La nourriture yéménite ou marocaine et la musique orientale sont très populaires en Israël, mais cela ne signifie pas que la plupart des Israéliens soient vraiment familiers avec l’histoire et la culture des communautés juives qui vivaient autrefois dans l’ensemble du Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Avec la récente commémoration nationale de l’expulsion des Juifs des pays arabes et d’Iran, beaucoup pensent qu’il est désormais temps d’éduquer les Juifs sur le patrimoine de plus de la moitié de la population actuelle d’Israël.

Des personnes représentant ces communautés juives sont venues d’Israël et de l’étranger afin de peser sur les discussions tenues mardi à la Knesset sur une variété de questions liées à une nouvelle loi instituant une commémoration annuelle.

En plus d’établir une Journée annuelle de commémoration sur le calendrier national israélien, la nouvelle loi, parrainée par les députés Shimon Ohayon [Yisrael Beitenu] et Nissim Zeev [Shas] et votée par la Knesset en juin dernier, impose au ministère de l’Education d’augmenter dans les écoles israéliennes les heures consacrées à l’histoire et de la culture des Juifs des pays arabes et d’Iran. Dans ce même processus, le ministère des Affaires étrangères devrait lui aussi promouvoir la connaissance et la reconnaissance internationale des réfugiés juifs de ces mêmes pays et leur droit à réparation.

Quelque 900 000 Juifs ont fui ou ont été contraints de fuir leur pays après la création de l’Etat d’Israël en 1948. En conséquence, la population juive du Moyen-Orient [hors Israël] et d’Afrique du Nord ont diminué de 856 000 à un peu plus de 4 400 aujourd’hui.

Le 30 novembre a été choisi comme jour de commémoration, sachant qu’il suivait immédiatement le 29 novembre, date à laquelle, en 1947, l’ONU a voté la création de deux Etats, un État juif et un État arabe. Le 30 novembre 1947, les Juifs résidant dans les pays arabes ont commencé à sentir immédiatement la pression et la persécution qui a conduit à leur expulsion, et dans la plupart des cas à laisser derrière eux leurs maisons et leurs biens.

Un consensus s’est dégagé lors de la réunion de la commission sur l’Éducation, mise en place par la Knesset, sur l’importance d’exposer aux jeunes Israéliens le récit historique des Juifs dont les origines ne sont pas européennes.

« Plus de 50 % des Israéliens sont des descendants des Juifs des pays arabes et d’Iran, mais la jeune génération ne connait rien à ce sujet. Il n’y a ni documentation ni commémoration, » a déclaré Ohayon en ouvrant les discussions de la Commission sur l’éducation.

« En l’espace de 25 années, ces communautés ont cessé d’exister. Leur histoire est aujourd’hui terminée, et leur contribution au peuple juif n’est pas connue et a été oubliée » a résumé le député Yisrael Beitenu.

Les personnes invitées à témoigner devant la Commission ont toutes convenu à l’unanimité que les programmes scolaires devaient aborder ce qui s’apparente à une lacune.

« Le sujet fait déjà partie du baccalauréat israélien, et nous allons bientôt l’introduire dans les petites classes, » a affirmé un responsable du ministère de l’Éducation.

« Nous ne pouvons pas faire en sorte que ce sujet soit facultatif dans les écoles. Aucun changement ne se produira que si ce sujet n’est pas obligatoire au programme, » a fait valoir Yaron Atias de Hadasim, une organisation pour la promotion du judaïsme séfarade.

Edwin Shuker, vice-président de « Justice pour les Juifs des pays arabes » [JJAC], était venu de Londres pour montrer au comité l’importance d’enregistrer les histoires orales des Juifs du monde arabe et d’Iran.

« Quand mon père est arrivé en Israël depuis l’Irak en 1971, personne ne s’intéressait à son histoire, a-t-il expliqué. Maintenant, la fenêtre se ferme et nous nous devons de recueillir ces histoires personnelles et communautaires. »

Basée à San Francisco, Gina Waldman, présidente de JIMENA [« Juifs autochtones du Moyen-Orient et d’Amérique du Nord »] a fait part à la Commission sa stupeur de voir qu’aucun des sites internet sur le tourisme en Israël ne faisait mention des différents musées à travers le pays dédiés à l’histoire des Juifs des pays musulmans, comme le Musée de l’histoire des Juifs de Libye, et le Musée des Juifs de Babylonie, tous deux à Or Yehuda.

Waldman, qui a fui Tripoli en 1967 pendant que des foules antisémites attaquaient ses voisins juifs, a également demandé que les matériels pédagogiques consacrés aux Juifs des pays arabes soient traduits en anglais pour une utilisation en Amérique du Nord.

« Il est important d’éduquer nos enfants, non seulement ici, en Israël, mais aussi à l’étranger, parce que si nous ne pouvons partager notre histoire et notre patrimoine et ne pas montrer que le conflit a créé deux groupes de réfugiés, nos enfants ne seront pas en mesure de combattre la guerre psychologique contre Israël… Nous avons besoin de créer les fondations qui feront que nos enfants comprennent le conflit d’une manière beaucoup plus profonde » a argumenté cette réfugiée de Libye.

Selon Stan Urman, directeur exécutif de JJAC, l’un des principaux éléments d’information que les jeunes Juifs ne connaissent pas quand ils s’engagent à discuter avec d’autres sur le conflit israélo-palestinien est le fait que les Juifs aient vécu au Moyen-Orient pendant 2 500 ans.

« Les Juifs étaient déjà dans ces régions 1 000 ans avant l’arrivée de l’islam », a résumé Stan Urman.