Un groupe de rabbins orthodoxes a rencontré le numéro un de l’armée israélienne pour se plaindre.

Selon la Septième chaîne israélienne, les rabbins ont déclaré à Gadi Eizenkot mardi que le nombre grandissant de soldates combattantes au sein de l’armée israélienne contribue à la création d’un environnement impudique. Ils ont demandé la mise en place de changements pour répondre aux besoins des soldats pratiquants.

Cette rencontre est la dernière expression du mécontentement des Israéliens traditionnalistes face à l’initiative de l’armée, qui consiste à intégrer de femmes dans les unités combattantes. Ils ont protesté contre ce qu’ils perçoivent comme un programme social progressiste, pas seulement au nom de motifs religieux, mais ils ont affirmé que cela nuit à l’efficacité de l’armée.

Depuis qu’Eizenkot est chef d’état-major, l’armée a accordé de nombreux postes de combattants à des femmes.

En mars, l’armée israélienne a ouvert sa quatrième brigade d’infanterie, majoritairement féminine, et a permis aux femmes de servir dans des tanks, pour la première fois. Cette année, l’armée a annoncé qu’elle s’attend à ce que le nombre de combattantes atteigne les 2 500, soit quatre fois l’effectif avant l’arrivée d’Eizenkot. Elles représenteraient 7 % des soldats combattants, tout sexes confondus, contre 3 % avant Eizenkot.

Certains Israéliens religieux et conservateurs ont affirmé que ces changements apportent un aspect sexuel dangereux pour l’atmosphère au sein de l’armée, quand hommes et femmes sont amenés à s’entraîner, à manger, à dormir, à se doucher ensemble et à partager des toilettes. D’anciens haut gradés de l’armée font partie des détracteurs de cette évolution.

En novembre dernier, l’ancien général de brigade et grand-rabbin militaire Yisrael Weiss avait prévenu que neuf mois après qu’un homme et une femme servent ensemble dans un tank, « un petit tankiste naîtra ». Cette même semaine, le colonel Yonatan Branski a prévenu que lorsque des unités mixtes sont en service, « tous les moyens de contraception sont en rupture de stock à la pharmacie de la base ».

Branski, un chercheur orthodoxe au Jerusalem Institute for Strategic Studies, un nouveau think-tank conservateur, a déclaré au JTA que le sexe est une distraction dans de nombreuses unités mixtes. Cependant, a-t-il affirmé, c’est un problème de plus grande ampleur dans les unités combattantes parce que les soldats servent dans des conditions inhabituellement intimes, et ne peuvent pas se permettent d’être distraits.

« Vous avez déjà entendu parler d’une équipe de basket professionnelle mixte ? », a-t-il dit. « La réponse est non, parce qu’ils veulent gagner. »

Les soldats du Bataillon Bardales s’entraînent à la guérilla urbaine au petit matin, à Nitzanim, dans la région d’Arava au sud d’Israël le 13 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Servir aux côtés de femmes est d’autant plus problématique pour les soldats religieux, qui doivent constamment veiller à ne pas enfreindre des interdits de la loi juive dans le cadre de leurs interactions avec les femmes, a déclaré Branski, qui était le premier commandant du bataillon haredi de l’armée.

Au final, prédit-il, l’armée devra choisir ce qui lui tient le plus à cœur : le service militaire des femmes ou des hommes religieux.

« À un moment, tout devient trop intime pour qu’un soldat orthodoxe puisse servir », dit-il. « Que préfère l’armée ? Laisser partir des milliers de jeunes hommes religieux très motivés, ou quelques femmes très motivées ? »

Un rapport du médiateur de l’armée israélienne publié en mai évoque un certain nombre de problèmes inhérents à l’intégration des femmes dans les unités combattantes, notamment le manque de douches, qui contraint les femmes à utiliser les mêmes salles de bains que les hommes. Mais Eden Liberman, 23 ans, premier commandant d’une brigade d’infanterie mixte appelée Caracal, a déclaré que ses soldats, y compris les jeunes hommes et jeunes filles religieux, ont dépassé les rôles traditionnels sexués, et se considèrent comme des frères d’armes.

« Quand la sécurité est menacée, peu importe si vous êtes un homme ou une femme. Ils ont appris à se faire confiance et à réagir de manière appropriée », a déclaré Liberman au JTA. « Toutes les étiquettes sont effacées, et les liens créés entre les filles et les garçons ne sont pas différents de ceux que vous verrez ailleurs. »

Ceux qui sont réfractaires à la mixité ont également accusé l’armée d’avoir baissé ses critères de formes physiques, pour qu’ils correspondent aux soldates, et afin de les protéger des blessures. Ils ont souligné que les brigades mixtes transportent des armes plus légères et moins de munitions, et ils affirment que les entraînements sont plus faciles.

Certains en ont conclu que l’armée est à la botte d’organisations de gauche. En novembre dernier, le major-général Yiftah Ron-Tal a été jusqu’à accuser ces groupes de tenter « d’affaiblir les capacités de notre armée », mais a par la suite retiré ses propos.

L’armée a ensuite admis avoir réalisé quelques aménagements pour intégrer les unités combattantes. En réaction au rapport du médiateur, qui établit que les femmes soldates sont plus rapidement blessées pendant les entraînements, elle s’est engagée à en faire davantage. Mais l’armée a affirmé que ces mesures sont au service des besoins opérationnels. Les unités mixtes gardent les frontières égyptiennes et jordaniennes, ce qui permet aux unités plus lourdement armées de se concentrer sur des besoins sécuritaires plus urgents.

Un agent du renseignement du bataillon Caracal, qui s’est confié au JTA sous couvert d’anonymat, a déclaré que l’intégration des femmes dans l’armée était une démarche initialement motivée par des changements sociétaux. Cependant, elle a déclaré que l’armée y a rapidement vu des bénéfices stratégiques.

« L’armée ne s’intéresse pas qu’aux questions de sécurité. C’est aussi une institution sociale, et il y avait de la demande pour l’intégration des femmes », a-t-elle expliqué. « Mais une fois que les jeunes filles ont été autorisées à intégrer ces unités, nous avons vu que c’était un succès. La pression sociale s’est vérifiée. »

Elle a assuré que dans de bonnes conditions, les femmes peuvent apporter autant que les hommes dans les unités combattantes.

Le chef d’Etat-major, Gadi Eizenkot, pendant une réunion de la commission de contrôle de l’Etat de la Knesset, le 16 août 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« En tant qu’ancienne combattante, je peux vous dire que les filles en font autant que les garçons, voire plus », a déclaré l’agent du renseignement.

En dépit des critiques, l’armée semble déterminée à tester cette proposition. Dimanche, l’armée de l’air a nommé sa première vice-commandante dans un escadron d’avions de chasse et deux autres femmes aux postes de vice-commandantes dans des escadrons de drones.

Cependant, lundi, l’armée a également annoncé 14 nouvelles nominations de colonels et de généraux de brigade. Parmi eux, une seule femme, la lieutenante-colonel Tzipora Erez-Sabati, qui sera promue à la direction de la Défense passive et au département de la Doctrine.

La Septième chaîne, qui est un média sioniste religieux, a déclaré qu’Eizenkot a affirmé aux rabbins, durant leur rencontre mardi, qu’il serait envisageable de modifier la mixité dans les services, au profit des soldats religieux. Cependant, le journal, a ajouté que le chef d’état-major a transmis le même message à un groupe de femmes qu’il avait reçu dans la journée.