Pendant la période qui a précédé les élections, le leader de l’Union sioniste, Isaac Herzog, a annoncé qu’il voulait être le prochain Levi Eshkol.

La comparaison était courageuse : Eshkol, le troisième Premier ministre d’Israël, dont on se souvient injustement pour son bégaiement lors de son discours du 28 mai 1967, quand, essayant de déchiffrer des corrections manuscrites dans le texte, il est apparu comme hésitant dans son opposition au lancement d’une guerre préventive contre les Etats arabes hostiles.

« Apparemment, il a été un Premier ministre pâle, bégayant, dépourvu de charisme », a déclaré Herzog à Ari Shavit du journal Haaretz, au début du mois de mars.

Mais en fait, a-t-il poursuivi, c’était Eshkol qui a préparé l’armée israélienne à la victoire de la guerre des Six Jours ; qui a ramené les sionistes révisionnistes dans le giron en ordonnant que les restes de Zeev Jabotinsky soient inhumés en Israël ; qui a permis la centrale nucléaire de Dimona ; qui a annulé la loi martiale imposée aux citoyens arabes ; et, même si Herzog ne le mentionne pas, qui a détourné l’alliance stratégique de la France vers les États-Unis.

Mais l’électorat israélien a donné mardi une dure leçon à l’Union sioniste dirigée par le parti travailliste : il ne fait pas confiance pour l’instant à un dirigeant civil conciliant dans cette région infernale.

Les travaillistes n’ont remporté que deux élections depuis que le Likud a accédé au pouvoir pour la première fois en 1977.

La première fois, en 1992, ce fut avec le général à la retraite Yitzhak Rabin, chef d’état-major pendant la guerre des Six Jours, qui a dit au public, dans un grognement lent et enfumé, « Je vais naviguer ».

Et la deuxième fois, en 1999, ce fut quand un autre ancien chef d’état-major, Ehud Barak, le soldat le plus décoré dans l’histoire d’Israël, a battu son ancien subordonné, Benjamin Netanyahu.

Preuves photographiques d'une réunion cruciale entre le président Lyndon Johnson et le Premier ministre Levi Eshkol au ranch texan de de Johnson en janvier 1968, comme on le voit dans "Le Premier ministres" (Crédit : Autorisation)

Preuves photographiques d’une réunion cruciale entre le président Lyndon Johnson et le Premier ministre Levi Eshkol au ranch texan de de Johnson en janvier 1968, comme on le voit dans « Le Premier ministres » (Crédit : Autorisation)

Il y a eu des tentatives de mettre en avant la justice sociale, avec Shelly Yachimovich, qui a remporté la présidence du parti travailliste à la suite des protestations sociales de 2011 et qui a mené la campagne électorale de 2013 en insistant sur le social et l’économie.

Le résultat fut un score lamentable de 15 sièges à la Knesset. Il y a eu aussi des tentatives pour redresser le tort historique de la discrimination ethnique, en élisant Amir Peretz, né au Maroc. Il a obtenu des résultats légèrement meilleurs.

Les travaillistes n’ont remporté que deux élections depuis que le Likud a accédé au pouvoir pour la première fois en 1977

Lors de la présente élection, des généraux à la retraite et d’anciens chefs des services secrets ont fait de leur mieux pour démonter les bonnes références en matière de sécurité de Netanyahu. Ils ont lancé toutes les accusations possibles : il a perdu la bataille contre l’Iran, il a échoué contre le Hamas, il a aliéné l’allié le plus important d’Israël.

L’ancien commandant du Mossad, Meir Dagan, un disciple d’Ariel Sharon à l’école du réalisme bourru, qui a été affaibli par plusieurs années de maladie et une greffe du foie, a déclaré que comme « personne qui a élevé ici ses enfants et maintenant ses petits-enfants, comme personne qui croit de tout son cœur dans le rêve sioniste – je ressens une menace pour la poursuite de ce rêve ».

Ce sont des propos stupéfiants. À une autre époque, semble-t-il, ils auraient arrêté les gens dans leur élan. Pourquoi cela n’a-t-il pas marché ?

Le major général (à la retraite) Amnon Reshef lors d'une conférence de presse le 11 mars 2015, une semaine avant les élections de mardi (Crédit : Ben Kelmer/ Flash 90)

Le major général (à la retraite) Amnon Reshef lors d’une conférence de presse le 11 mars 2015, une semaine avant les élections de mardi (Crédit : Ben Kelmer/ Flash 90)

L’ancien général Amnon Reshef, le chef des ‘Commandants pour la sécurité d’Israël’, un groupe d’anciens officiers supérieurs qui s’est élevé contre la politique de Netanyahu, a déclaré que les « orateurs » de droite profitaient d’un peuple qui a connu « des milliers d’années de persécutions ».

Il a refusé de dire si un bloc de gauche dirigé par quelqu’un comme le chef d’état-major qui vient de prendre sa retraite, Benny Gantz, serait en mesure d’apaiser les craintes existentielles de nombreux Israéliens – qui, selon lui, ne sont pas sans fondements – mais a déclaré que mettre l’accent sur le logement et le prix de la crème au chocolat était une erreur. Il a enfin dit qu’il aurait reprimandé Netanyahu pour avoir dit que, si l’Union sioniste avait été élue, les seuls moyens d’atteindre le lieu le plus saint du judaïsme auraient été un hélicoptère ou un engin blindé.

Mais une autre dynamique pourrait fonctionner. Les généraux ont une forte tendance à l’action. Elle est au cœur de leur existence.

Le Général Asher Levy, qui a servi pendant la guerre d’Indépendance, a affirmé : « le problème central avec Netanyahu, c’est qu’il ne prend pas d’initiatives.

Il se contente toujours de réagir. » Ce sentiment de stagnation a presque conduit à un coup d’Etat militaire au cours des semaines tendues de mai 1967, lorsque le général Avraham Yaffe avait accusé Eshkol, qui refusait de déclarer la guerre malgré les menaces égyptiennes de Gamal Abdel Nasser qui appelait à réaliser « une nouvelle Shoah ».

l’électeur israélien n’a pas voulu prendre le risque d’une action. Il a voulu fermer les écoutilles et attendre la fin de la tempête

Au cours des dernières années, l’action est ce que les généraux, de gauche comme de droite, ont mis en avant. Barak a promis un retrait du Liban et, 10 mois après son entrée en fonction, il l’a effectué. Il a rencontré le ministre syrien des Affaires étrangères Farouk a-Shara, cinq mois seulement après son élection, et il a tenté de négocier avec lui le plateau du Golan en échange de la paix.

Sharon, qui a remplacé Barak en 2001, a étouffé la deuxième Intifada, puis a rapidement cherché à mettre les plans de paix du président George W. Bush « dans le formol ».

En août 2005, il a retiré unilatéralement la présence civile et militaire d’Israël dans la bande de Gaza. Il aurait probablement fait la même chose avec toutes les positions israéliennes à l’Est de la barrière de sécurité s’il n’avait pas été terrassé par un accident vasculaire cérébral.

Dans le Moyen-Orient impitoyable d’aujourd’hui – où l’Etat islamique jalonne Israël au Sud, al-Qaïda au Nord-Est, le Hezbollah et l’Iran sur toute la frontière Nord – l’électeur israélien n’a pas voulu prendre le risque d’une action. Il a voulu fermer les écoutilles et attendre la fin de la tempête.

Peut-être, comme Noé dans la Bible, peut-on envoyer une colombe occasionnelle ; mais pas sortir de l’arche. Et c’est précisément, avec le refus de l’Etat palestinien annoncé à la fin de la campagne, ce que Netanyahu a offert.