Quand Avigdor Liberman, l’ultra-nationaliste ministre des Affaires étrangères, a proposé une loi relevant de 2 à 3,25 % des voix le seuil d’entrée au Parlement israélien, les quatre formations arabes israéliennes ont décidé, après de longs débats, de faire cause commune.

Le 17 mars, une seule liste représentera les descendants des Palestiniens restés après la création d’Israël en 1948.

C’est la réalisation d’un vœu formulé de longue date par les dirigeants palestiniens et les électeurs arabes.

Ainsi Rabie, un Nazaréen de 38 ans, compte voter pour la première fois de sa vie.

« Avant, je boycottais les partis arabes parce qu’ils tombaient dans le piège de la division. Cette fois, je vais donner ma voix à leur liste unique », dit-il à l’AFP.

La liste regroupe les communistes du Front démocratique pour la paix et l’égalité (FDPE), les nationaliste arabes du Rassemblement national démocratique (RND), le Mouvement islamiste, et le Mouvement arabe pour le renouveau (MAR), qui, par le passé, s’est allié avec chacun des précédents au gré des élections.

Parmi les 15 premiers de la liste — éligibles au vu des sondages — figurent des femmes, des musulmans, des chrétiens, des Druzes et un juif, le député communiste Dov Khenin.

‘Haine anti-Arabes’

Le choix de l’union pour représenter les 1,3 million d’Arabes israéliens a été fait pour contrer la pression de la droite, explique Ayman Odeh, le chef du FDPE et tête de liste.

Après la dernière guerre à Gaza l’été dernier et la propagation des violences dans les Territoires palestiniens aux localités arabes en Israël, « les incitations à la haine anti-Arabes ont augmenté et menacent désormais l’existence même des Arabes au sein de cet Etat », dit-il à l’AFP.

Quand Liberman défend l’idée d’échanger certains territoires peuplés d’Arabes israéliens contre les implantations juives de Cisjordanie pour régler le conflit avec les Palestiniens, c’est pour « nous expulser tous du pays », selon lui. Liberman, devenu la bête noire des Arabes israéliens, défend une « séparation » maximale entre juifs et Arabes, dont une partie représente à ses yeux un danger pour la sécurité du pays.

Les Arabes israéliens représentent aujourd’hui plus d’un Israélien sur cinq, mais la Knesset n’en compte que 12, sur 120 députés, dont 10 au sein des partis arabes.

« La loi israélienne ne garantit pas nos droits », assure Odeh, « en formant une liste unique, nous espérons pouvoir peser plus sur les décisions politiques de ce pays ».

Aucun parti arabe n’a jamais participé à une coalition gouvernementale car ils refusent de s’associer aux partis sionistes.

Inciter les Arabes israéliens à voter

Ce qui a enfin décidé les partis arabes à dépasser leurs divergences, c’est un projet de loi en particulier : celui soutenu par le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu, qui prévoit de renforcer le caractère « juif » de l’Etat d’Israël.

Les défenseurs des droits des minorités voient là une institutionnalisation du racisme et de la discrimination.

Une liste unique, affirment les sondeurs, peut faire espérer que les Arabes israéliens, habituellement parmi les plus abstentionnistes, votent davantage. La participation pourrait grimper à 66 %, selon une récente étude, dix points de plus qu’aux législatives de 2012.

Les sondages donnent les deux principaux concurrents, le Likud de Netanyahu et l’Union sioniste — coalition des Travaillistes et de la centriste Tzipi Livni — au coude-à-coude avec entre 22 et 24 sièges chacun.

La liste arabe arrive en quatrième position avec au moins 12 sièges.

« En prenant la décision sans précédent de nous unir, nous répondons à un appel venu de la rue arabe », assure Ahmed al-Tibi, le chef du MAR, quatrième sur la liste. « Nous serons la troisième force » après les élections, prédit-il.