On a rapporté dimanche des propos du Premier ministre Benjamin Netanyahu affirmant que la création d’un État palestinien, soutenue dans son fameux discours à l’Université Bar-Ilan en 2009, n’était pas pertinente dans la réalité actuelle du Moyen-Orient.

“Dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui, tout territoire évacué passera sous le contrôle de l’islam radical et des groupes terroristes soutenus par l’Iran. Il n’y aura donc aucun retrait et aucunes concessions. Ce n’est tout simplement pas pertinent”, pouvait-on lire dans une déclaration publiée par le Likud – qui attribuait la remarque à Netanyahu.

Pourtant, le Bureau du Premier ministre a ensuite nié qu’il avait fait cette déclaration.

La déclaration est venue après que le lettre d’information “Olam Kattan”, distribuée dans les synagogues les vendredi soirs, ait publié une série de questions-réponses avec le Likud et d’autres partis dans laquelle une des réponses du Likud expliquait que les politiques présentées au discours de Bar-Ilan “avaient été annulées”.

“Toute le biographie politique de Netanyahu se structure autour de la lutte contre la création d’un État palestinien”, pouvait-on lire dans la réponse. Haaretz a annoncé que la députée du Likud, Tzipi Hotovely, qui propose d’annexer la Cisjordanie, avait écrit le message.

La campagne du Likud a clarifié dimanche que “Netanyahu n’avait pas fait de déclaration au point d’annuler le discours de Bar-Ilan”. Cela dit, à la fois le Likud et le Bureau du Premier ministre ont noté que Netanyahu maintenait depuis longtemps que “dans les conditions actuelles au Moyen-Orient, tout territoire rendu serait pris par des islamistes radicaux”.

Zahava Gal-on, la chef du parti Meretz, avait critiqué la citation originale dans “Olam Kattan” et affirmé sur Facebook : “Ici, pour ceux qui en doutent encore, c’est la vérité sur notre Premier ministre. Voilà ce qu’il pense vraiment de la solution à deux États, mais la proposition d’accord révélée ce week-end est pire… voilà ce qu’une coalition du Likud peut réussir : mensonge, procrastination, gain de temps et de nouveaux mensonges. »

Gal-on a fustigé “le double discours du Premier ministre qui nous conduit vers un État binational”.

La négation de Netanyahu et du Likud de ce qui était une politique déclarée est venue deux jours après que Yedioth Ahronoth ait publié un document soi-disant rédigé par des officiels israéliens soulignant des prétendues concessions de Netanyahu aux Palestiniens.

Selon le document, Netanyahu avait accepté de négocier un accord de paix sur la base des frontières de 1967 avec des échanges de terres, de reconnaître les aspirations des Palestinien à Jérusalem Est, d’évacuer les habitants de Cisjordanie et de permettre à ceux qui le veulent de rester sous contrôle palestinien.

La publication a secoué le Likud et a entraîné des fortes critiques de politiciens à la droite de Netanyahu, y compris du chef d’Yisrael Beytenu, Avidgor Liberman et de celui d’Habayit HaYehudi, Naftali Bennett.

Deux membres du Likud, Benny Begin et le président de la Knesset Yuli Edelstein, ont déclaré dimanche que le document avait été fabriqué et que sa publication avait pour but de nuire au Likud. Le ministre des Transports Yisrael Katz, également du Likud, a suggéré qu’il s’agirait d’une information divulguée par l’administration Obama pour nuire aux chances de victoire de Netanyahu.

S’exprimant à une conférence de presse dimanche, Begin a accusé le journaliste qui a révélé l’affaire, Nahum Barnea, de mentir, d’avoir truqué le document et d’essayer de rendre Netanyahu responsable. Edelstein a déclaré que la publication “avait seulement un but : nuire au Likud et prendre des sièges au Likud”.

L’ancien conseiller à la sécurité nationale, Yaakov Amidror, a suggéré dimanche que si le document avait fuité de Washington, comme cela a été évoqué, cela diminuerait la possibilité de futures négociations menées par les Etats-Unis.

“Il ne fait aucun doute que cette fuite diminue la possibilité de négociations sérieuses dans le futur”, a déclaré Amidror au site internet Walla.

“Peu importe qui sera le prochain Premier ministre, Benjamin Netanyahu ou Isaac Herzog, il ne pourra pas compter à 100 % sur la confidentialité des négociations après une fuite pareille. Ce sera tout aussi vrai pour les Palestiniens qui se demanderont, ‘Nous allons être d’accord sur toutes ces idées, et ensuite les lirons dans les journaux ?’ Pour nous, le dommage est seulement politique, mais du côté palestinien, cela pourrait bien coûter des vies”, a continué Amidror.

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

“Celui qui a fait fuiter cela a causé un dommage sévère au processus de paix, parce qu’aucun côté ne pourra plus compter sur l’administration américaine.”

Amidror a insisté sur le fait que le document ne représentait pas précisément la position de Netanyahu, mais était plutôt une proposition américain qui “visait à être assez mauvaise pour les deux côtés afin qu’ils puissent dire qu’ils avaient des réserves, sans dire aux Américains ‘d’aller au diable’”.

“Il n’y a pas d’accord israélo-palestinien ici, seulement une tentative américaine de créer un document qui permettra aux deux partis d’aller à la table des négociations et de parler.”