Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi qu’il était “prématuré” de discuter du déménagement de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, initiative potentiellement problématique au niveau politique et qui a suscité l’indignation dans le monde arabe.

« Je ne veux pas encore en parler. C’est prématuré », a expliqué Trump au commentateur de Fox News, Sean Hannity, au cours d’une vaste interview accordée depuis la Maison Blanche.

Cet entretien s’est également intéressé à l’interdiction des réfugiés, au plan de construction d’un mur le long de la frontière mexicaine et au soutien apporté par le président américain au retour de l’utilisation de la torture.

Le président a aussi refusé, jeudi, de se prononcer sur le gel d’un transfert d’un montant de 221 millions de dollars à l’Autorité palestinienne que son prédécesseur Barack Obama avait autorisé lors des dernières heures de son administration, le 20 janvier.

« Nous verrons ce qu’il va se passer », a dit Trump. « Je ne veux pas en parler ».

L’administration Trump a informé l’AP en début de semaine qu’elle procédait au gel de ce transfert. Le Département d’Etat a expliqué qu’il examinerait le paiement et qu’il pourrait l’adapter pour garantir qu’il correspond bien aux priorités définies par le nouveau gouvernement.

Lors de cet entretien, Trump a également vanté la barrière de sécurité qui sépare Israël de la Cisjordanie.

Il a affirmé qu’elle est un exemple probant de dissuasion d’éventuels clandestins.

Israël avait construit la barrière – une combinaison de clôtures, de mur en béton, agrémentée de capteurs sophistiqués – en réponse à la vague massive et meurtrière de terrorisme palestinien qui avait frappé le pays pendant la Seconde Intifada au début des années 2000.

« Le mur est nécessaire », a indiqué Trump. « Ce n’est pas seulement de la politique et pourtant c’est une bonne chose pour la nation d’une certaine manière, parce que les gens veulent de la protection et un mur protège ».

« Il suffit de demander à Israël. Israël vivait une catastrophe qui touchait le pays et qui venait de l’extérieur et les Israéliens ont construit un mur. Les entrées non autorisées se sont arrêtées à 99,9 % ».

Le président a également salué une reprise des relations avec l’état juif qui, a-t-il dit, est survenue dès qu’il a prêté serment, vendredi dernier.

La relation a été réparée « dès que j’ai pris mes fonctions », a-t-il expliqué, se référant aux relations qui étaient de notoriété publique difficiles entre Obama et le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Israël a été traité très injustement, et nous entretenons une bonne relation ».

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Les leaders arabes et occidentaux ont mis en garde contre une éventuelle « explosion » si Trump devait tenir sa promesse de campagne de relocaliser l’ambassade, certains responsables palestiniens qualifiant cette initiative de « déclaration de guerre ».

Tandis que la Maison Blanche a déjà démenti que ce déménagement pourrait se faire à court terme – le porte-parole Sean Spicer a déclaré en début de semaine qu » ‘aucune décision n’a été encore prise » sur la question – ce dossier reste épineux du côté des dirigeants arabes, avec des condamnations et des avertissements lancés presque quotidiennement.

Toutefois, un responsable des renseignements de l’armée israélienne a indiqué jeudi que si l’AP pourrait bien considérer le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem comme une « déclaration de guerre », les Palestiniens moyens ne semblaient pas aussi mobilisés que leurs dirigeants contre cette question.

Le responsable, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat conformément aux règles militaires, a déclaré que les conversations dans les rues palestiniennes concernent bien davantage les problématiques intérieures.

« Les faits ne démontrent pas que la population ait vraiment tendance ici » à exprimer une inquiétude face à cette initiative, a déclaré le responsable du Commandement central aux journalistes.

« Les discussions en Cisjordanie portent plutôt sur la pénurie d’électricité dans la Bande de Gaza, pas sur l’ambassade », a-t-il ajouté.

L'ambassade américaine à Tel Aviv. (Crédit : Ori~/Wikimedia Commons/File)

L’ambassade américaine à Tel Aviv. (Crédit : Ori~/Wikimedia Commons/File)

De nombreux responsables élus israéliens ont exprimé leur enthousiasme face au transfert de l’ambassade qui, disent-ils, constituerait la reconnaissance officielle de Jérusalem en tant que capitale de l’état juif.

Mais aujourd’hui, les alliés d’Israël semblent ne pas partager ce même point de vue. Ils estiment que la question doit être négociée avec les Palestiniens qui ont revendiqué Jérusalem-Est comme capitale de leur futur état. Les Palestiniens ont insinué qu’une telle initiative pourrait entraîner des actes de violence.

« Pour nous, le déplacement de l’ambassade à Jérusalem est une déclaration de guerre contre les musulmans », a déclaré Jibril Rajoub, membre du comité central du Fatah et président de l’Association palestinienne de Football au Times of Israël dans un entretien accordé au début de la semaine.

Jibril Rajoub, responsable du Fatah. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Jibril Rajoub, responsable du Fatah. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

« Nous parlons d’une mesure dangereuse qui n’apportera pas de stabilité sur le terrain », a-t-il poursuivi, ajoutant que cette mesure « contrevient aux résolutions précédentes des Nations unies et à la politique des Etats-Unis depuis 1967 ».

Les Jordaniens, qui sont restés engagés au niveau diplomatique dans les problématiques touchant Jérusalem, se sont aussi exprimés en défaveur de l’initiative proposée.

Lors d’une rencontre avec le président de l’AP, Mahmoud Abbas, le roi Abdallah II de Jordanie a déclaré au début de la semaine qu’une telle mesure serait le « franchissement d’une ligne rouge ».

Judah Ari Gross a contribué à cet article