalent et similaire à la suprémacie blanche est devenue de plus en plus populaire dans la gauche antisioniste.

Naomi Dann, de l’association pro-BDS Jewish Voice for Peace, a récemment affirmé dans Forward que les sionistes et les suprémacistes blancs partagent « l’anxiété de la démographie, du racisme et la peur islamophobe des Arabes. »

Le président d'ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

Le président d’ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

L’Anti-Defamation League (ADL) a répondu à Dann en affirmant que le sionisme « est fondé sur l’idée de donner une opportunité égale au peuple juif, comme aux autres peuples, d’être souverain sur sa propre terre tout en protégeant les droits des minorités qui vivent en Israël. En son cœur, le sionisme est un mouvement positif et n’a pas l’intention d’être ‘contre’ quiconque. »

Pour certains étudiants, le Guide de Désorientation de l’Université Tufts a donné l’impression que leur campus était un endroit plus froid et moins accueillant.

Sabrina Miller, étudiante juive de deuxième année en informatique, a déclaré que le guide « a beaucoup soutenu les autres groupes », et cela a rendu son sentiment négatif au sujet d’Hillel encore plus fort.

« Pour les nouveaux étudiants juifs pro-Israël, je pense qu’ils vont se sentir mal à l’aise et qu’ils ne se sentiront pas les bienvenus à Tufts, a-t-elle déclaré. Je sais que ça m’a vraiment fait me sentir mal à l’aise » sur le campus.

Pour Sophie Saunders, également étudiante juive de deuxième année en informatique, le guide lui a rappelé une dispute amère il y a cinq mois, quand l’assemblée des étudiants de Tufts avait voté pour le boycott d’Israël. Saunders, qui se considère comme sioniste, avait participé au débat et avait fini par pleurer.

Les étudiants juifs et pro-Israël avaient été dérangés par le fait que le vote ait été proposé juste avant Pessah, de manière inattendue, par Students for Justice in Palestine.

Les Juifs représentent près de 25 % des 5 290 nouvelles recrues de l’université, selon le récent guide des universités de Forward. En plus du mouvement Hillel, des associations juives ou orientées vers Israël incluent Tufts American Israel Alliance, les Amis d’Israël de Tufts, J Street U, Jewish Voice for Peace, TAMID et IAC Mishelanu.

Si après la publication du guide de désorientation elle se sent « moins bienvenue » à Tufts, Saunders a déclaré qu’elle a un plan : « je voudrais dire que je vais m’impliquer encore plus » dans les activités pro-Israël à l’université pour riposter.