Avant l’aube vendredi, ce qui aurait du être une opération plutôt routinière pour l’armée de l’air israélienne, un bombardement d’une cible présumée du Hezbollah en Syrie, est devenu un ‘classique’ du programme de défense anti-missile de l’Etat juif : la première utilisation annoncée de la batterie anti-missile Arrow.

La première version d’Arrow était opérationnelle en 2000. Le projet israélo-américain avait pour objectif de lutter contre la menace des missiles balistiques à longue portée, après les attaques de missiles irakiens Scud pendant la première guerre du Golfe.

Mais la première utilisation annoncée d’Arrow, vendredi matin, ne s’est pas faite contre un missile balistique, selon l’armée israélienne, mais contre un missile sol-air, appelé SAM.

Il s’agit d’un développement plutôt étrange, qui pose des questions sur l’utilisation de ce système.

F-16D de l'armée de l'air israélienne , le 28 juin 2010. Ilustration. (Crédit : Ofer Sidon/Flash90)

F-16D de l’armée de l’air israélienne , le 28 juin 2010. Ilustration. (Crédit : Ofer Sidon/Flash90)

Selon l’armée, des avions de chasse de l’armée de l’air israélienne ont mené des frappes aériennes contre plusieurs cibles en Syrie peu après 2h30 du matin. Cette reconnaissance de l’armée est déjà en elle-même un fait rare, si ce n’est sans précédent.

Des médias arabes ont indiqué que les frappes israéliennes ont visé des armes sophistiquées du Hezbollah. Israël a annoncé à plusieurs reprises que l’arrivée de telles armes entre les mains du Hezbollah était une « ligne rouge » contre laquelle il prendrait des mesures. Au cours des années, des dizaines de ces frappes aériennes ont été rapportées par les médias étrangers.

L’armée syrienne a reconnu la frappe, déclarant que quatre avions israéliens avaient ciblé des postes militaires dans la région de Palmyre, dans le centre de la Syrie.

L’armée syrienne a lancé plusieurs missiles antiaériens contre les jets de l’aviation israélienne depuis une batterie de défense aérienne située dans l’est de la Syrie, envoyant les projectiles au-dessus de la Jordanie, vers la vallée du Jourdain israélienne.

Deux des missiles ont atterri en territoire israélien, sans faire ni blessé, ni dégât. Le troisième a lui été intercepté par le système Arrow, en particulier par Arrow 2, un système plus avancé, selon certains médias israéliens.

Un missile Arrow 3 lancé depuis la base aérienne de Palmachim, dans le centre d'Israël, le 10 décembre 2015. Illustration. (Crédit : ministère de la Défense)

Un missile Arrow 3 lancé depuis la base aérienne de Palmachim, dans le centre d’Israël, le 10 décembre 2015. Illustration. (Crédit : ministère de la Défense)

Selon la plupart des médias, les missiles syriens étaient des SA-5, également appelés S-200, un système de défense anti-missile quelque peu dépassé, que l’aviation israélienne ne devrait pas avoir trop de difficultés à éviter, ce qui a effectivement été le cas (malgré les aberrantes affirmations de la Syrie, qui dit avoir abattu un avion israélien et en avoir touché un autre).

Ce n’est pas la première fois que l’armée du président syrien Bashar el-Assad lance des SAM contre des avions de chasse israéliens. En septembre, deux de ces missiles avaient été lancés contre un avion israélien après un bombardement de représailles à des obus de mortier qui avaient frappé le territoire israélien. L’armée s’était alors contentée d’utiliser des contremesures classiques.

En prenant ces faits en compte, il n’est pas évident de savoir pourquoi le système Arrow a même été employé vendredi.

Généralement, les missiles sol-air ne présentent pas vraiment de menace pour les personnes présentes au sol, car ils sont conçus pour exploser à haute altitude afin de toucher des avions.

Un responsable militaire a déclaré au Times of Israël que la menace posée par ces SAM était en fait au sol, et pas aux avions. Ceci semble donc réfuter l’idée selon laquelle le système a été utilisé pour protéger les pilotes.

En supposant que l’armée soit franche dans son explication, ceci ne laisse que deux options.

La première, que le missile SA-5, même s’il n’est pas spécifiquement conçu pour les attaques en surface, se dirigeait en fait vers une zone peuplée et a posé une menace légitime aux personnes présentes au sol.

La seconde, que le radar du système Arrow se soit trompé et ait mal identifié le missile SA-5 arrivant, qui est plutôt large, comme un missile balistique.

Il est donc difficile d’évaluer le succès de la première interception opérationnelle signalée d’Arrow. A-t-il sauvé des vies ? Ou un très cher missile Arrow 2, qui coûterait près de dix millions de shekels, a-t-il été gâché pour une fausse alarme ?