Alors qu’il se prépare à se rendre à Gaza en tant qu’émissaire personnel du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour parler de réconciliation avec le Hamas, Munib al-Masri était prudemment optimiste mardi.

« Nous n’avons pas d’autre choix que de mettre fin à ce clivage politique, » a déclaré l’industrialiste palestinien de 80 ans au Times of Israel, lors d’une longue interview donnée dans son manoir de Naplouse, Beit Falasteen. « Même à propos des négociations, je ne peux pas négocier quand une importante partie de la société palestinienne, le Hamas, n’est pas représentée. »

« Pour moi, la chose la plus importante est de mettre fin au clivage et la réconciliation. C’est même plus important que de chasser l’occupation. »

Masri, un ancien ministre en Jordanie et pour l’AP, a récemment rejoint une équipe de cinq personnes de l’Organisation de Libération de la Palestine, chargée de trouver une solution à l’impasse entre le Hamas et le Fatah.

Le Fatah et le Hamas ont mis fin à leur entente après la prise violente de la bande de Gaza pendant l’été 2007, un an après avoir gagné les élections nationales.

Le milliardaire palestinien, un confident de Yasser Arafat et partisan d’une solution à deux Etats, a déclaré qu’il était temps pour le Hamas de mettre ses intérêts égoïstes de côté et d’aider à sauver la cause palestinienne.

« Le Fatah est prêt et la balle est dans le camp du Hamas. Dans deux ou trois jours nous verrons si le Hamas autorisera la visite de la délégation [à Gaza], » a-t-il indiqué.

La délégation de Masri s’est réunie à son domicile de Ramallah lundi et a décidé du message qu’ils transmettront au Hamas. « Nous leur dirons : Notre projet national est en danger. Si vous restez intransigeant, vous en porterez la responsabilité. »

Yossi Vardi (à droite) et Munib al-Masri (à gauche) au lancement de Breaking the impasse en Jordanie, 2012 (Crédit : Times of Israel staff)

Yossi Vardi (à droite) et Munib al-Masri (à gauche) au lancement de Breaking The Impasse en Jordanie, 2012 (Crédit : Times of Israel Staff)

Officiellement, le Hamas et le Fatah ont conclu de former un gouvernement unifié, composé de technocrates et mené par Mahmoud Abbas.

Mahmoud Abbas tiendrait les rôles de Premier ministre et de président en attendant les élections générales à Gaza et en Cisjordanie.

La nomination d’Abbas comme Premier ministre transitionnel a été proposée par le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, affirme Masri.

Mais malgré l’existence de deux documents de réconciliation signés, l’Accord du Caire d’avril 2011 et l’Accord de Doha de février 2012, aucune rencontre n’a encore eu lieu. Masri cite l’instabilité régionale comme principale raison de l’intransigeance du Hamas.

« Ils retardent le processus en raison de la situation en Égypte. Ils veulent voir ce qui se passera avec les Frères musulmans… voir si [le candidat présidentiel égyptien et ancien ministre de la Défense, Abdel Fattah] al-Sissi réussira ou non. »

Le Hamas essaye de retarder le vote le plus possible. Il accuse les actions de l’AP contre les activistes islamiques d’empêcher la tenue d’élections libres et justes.

« Ils affirment que les élections ne seront pas démocratiques ou qu’ils seront jetés en prison en Cisjordanie. Mais nous leur avons assuré : ‘nous ferons les choses correctement’, » indique Masri.

Israël, par manque de perspicacité, attend des efforts de réconciliation imminents, souligne-t-il, mais ne semble pas reconnaître les avantages d’un camp palestinien uni pour son propre intérêt national.

« La réconciliation est dans l’intérêt d’Israël parce que cela fera du Hamas vos voisins. Vous ne pouvez pas dire ‘je veux seulement me réconcilier avec le Fatah et les Palestiniens de Cisjordanie.’ »

Masri est convaincu que le Hamas et le Fath pourraient trouver un accord avec Israël. Il se base sur son implication personnelle dans des pourparlers de réconciliation passés.

« J’étais au Caire avec le Hamas le 4 mai 2011, et Khaled Meshaal a déclaré devant tout le monde : ‘je reconnais les frontières de 1967. Je suis prêt à offrir un an à Abou Mazen [Abbas] pour les négociations et il n’y aura pas de tirs de roquettes. En d’autres termes, la résistance sera laissée à la discrétion du gouvernement.’ Tout cela est rentré par l’oreille droite d’Israël et ressorti par la gauche. »

Munib al-Masri, Rifat Hisarciklioglu (centre) et Oren Shachor (à droite) à Jérusalem pour la signature d'un nouvel arbitrage commercial entre Israéliens et Palestiniens sous l'égide de la Turquie (Crédit : Flash 90)

Munib al-Masri, Rifat Hisarciklioglu (centre) et Oren Shachor (à droite) à Jérusalem pour la signature d’un nouvel arbitrage commercial entre Israéliens et Palestiniens sous l’égide de la Turquie (Crédit : Flash 90)

Si cela ne dépendait que de Masri, les négociations entre Israël et les Palestiniens seraient basées sur une alliance des idées du secrétaire d’État américain John Kerry et de l’Initiative de paix arabe, qu’Israël néglige officiellement depuis sa proposition par l’Arabie Saoudite en 2002.

En 2012, Masri s’est joint au gourou israélien de la haute technologie Yossi Vardi pour lancer une nouvelle initiative de paix appelée Breaking the Impasse (BTI).

L’initiative avait été présentée à la réunion sur le Forum économique mondial en Jordanie, en présence de Kerry. Masri et Vardi espéraient que la pression de la communauté économique israélienne et palestinienne pourrait pousser les gouvernements à prendre des mesures, ce que la diplomatie n’avait pas réussi à faire.

Mais Masri est sévèrement critiqué par les Palestiniens car il affirme volontiers et ouvertement le besoin de collaboration avec Israël. Il souligne cependant que cela ne pourra se faire qu’à la fin de l’occupation. Il boycotte actuellement tous les produits israéliens.

Rami Levy (debout, à gauche) dans un centre d'appels téléphoniques situé dans l'un de ses supermarchés portant son nom. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Rami Levy (debout, à gauche) dans un centre d’appels téléphoniques situé dans l’un de ses supermarchés portant son nom. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Une réunion entre Masri et l’homme d’affaires israélien Rami Lévy dans l’un de ses supermarchés en Cisjordanie dans l’objectif de parler de l’Initiative de paix arabe avait enragé un groupe palestinien pro-boycott en août 2012.

Une opinion publiée cette semaine dans le Times of Israel dans laquelle il reconnaît le lien juif à la terre d’Israël, a entraîné la colère de groupes proches du Hamas.

Mais Masri n’est nullement intimidé. Lors de la cérémonie de remise de diplômes d’un cours sur l’extinction du feu pour les enfants, financé par sa fondation à Naplouse mardi, il ne s’est pas privé de parler du besoin de reconnaissance mutuelle entre Israël et la « Palestine. »

« Nous pouvons recréer la coexistence de l’Andalousie (où les Juifs et musulmans vivaient en harmonie, en Espagne islamique au Moyen-Âge), mais nous voulons notre État et notre honneur. » a-t-il déclaré.

Suha Halifa a contribué à la rédaction de cet article.