Le major Amotz Greenberg, un des premiers soldats de l’armée israélienne tombés dans l’opération Bordure protectrice, ne devait pas combattre.

Le mari et père de trois enfants – tué samedi par un tireur du Hamas sorti d’un tunnel et qui a tiré sur sa Jeep alors qu’elle patrouillait du côté israélien de la frontière – était âgé de 45 ans, ce qui signifie qu’il avait largement passé l’âge du service militaire obligatoire dans les forces de défense israéliennes.

Beaucoup d’hommes israéliens, après avoir servi les trois années requises à partir de l’âge de 18 ans, sont obligés, en vertu de la loi, d’accomplir un devoir de réserve jusqu’à l’âge de 40 ans, bien que quelques exceptions s’appliquent, fondées sur le grade et l’unité de l’intéressé. Mais beaucoup d’entre eux, à l’instar de Greenberg, choisissent de continuer à servir volontairement pendant leur cinquième décennie.

« Tant que je suis capable de faire mon boulot à l’armée, alors c’est un honneur de le faire », a dit M., un conducteur de tank de 43 ans, actuellement stationné à la frontière avec Gaza.

« Je suis encore très bon dans ce que je fais, malgré mon âge avancé. Je me promène et je vois les jeunes enfants ici, ils me regardent comme si j’étais sorti d’un livre d’histoire mais apparemment j’ai encore quelque chose de positif à apporter et si je peux alors je suis heureux de le faire ».

M. a reçu ce qui aurait dû être son dernier appel juste après son anniversaire de 40 ans. En raison de son entrainement – les unités de tanks sont composées d’équipes soigneusement assemblées, où le conducteur, le chargeur, le tireur et le commandant travaillent ensemble par un accord de réflexes – il lui a été demandé s’il voulait revenir pour des séries supplémentaires de service. Dans la mesure où il aime son équipage de tank et croit en son devoir de servir un pays, dit-il, il était heureux d’accepter.

Les conséquences de cette décision sont devenues on ne peut plus réelles il y a deux semaines, quand son unité était parmi les premières à recevoir l’appel de convocation pour l’opération Bordure protectrice. Alors que l’épouse de M. et ses trois enfants de Rehovot ont passé les deux dernières semaines à courir jusqu’aux abris dès qu’ils entendaient la sirène, lui montait la garde le long de la frontière avec Gaza, recherchant les tunnels du Hamas et restant prêt à réagir dans le cas où des groupes de terroristes du Hamas essayent de s’infiltrer en Israël.

« J’ai expliqué cela à mes enfants, de cette manière. J’ai dit : ‘aimez-vous aller dans les abris ?’ Et bien évidemment, ils ont dit non, alors j’ai dit, ‘bien, Papa va aller essayer de faire en sorte que ça s’arrête’ et ils ont compris ».

Des soldats auraient pu être libérés de leur devoir de réserve mais la loyauté envers les frères en uniforme les fait revenir.

E., âgé de 38 ans, travaille dans la sécurité nationale ce qui l’exempte du service militaire prolongé, mais il s’est toujours porté volontaire.

« Les membres de mon unité sont tous mes amis depuis l’âge de 18 ans. Je ne peux pas les voir aller à la guerre sans moi » explique-t-il.

Et il y a une autre raison qui se résume au vrai patriotisme à l’ancienne.

« C’est la chose la plus importante que je puisse faire » explique-t-il. « Il n’y a pas beaucoup de gens en Israël ces jours-ci pour accomplir leur devoir de réserve donc même si je sers dans mon travail de tous les jours, je ne pense pas que ce soit suffisant. Je voulais faire plus ».

E. n’a pas encore été appelé pour combattre dans ce cycle d’opérations mais il est conscient qu’alors que l’opération Bordure protectrice entre dans sa troisième semaine et que l’armée entre plus profondément dans Gaza, c’est une possibilité réelle. Il est, depuis peu, père d’une petite fille, ce qui rend cette guerre très, très différente pour lui.

« J’avais l’habitude de ne jamais penser à aller à l’armée » raconte-t-il en référence à son devoir de réserve. « Pendant des années, je n’y ai même pas pensé deux fois. Mais aujourd’hui ce n’est plus pareil. S’ils m’envoient à Gaza, je ne ressentirais plus la même chose qu’il y a deux ans ».

Pour A., un immigrant israélien du Michigan de 38 ans, père d’enfants de 4 ans, 3 ans et 7 mois, ses enfants sont une raison de sa motivation de continuer à servir.

« Je voulais être sur que mes enfants, au moins les plus âgés, me voient en uniforme. Je voulais qu’ils aient ces valeurs » explique-t-il.

A. fait partie d’une unité d’artillerie, démantelée il y a 6 mois. En raison de son âge à l’époque, on lui a dit qu’il pouvait recevoir les papiers de décharge et qu’il ne servirait plus jamais. Mais après avoir parlé à sa femme, il a demandé à la place s’il pouvait être affecté à une nouvelle unité et continuer à effectuer son devoir de réserve.

« Une des raisons pour lesquelles j’ai immigré en Israël était idéologique » explique-t-il. « Je voulais servir et protéger le pays. C’est important pour moi. Donc tant que je peux contribuer, je le ferai – cela fait partie de mes valeurs ».

C’était également les valeurs de Greenberg, d’autant qu’à ses funérailles dimanche, son fils de 10 ans, en larmes, a fait référence à Superman pour parler de son père et le ministre des finances Yair Lapid a ajouté, « à sa mort, il nous a ordonné de vivre. Il voulait protéger son pays et nous nous souviendrons de lui pour toujours ».

Y., âgé de 38 ans, qui a choisi de rejoindre une autre unité alors qu’exempté quand son unité d’infanterie a été démantelée, explique que n’importe quel juif aurait suivi le chemin de Greenberg.

« Je continuerai à servir aussi longtemps que je peux physiquement tenir, et même quand ce ne sera plus possible, il y a toujours des moyens de servir qui ne sont pas au combat » dit-il.

« C’est un formidable privilège. Si vous regardez l’histoire du peuple juif, avec tout l’antisémitisme, les pogroms, les expulsions et l’Holocauste, qu’est-ce que ces juifs n’auraient pas fait pour avoir une armée qui les protège. Et nous avons cette incroyable chance de vivre à une époque où cette armée existe. Donc pourquoi, en tant que juif, ne voudriez-vous pas servir ? ».