Pendant des années, nous avons vu les administrations américaines jouer avec les nuances du conflit israélo-palestinien, recalibrant leurs positions, cherchant à favoriser les Israéliens, les Palestiniens, à rendre inopérant le prétexte du terrorisme, cherchant, en somme, l’accord quasi-impossible.

Et puis le président américain Donald Trump arrive cette semaine au Moyen Orient – à Ryad, à Jérusalem et à Bethléem. Et les dirigeants qu’il a rencontrés et les experts qui l’ont observé ont passé au peigne fin chacun des mots qu’il a prononcés, exactement comme ils le faisaient avec les administrations précédentes. Quelle direction prend cette administration ? Que faire de ce qu’il a dit, de ce qu’il n’a pas dit ?

Mais Trump est assez simpliste quand il s’agit des manœuvres politiques du Moyen Orient. Et il n’est pas entouré des personnes les plus complexes non plus. Aucun des experts de l’ancienne administration, ni les plus grands cerveaux que peuvent produire les think-tanks américains n’ont été intégrés au nouveau groupe d’experts de l’administration Trump.

C’est pour cela que pour le moment, il vaut mieux intégrer que dès lors que le processus de paix au Moyen Orient et Donald Trump se rencontrent, aucun expert n’est en mesure d’y comprendre quelque chose. Il ne s’agit même pas d’une situation de « vous n’aurez que ce que vous verrez », parce que personne ne dit ce que nous aurons. C’est plutôt de l’ordre du « ce que vous voyez, c’est ce qu’il y a ». Aucune formule méticuleusement calculée, aucun indice, aucun programme. Mais Trump est au premier plan, avec son cœur, avec ses tripes.

Et ce que vous voyez, c’est un président qui croit en ses talents de négociateur et qui veut croire qu’il peut les appliquer à la politique de la région.

Ce que vous voyez, c’est un président qui se méfie des musulmans, mais qui, désormais, sur le papier, tout du moins, discerne la religion et ses adhérents d’une part et la manipulation politique de la religion par des gens diaboliques d’autre part. Ce qui explique son discours à Ryad dimanche, sur « l’extrémisme islamiste » et le « terrorisme islamiste », et non pas d’extrémisme islamique ni de terrorisme islamique.

Ce que vous voyez, c’est un président instinctivement sympathisant d’Israël, d’une nation forte, à l’histoire glorieuse, qui sait s’occuper d’elle-même. On le voit dans sa « visite privée » historique sur le lieu de prière, le plus saint du judaïsme, kippa sur la tête, respectueux, empathique. C’est un amour simple, un amour de type Taglit que les Palestiniens tentent d’assombrir. (Après l’amour inconditionnel pour Israël, s’ensuit généralement une désillusion où l’on se rend compte que tout n’est pas aussi clair que ça en a l’air. Plus on en sait, plus ça devient compliqué ; le défi pour Israël et ses sympathisants va s’intensifier si Trump s’engage.

Ce que vous voyez, c’est un président qui, à entendre ses propos sur Jérusalem, aurait volontiers changé la plaque du consulat en Jérusalem Ouest pour celle d’une ambassade, et qui risque bien de le faire, mais qui n’avait pas mesuré l’ampleur et les ramifications de sa promesse de campagne.

Ce que vous voyez, c’est un président favorable aux juifs. Ils font partie de sa famille. Ils sont plusieurs à détenir des postes clefs de son administration. Ils sont ses avocats. Ils sont ses anciens avocats, désormais envoyés spéciaux et ambassadeurs.

Ce que vous voyez, c’est un président qui pense que l’Amérique d’Obama suintait la faiblesse au Moyen Orient et était un allié peu fiable pour Israël, et qui a bien l’intention de changer cela.

Ce que vous voyez, c’est un président profondément hostile au régime iranien, qui a donné de hauts postes à des anciens militaires qui partagent, voire surpassent cette hostilité, et qui ont entendu le roi Salmane et autres dignitaires à Ryad parler de la crainte que suscite l’Iran, et la façon dont ce pays est au cœur de tous les problèmes et menaces de la région.

Ce que vous voyez, c’est un président qui, au cours de son voyage, était conscient du soutien des Évangélistes envers Israël, et qui a voulu s’assurer que son voyage aurait une résonance positive pour le parti républicain.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le leader palestinien Mahmoud Abbas échangent une poignée de main durant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017 (Crédit MANDEL NGAN/AFP)

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le leader palestinien Mahmoud Abbas échangent une poignée de main durant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017 (Crédit MANDEL NGAN/AFP)

Ce que vous voyez, c’est un président qui a désormais passé pas mal de temps avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et qui, pour la première fois, s’est présenté comme le défenseur de la cause palestinienne, et qui a choisi de confronter implicitement Abbas en public avec l’impératif de mettre fin à l’incitation au terrorisme et aux subventions allouées aux terroristes et à leur familles, mais qui sait que le parti républicain trépigne d’impatience de sanctionner financièrement l’Autorité palestinienne si ce problème n’était pas résolu.

Ce que vous voyez, c’est un président qui va peut-être se lasser de ce marécage israélo-palestinien à force de s’y embourber. Qui pourrait bannir Abbas de la Maison Blanche comme George W. Bush avait banni Yasser Arafat. Ou pas. Qui pourrait finir par s’impatienter face à Netanyahu qui lui serine que, non, Donald, désolé, il y a des concessions que nous ne ferons pas. Ou pas.

Ce que vous voyez, c’est un président qui, réellement, n’en a que faire de la solution à un ou deux états, parce que, au moins jusqu’à ce voyage, il n’avait aucune notion de ce que chacun représentait, et n’en a peut-être toujours pas.

Ce que vous voyez, c’est un président qui veut se vanter d’avoir conclu l’accord impossible. Mais qui, assiégé dans son pays, sera restreint et préoccupé. Et qui n’a tout simplement aucune solution immédiate, parce que personne n’en a. (Il faudrait une approche à long-terme, comme je l’avais souligné ici, à la veille de son arrivée.)

Ce que vous voyez, c’est un président qui s’accroche avec acharnement sur l’idée qu’il a établie quand il a reçu Abbas à la Maison Blanche au début du mois, une idée optimiste, bien intentionnée mais dangereusement erronée, qui voudrait que la résolution du conflit israélo-palestinien soit « quelque chose qui n’est, je pense, pas aussi difficile que les gens le pensent depuis des années ».

Dans son discours au musée d’Israël, le dernier évènement de son passage en coup de vent en Israël, il a insisté, en marge de son texte pré-écrit, qu’Abbas et les Palestiniens « sont prêts à faire la paix ».

Il s’est exprimé doucement, comme s’il parlait à des enfants. Il a poursuivi : « je sais que vous l’avez déjà entendu. Je vous le dis. C’est ce que je fais. Ils sont prêts à faire la paix. » Puis il a continué à improviser, après sa rencontre avec « mon très cher ami Benjamin, je peux vous dire aussi qu’il cherche la paix. Il est prêt à la paix. »

Il n’y a que deux choses que l’on puisse répondre.

Premièrement : si seulement c’était aussi simple.

Deuxièmement : Personne, absolument personne ne sait ce qui va se passer quand le président Trump s’en rendra compte.