Mercredi matin, trois parachutistes ont été tués, portant à 35 le nombre de pertes depuis le début de l’opération terrestre à Gaza. Les responsables des opérations au Quartier général du commandement savaient très probablement que ce serait le prix cher qu’Israël aurait à payer s’il cherchait à neutraliser la menace de tunnel du Hamas.

Le public, toujours très favorable à l’opération, a été surpris. Après tout, au cours de l’opération Plomb durci en 2009, au bout de 23 jours de combats, l’armée avait perdu seulement 10 soldats, dont 4 à cause de tirs fratricides.

Il convient d’examiner certains risques opérationnels, certains inévitables, qui ont conduit aux pertes.

Prenons le cas de la brigade des parachutistes. Un peloton de sa compagnie de démolition s’est mis en marche aux lueurs du jour mercredi. Comme le reste des unités de terrain, ils ont reçu une liste d’objectifs pour la journée. La liste incluait de sécuriser une certaine intersection, d’avancer vers une cache de roquettes, de prendre un immeuble identifié pour abriter une entrée de tunnel, d’établir un périmètre de sécurité pour que les forces travaillent à la démolition d’un tunnel, dans un environnement hostile, avec un nombre effrayant d’explosions.

Il peut également s’agir de préparer une embuscade contre des unités de tireurs de roquettes et bien d’autres missions. L’armée explique précisément ce que les soldats doivent faire, mais la plupart des missions citées nécessitent, lorsque l’on opère dans des zones urbaines, d’entrer dans une maison.

Plus tôt cette semaine, le Shin Bet a fourni des informations en temps réel au sujet d’une maison piégée à Khan Younis. Cela a permis de sauver de nombreuses vies. Mercredi, il n’y a pas d’avertissement. Un groupe d’activistes du Hamas, cachés en embuscade, ont attendu que les parachutistes soient entrés dans la maison pour faire exploser le détonateur. Une partie de la maison s’est écroulée et les activistes ont ouvert le feu, bloquant ainsi les soldats.

L’armée n’a pas donné d’informations sur l’attaque, faisant simplement allusion au fait que 18 autres soldats ont été blessés dans l’embuscade, des citations pour bravoure pourraient bien être octroyées. L’élément principal, expliquant le nombre de victimes, est qu’Israël a un objectif ouvertement annoncé pour cette mission : détruire les tunnels d’attaque, dont 31 ont déjà été trouvés. Cela signifie que les terroristes qui construisent ces tunnels savent exactement où préparer une embuscade. Les maisons tout autour des entrées de tunnels sont susceptibles d’être piégées, tout comme les entrées elles-mêmes.

Les tunnels : cette fois, contrairement à l’opération Plomb durci, il y a une mission clairement définie. Un soldat qui a servi dans une unité de reconnaissance de la brigade des parachutistes au cours de l’opération Plomb durci a déclaré que l’objectif principal, comme expliqué aux troupes, était simplement d’affaiblir les rangs du Hamas depuis le ciel et d’éviter des frictions au sol.

« Nous avons peut-être été impliqués dans deux échanges de coups de feu au cours du conflit », a déclaré l’opérateur qui était à Gaza pour les 23 jours de la mission. « Nous savions où étaient les armes », déclare-t-il, « mais ils nous ont dit que c’était trop dangereux, trop compliqué ».

Les parachutistes occupaient souvent des endroits vides en banlieue. Leur tâche principale était de rester en vie et d’effacer l’impression d’impuissance laissée par la seconde guerre du Liban. A un moment, l’officier de renseignement de la brigade leur a dit de planter un drapeau sur un bâtiment dans le nord de la bande de Gaza, a-t-il déclaré au sujet d’une mission qui a finalement été annulée. « Cette fois-ci il y a de vraies cibles », dit-il, « et cela a un prix ».

Les missiles antitanks : Un haut responsable des services de renseignement a déclaré récemment lors d’une vidéo-conférence avec des journalistes que si les tactiques du Hamas n’ont pas beaucoup changé dans les récentes séries d’affrontements, ses armements, eux, ont évolué. Il a évoqué des missiles antitanks russes de haute technologie, certains spécifiquement conçus pour des combats urbains comme les RPG-29. Le lieutenant colonal Peter Lerner a ajouté qu’il y a eu « l’implication de missiles antitanks » dans chaque attaque du Hamas contre les troupes israéliennes à Gaza.

Ces missiles, contrairement aux roquettes du Hamas, tuent efficacement. C’est une des raisons pour lesquelles les ordres donnés aux troupes sur le terrain sont de bouger vite, de désigner leurs cibles, d’appeler les équipes de démolition, et de repartir. Lerner décrit l’état d’esprit de l’opération comme « nettoyer et partir, nettoyer et partir ».

On ne demande pas aux troupes de construire des positions défensives mais plutôt de frapper fort et de partir vite, explique-t-il, car plus une unité reste immobile, même lorsqu’elle est dans un appartement, plus les chances sont grandes d’être repéré et frappé par un missile antitank. C’était une des leçons tactiques fondamentales de la seconde guerre du Liban. A Shejaiya, peut-être l’environnement le plus urbain dans lequel l’armée a opéré, les forces ont peu d’autres options que d’entrer dans les maisons.

Le Dôme de fer des blindés

Au cours de la deuxième guerre du Liban, l’une des images les plus frappantes était l’hésitation et la peur sur les visages de soldats dans les tanks. Même au sommet d’un monstre de 65 tonnes sur des chaînes, ils réussissaient à donner l’impression d’être timides. Beaucoup ont été tués.

Aujourd’hui, selon des rapports de l’armée, pas un seul tank n’a été endommagé par un tir de missiles. C’est un avantage énorme et c’est principalement grâce à un système de protection appelé en hébreu Me’il Ruah, le coupe vent, qui est appelé Trophee dans son nom officiel en anglais.

Le système détecte, piste et neutralise les missiles lancés. Ils explosent avant le contact.

Ce système ne sauve pas seulement des vies dans le tank, cela permet aussi aux tanks d’être positionnés plus ouvertement au cœur des intersections centrales, en les dominant, à la fois en terme de puissance de feu et de vision nocturne.

En outre, selon le système de défense avancé Rafael, la compagnie qui a créé le Dôme de fer, le système Trophee piste l’origine du missile lancé avec un radar ce qui signifie que l’équipe dans le tank est non seulement souvent protégée mais aussi alertée de la source du tir. Cela permet une riposte plus rapide.

En juillet, le Times of Israel a écrit un article sur la pertinence du tank. J’ai parlé avec un vieux général du genre qui porte encore ses chemises bleues de travail du kibboutz et des sandales en cuir. Décoré de la Médaille du courage, il était venu à ma rencontre en short. Il parle de l’argent dépensé sur des avions extravagants, des programmes informations et des satellites. Il a expliqué que c’était juste, mais que, comme lors de la guerre de Yom Kippour, les gadgets prennent un partie disproportionnée du budget en comparaison avec leur contribution dans l’effort global de guerre.

Cela n’a pas d’importance si la bataille a lieu à Bora Bora ou au Vietnam, dans la Casbah de Naplouse ou dans les denses buissons sur les pentes au Sud-Liban, explique-t-il. La physionomie d’une bataille est toujours la même, « un fantassin haletant au côté du canon du tank ».

Le problème, dit Sakal, est que cette vérité glisse.

« On l’oublie entre les guerres, mais on s’en souvient seulement pendant les conflits. »