JTA – Quand l’Administration Fédérale de l’Aviation a annoncé une interdiction mardi des vols américains à destination de l’aéroport Ben-Gourion à Tel Aviv, déclenchant une vague de décisions analogues parmi les transporteurs européens, les annulations de vol étaient plus qu’un inconvénient majeur pour des milliers de passagers concernés par l’annulation de plus de 160 vols.

C’était l’expérience d’une affligeante réalité dans un pays qui se targue d’être un havre de paix au milieu d’un océan de chaos.

Israéliens comme touristes parlent souvent de combien Israël est faussement perçu comme une zone de guerre. En effet, la région alentour est un désordre, remplie de dictatures instables et répressives où la violence – souvent perpétrée par le gouvernement contre les populations – est de rigueur. Mais Israël est une démocratie occidentale stable, plus proche de l’Europe dans les valeurs, dans l’économie et la culture que de ses voisins au nord, à l’est ou au sud. C’est un pays normal avec des gens normaux vivant des vies normales.

Le moment où les compagnies aériennes ont décidé que Tel Aviv était trop dangereux pour y atterrir ou en décoller, a apporté un démenti à cette idée, portant un coup sérieux non seulement à l’image d’Israël à l’étranger mais surtout à la manière dont les Israéliens se voient et voient leur pays (bien que nombreux d’entre eux pensent que les compagnies aériennes réagissent de manière excessive).

Les annulations de mardi n’ont pas tardé après qu’une roquette tirée de Gaza a frappé et détruit une maison à Yehud, une ville proche de Ben-Gourion.

Seulement quelques jours après l’écrasement du vol Malaysian Airlines 17 au dessus de l’est de l’Ukraine, les compagnies aériennes sont naturellement inquiètes de voler au dessus de zones de conflit. Le vol de la Malaysia semble avoir été touché par un missile sol-air tiré dans le feu des combats entre militants pro-russes et l’armée ukrainienne.

Or Israël ne veut pas être arrimé à l’Ukraine, à la Syrie ou à l’Irak. L’Etat veut faire partie du monde occidental. Et si vous jetez un œil à l’économie du pays, son gouvernement et sa culture, la plupart s’y apparente.

Mais bon sang, il y a la guerre en ce moment, et il devient de plus en plus compliqué de l’ignorer. Un des buts du Hamas dans cette guerre est de déranger la vie israélienne et faire le plus de dégâts possibles en Israël. C’est pourquoi les terroristes à Gaza ont tiré plus de 2100 roquettes sur Israël depuis que l’armée a débuté son opération le 8 juillet dans le but de faire cesser les lancers de roquettes depuis Gaza.

Alors que deux personnes ont été tuées par ces roquettes, l’interruption des voyages dans le pays représente une vraie victoire pour le Hamas, comme l’ont expliqué les responsables Israéliens et partisans d’Israël, appelant à une reprise rapide des vols.

« Les restrictions aériennes sont une erreur, elles donnent au Hamas une victoire non-méritée et doivent être levées immédiatement » a dit dans un communiqué, Michael Bloomberg l’ancien maire de New York, mardi soir, annonçant son départ pour Tel Aviv à bord d’un vol El Al afin de montrer à quel point il est sécurisé de s’envoler pour Israël.

Il est difficile à ce niveau de mesurer le manque-à-gagner économique dont Israël va souffrir en conséquence de la guerre. Mais les annulations de vols envoient un message au monde – notamment aux touristes potentiels et investisseurs – qu’Israël est un endroit dangereux.

Enfin, il y a l’élément psychologique à prendre en compte.

Comme Ben Sales de JTA mentionne dans un papier de mercredi depuis l’aéroport Ben-Gourion, « nombreux Israéliens considèrent les vols internationaux comme une soupape de sécurité indispensable à la vie dans un petit pays où la situation est souvent tendue – alors même qu’il n’y a pas de guerre en cours.

Les annulations menacent de fermer cette soupape et laisser les Israéliens avec un vif sentiment d’isolement.

A l’apogée de la seconde intifada, au milieu des bombardements de bus, cafés et discothèques, les Israéliens ont commencé à déplorer un autre genre de pigua, le mot hébreu utilisé en Israël pour décrire les attaques terroristes. Le mot pigua n’est pas l’exacte traduction d’ « attaque » – cela serait plutôt hatfaka – mais une variante du mot « blessure ».

Quand les groupes de rock tels que Red Hot Chili Peppers ont annulé leur représentation en Israël en raison de la violence (malgré les supplications du Président Clinton), les Israéliens ont commencé à se plaindre des piguas culturelles.

La décision de mardi prise par une série de compagnies aériennes d’annuler 160 vols à destination ou au départ d’Israël n’est pas seulement une pigua économique. C’est également psychologique.