Israel Beytenu a désormais un problème.

Des responsables du parti, d’hier et d’aujourd’hui, ont été arrêtés cette semaine à la suite d’un coup de filet d’une unité spéciale de la police sur des soupçons de corruption généralisée.

Une enquête discrète, qui a duré une année, a révélé « une méthode à travers laquelle les suspects et leurs représentants ont illégalement transféré, en utilisant leurs pouvoirs en tant que fonctionnaires publics, des sommes importantes de fonds publics à divers organismes et autorités, en échange d’avantages généreux pour eux ou leurs associés, y compris des nominations et des paiements », ont déclaré dans un communiqué les enquêteurs de la police.

Le parti n’est pas étranger aux scandales. Son chef, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, qui n’est pas un suspect dans l’enquête en cours, a été impliqué dans des enquêtes pour corruption à plusieurs fois en 17 ans.

L’acte d’accusation le plus récent contre Liberman a été déposé en décembre 2012, six semaines seulement avant les élections de janvier 2013, le forçant à démissionner de son poste de ministre. Mais un an plus tard, en novembre 2013, Liberman a été acquitté de la dernière série de charges qui pesaient contre lui et a été réintégré comme chef de la diplomatie israélienne.

Malgré le flux et le reflux d’accusations, Liberman a fait savoir pendant des années que la police et les procureurs de l’État voulaient « l’abattre politiquement ». Mais les circonstances – des enquêtes qui ont duré des années, de nouvelles enquêtes au milieu des campagnes électorales – n’ont rien fait pour étouffer les mobiles de la police.

Dans ce contexte, la réponse d’ Yisrael Beytenu aux nouvelles de mercredi n’a pas vraiment été une surprise.

« Comme à chaque élection depuis la création de Yisrael Beytenu en 1999, la police continue à lancer des arrestations à grand renfort de publicité contre les membres du parti, a fait savoir ce dernier dans un communiqué. Si l’enquête avait été lancée avant la décision des élections anticipées, on aurait pu croire à un honnête effort vis-à-vis de celle-ci. Mais le fait qu’elle soit lancée, une fois de plus, au moment d’élections montre bien qu’on cherche à s’attaquer à Yisrael Beytenu. »

Mercredi, la Deuxième chaîne a demandé aux Israéliens, lors d’un sondage, s’ils estimaient que le moment choisi démontrait des arrière-pensées de la part des enquêteurs de la police. 31 % pensent que oui, 36 % estiment que non et 33 % se disent sans opinion.

Et, en effet, dans la journée suivant l’annonce des arrestations, pas un chef de file des sept plus grands partis en lice aux élections n’a commenté l’affaire. Le malaise est palpable.

La question doit donc être posée : le parti peut-il surmonter le dernier scandale sachant qu’il a réussi à surmonter les précédents ? Les électeurs d’Yisrael Beiteinu, vont-ils renoncer, devant ces malversations présumées, à soutenir leur parti ?

[Avant de poursuivre, une précision s’impose : nous nous intéressons ici aux retombées politiques, pas aux faits de l’enquête. Il faut rappeler que les enquêteurs de la police ont nié toute arrière-pensée derrière l’enquête. Une source policière a également déclaré que la police avait été aussi surprise que quiconque par le calendrier des élections et ne pouvait prévoir que cette enquête coïnciderait avec la chute du gouvernement ; elle précise aussi que toute tentative de garder sous le boisseau une enquête de corruption en raison de l’élection aurait été tout autant problématique.]

Finalement, il y a deux bonnes raisons de croire que les allégations causeront un préjudice grave à la performance du parti dans les urnes le jour du scrutin.

La première est simple. L’annonce de la police qui a été faite mercredi met en cause comme principaux suspects deux des plus importants organisateurs de la campagne d’Yisrael Beytenu : la vice-ministre de l’Intérieur, Faina Kirshenbaum et le directeur du personnel du parti, David Gorowsky.

L'ancienne vice-ministre Faina Kirshenbaum à la Knesset (Crédit : Hadas Parush/Flash 90)

L’ancienne vice-ministre Faina Kirshenbaum à la Knesset (Crédit : Hadas Parush/Flash 90)

Gorowsky, qui a été arrêté mercredi, ne sera pas disponible pour faire tourner la machine du parti au cours des prochaines semaines de la campagne électorale. Kirshenbaum, ancienne directrice générale du parti, très proche de Liberman, a longtemps été considérée comme un des managers d’Yisrael Beytenu les plus efficaces et influents. Elle bénéficie d’une immunité parlementaire mais sera sans doute trop occupée à gérer sa défense juridique pour mener la campagne électorale.

Pendant ce temps, les électeurs sont peut-être plus sceptiques que par le passé quant les dirigeants du parti clament leur innocence. La preuve la plus directe provient d’un sondage de la radio militaire, jeudi matin, qui a demandé aux anciens votants d’ Yisrael Beytenu si leur souhait de voter pour le parti avait été affecté. Parmi tous ces électeurs probables, 29 % ont fait savoir qu’ils seraient moins susceptibles de voter pour Liberman.

Parmi les anciens électeurs venus de l’ex-Union soviétique -le groupe qui forme la base la plus stable du parti -, 31% ont dit qu’ils ne voteraient pas pour Yisrael Beytenu le 17 mars.

Ces chiffres inquiétants font suite suite à deux années de mauvaises performances dans les urnes. L’alliance du parti de Liberman avec le Likud aux élections de janvier 2013 l’a fait passer de 15 à 11 sièges. Un sondage Globes réalisé en octobre 2013 ne créditait le parti que de 6 sièges. Aux élections municipales, soit à la même période, Yisrael Beytenu a chuté abruptement de 5 à 2 sièges au conseil municipal d’Ashdod, la ville avec le plus grand nombre d’Israéliens russophones.

L’an dernier,le soutien combiné de Liberman et du leader de Shas Aryeh Deri n’avaient pas permis à Moshe Leon, un candidat soutenu par une partie du Likud dans la course à la mairie de Jérusalem, de battre Nir Barkat.

Et mardi, avant même les allégations de corruption, un nouveau sondage créditait Yisrael Beytenu de seulement 7 sièges.

Avec les mauvais sondages, des dirigeants-clés visés par une enquête et le fait que des anciens soutiens d’Yisrael Beytenu commencent à lui tourner le dos, les jours à venir s’avèrent bien sombres pour la machine politique, autrefois bien huilée, d’Avigdor Liberman.