Trois importants rapports sur l’économie israélienne en difficulté font beaucoup à absorber en une seule semaine – en particulier au milieu d’une campagne électorale, et surtout quand ils semblent tous raconter une histoire différente.

Le premier rapport de pauvreté officiel de mardi dernier, publié par l’Institut national d’assurance (INA), a révélé que près d’un ménage sur cinq – 18,6 % – vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais l’INA recense les pauvres uniquement selon le revenu, et fixe le seuil de pauvreté d’après le revenu moyen (la moitié au-dessus et la moitié en dessous). Les pauvres sont ainsi définis en comparant leurs revenus à ceux des riches, et non selon une évaluation objective de leur situation.

Ainsi si l’on s’en tient à l’INA, les pauvres pourraient être riches, sains et heureux en termes objectifs, mais pas autant que leurs voisins millionnaires. Ou, à l’inverse, ils pourraient être dans une situation lamentable, nécessiteux et affamés, comparés à une classe moyenne à peine mieux lotie qu’eux.

Ce rapport a été suivi par un autre, de l’organisme Latet, organisation ombrelle de banques alimentaires et de groupes de défense des droits des pauvres. Latet a sondé les Israéliens sur leurs conditions de vie réelles, et a mis au jour une donnée surprenante.

Recensés selon leur propre témoignage sur le logement, la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation et le coût élevé de la vie, pas moins de 2,5 millions d’Israéliens – sur une population d’un peu plus de 8 millions – sont classés par Latet comme « pauvres » ou « très pauvres », considérés par l’organisation comme n’ayant pas accès dans une certaine mesure à ces nécessités de base.

Selon ce barème de pauvreté, les chiffres de Latet ajoutent près d’un million d’Israéliens dans les rangs des « pauvres », par rapport aux chiffres de l’INA.

Et puis il y a le rapport annuel intitulé « État de la nation » du Centre Taub, publié mercredi dernier. Ce rapport nous éclaire sur quelques idées étonnantes, qui aident à comprendre les fossés entre ces deux conceptions radicalement différentes précitées.

Parmi les conclusions de Taub, « l’économie de l’ombre » non taxée peut atteindre les 20 % du PIB de la nation. Cela expliquerait pourquoi, selon le rapport de l’INA, pas moins de la moitié des ménages arabes et ultra-orthodoxes vivent en dessous du seuil de pauvreté, tandis que Latet, qui présente un taux de pauvreté plus élevé au sein de tous les autres groupes, établit un taux plus faible chez les Arabes et haredis, quand ils sont priés de déclarer eux-mêmes leurs conditions de vie. Une grande partie de leur activité économique, comme le suggère ce fossé, est tout simplement non déclarée et non imposée.

Dans le même temps, Taub pointe le doigt sur une dure réalité concernant le coût de la vie : 80 % des ménages israéliens dépenseraient plus qu’ils ne gagnent.

Même si leur revenu est supérieur au seuil de pauvreté, la plupart des familles israéliennes dépensent plus que leurs moyens ne leur permettent, une constatation qui peut expliquer pourquoi tant de sondés ont déclaré à Latet que les produits de base sont hors de leur portée, alors que leurs revenus, selon le barème de l’INA, ne sont pas si faibles.

La vaste économie non taxée concentrée dans les secteurs haredi et arabes, les carences éducatives dans périphéries sociales et géographiques, la difficulté d’évaluer ce que les barèmes concurrents de la pauvreté signifient réellement – toutes ces questions, qui sont fondamentales pour comprendre et remédier à la souffrance des pauvres, restent un mystère quand on lit ces rapports.

Mais, bien sûr, c’est la saison des élections, où le débat politique honnête et mesuré n’est pas de mise. Peu importe que Netanyahu ait initié des réformes de marché libre – facteur majeur de la croissance économique spectaculaire qu’a connu le pays cette dernière décennie – ou qu’il ait augmenté le salaire minimum en 2011, tout en réduisant les prestations sociales des familles nombreuses qui permettaient aux Haredim et aux Arabes de s’abstenir de travailler – la pauvreté, comme l’ont expliqué les travaillistes cette semaine, est entièrement de la faute du Premier ministre.

Pourtant, les allégations du Likud disant que l’économie est en grande forme sont tout aussi erronées. Des couches entières de la société israélienne ont du mal à joindre les deux bouts ; l’éducation israélienne est en baisse alors même que la dépendance de la nation de la tranche plus qualifiée de sa main-d’œuvre est en hausse ; et les monopoles étatiques, la propriété en « pyramide » et d’autres inventions juridiques anticoncurrentielles douteuses ont placé une grande partie de l’économie israélienne sous le contrôle de fonctionnaires du gouvernement et d’une petite poignée de familles milliardaires.

Au lieu de discuter de ces défis graves, les politiciens sont engagés dans des accusations stériles. On ne peut qu’espérer que lorsque un côté ou l’autre l’emportera en mars, les gagnants gouverneront avec plus de sérieux qu’ils n’en ont fait preuve dans leur campagne électorale.

Les leçons apprises

Une chose étrange se passe au sein du Shas. Le chef du parti Aryeh Deri a perdu son allié devenu ennemi Eli Yishai, ancien dirigeant du parti qui a formé un nouveau parti rival la semaine dernière.

Avec le départ de Yishai, Shas a chuté abruptement dans les sondages, d’environ 9 sièges il y a deux semaines à 5 dans un sondage de la chaîne de la Knesset lundi, et même 4 dans un sondage de la Dixième chaîne mardi. Yishai, quant à lui, a dépassé le seuil électoral de quatre places dans les deux sondages, et a de bonnes chances d’intégrer sa faction dans la prochaine Knesset, au détriment du Shas.

Il doit être gratifiant pour Yishai de voir qu’il conserve sa popularité au sein des électeurs de son ancien parti.

Ces sondages laissent les moitiés éclatées de l’empire Shas dans une étrange impasse. Deri voit sa faction – et sa future influence politique – réduire de moitié.

Yishai sait qu’il a une chance d’être laissé sur la touche dans la prochaine Knesset. Les deux parties sont de plus en plus conscientes de la façon dont elles ont désespérément besoin l’une de l’autre et du danger de leur division.

Donc, il n’est pas surprenant que lundi, le mentor politique-religieux de Yishai, Rabbi Meir Mazuz, a envoyé une lettre au rabbin Chaim Rebi du Shas demandant une réunion entre Yishai et Deri.

Selon des sources proches de Deri, la lettre montre que le camp de Yishai « cligne des yeux » et tente de « ramper » au bercail du Shas. Selon les confidents de Yishai, Mazuz s’est engagé dans le parti « Haam Itanu » (Le peuple avec nous) de Yishai et veut simplement assurer que les deux parties mènent une campagne propre.

Aucune des parties n’a pour le moment refusé cette rencontre.