Avec une vie longue en moyenne de presque 81 ans, les hommes israéliens profitent d’une espérance de vie parmi les plus longues du monde. Certains chercheurs pensent que le service militaire obligatoire du pays serait indirectement responsable de ce phénomène de santé publique.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’espérance de vie moyenne des hommes israéliens en 2015 était de 80,6 ans, contre 77,7 ans en moyenne pour l’OCDE, et 68,8 ans dans le monde.

Une récente étude du Centre Taub pour la recherche en politique sociale en Israël suggère que l’espérance de vie supérieure à la moyenne des hommes israéliens serait une conséquence de leur service obligatoire de 32 mois dans l’armée israélienne.

L’étude, menée par le professeur Alex Weinreb, indique que le service militaire contribue à la forme physique des Israéliens, qui à son tour améliore de manière significative leur santé générale et leur espérance de vie.

Les données de plus de 130 pays de l’OCDE ont été analysées par Weinreb, qui a montré que les populations masculines des pays où le service militaire est obligatoire vivaient en moyenne trois ans de plus que leurs homologues qui n’ont pas servi.

Un couple âgé se promène dans la forêt de Jérusalem (Crédit : photo d'illustration : Miriam Alster/Flash90)

Un couple âgé se promène dans la forêt de Jérusalem (Crédit : photo d’illustration : Miriam Alster/Flash90)

Même si Weinreb a noté que l’amélioration globale de la santé publique n’était pas un des objectifs affichés du service militaire, il a déclaré qu’il était « possible d’influer sur la santé par des investissements dans des institutions qui ne sont pas directement liées aux soins médicaux. »

« En Israël, l’armée est l’une des organisations possédant un statut particulier lui permettant un impact sur la santé publique », a-t-il écrit dans un communiqué publié mercredi.

Pour son étude, Weinreb a d’abord examiné un ensemble de variables typiquement étudiées dans les études sur l’espérance de vie, notamment le niveau général de développement d’un pays, la richesse, le niveau d’éducation et le niveau des inégalités.

Il a ensuite analysé un autre ensemble de données, qui prend en compte les dépenses de santé et l’accès général aux soins médicaux. Avant d’examiner un troisième ensemble comprenant des caractéristiques démographiques comme la croissance de la population, le surpeuplement, et le taux de fertilité.

Weinreb a montré que bien que les variables classiques pouvaient jouer sur plus de 80 % de la variance de l’espérance de vie des pays de l’OCDE, elles ne suffisaient pas à expliquer pourquoi les hommes israéliens vivent si longtemps.

Il a donc cherché plus loin, et a inclus un autre type de variables : la géographie et la religion.

Weinreb a noté que les populations vivant près de la mer sont généralement en meilleure santé et ont une bonne espérance de vie, et a également étudié le rôle que la religiosité jouait dans l’espérance de vie.

Là encore, il a conclu que ces variables ne fournissaient pas une explication suffisante.

Des soldats de la brigade des parachutistes s'entraînent au combat en porte-à-porte dans les zones inhabitées de Tzeelim, dans  le sud d'Israël, le 10 juillet 2014. (Crédit : Flash90)

Des soldats de la brigade des parachutistes s’entraînent au combat en porte-à-porte dans les zones inhabitées de Tzeelim, dans le sud d’Israël, le 10 juillet 2014. (Crédit : Flash90)

Finalement, Weinreb a exploré une autre variable : la contribution du service militaire des hommes israéliens sur la santé et le bien-être général.

Dans son communiqué, il a noté le rôle important que l’entraînement physique joue dans le service militaire, et a pointé le faible taux israélien de maladies cardiovasculaires et d’autres pathologies qui peut être influencé par l’exercice, comme preuve pour soutenir ses conclusions.

Les causes de mortalité des juifs et des arabes en Israël soutiennent aussi ses conclusions, a-t-il déclaré.

Les arabes israéliens, qui ne servent généralement pas dans l’armée israélienne, présentent en moyenne un taux plus élevé de maladies cardiovasculaires que leurs homologues juifs, a déclaré Weinreb, en citant les chiffres officiels du ministère de la Santé.

Son dernier ensemble de calculs montre également une corrélation directe entre l’espérance de vie et le niveau de dépense militaire rapporté au PIB d’un pays donné.

« Si Israël n’avait pas le service militaire obligatoire et les dépenses qu’il a actuellement, l’espérance de vie masculine en Israël serait probablement bien plus basse », a déclaré Weinreb.

Notant que le service militaire obligatoire n’est « pas une panacée », Weinreb a déclaré que son étude prouve qu’il existe des « preuves soutenant l’influence positive [du service militaire] sur la santé publique. »

Des soldats de la brigade Golani de Tsahal pendant un entraînement de Krav Maga sur la base militaire de Regavim, le 19 avril 2016. (Crédit :Menahem Kahana/AFP)

Des soldats de la brigade Golani de Tsahal pendant un entraînement de Krav Maga sur la base militaire de Regavim, le 19 avril 2016. (Crédit :Menahem Kahana/AFP)

Aucune garantie

Des questions se posent cependant pour savoir si les données analysées soutiennent les conclusions de Weinreb.

Le Dr Yuval Heled, ancien directeur de l’Institut de physiologie militaire du centre médical Sheba de l’hôpital Tel Hashomer, a déclaré au Times of Israël que l’exercice accru pendant une période relativement courte de la vie n’était pas une garantie de vie plus longue et en meilleure santé.

« Je ne connais pas bien les détails de l’étude, mais j’ai quelques réserves à son sujet », a-t-il déclaré mercredi par téléphone.

« Si l’étude a isolé et étudié les soldats servant dans des unités combattantes, alors il peut y avoir une corrélation positive », a-t-il déclaré.

Cependant, Heled a indiqué que la plupart des hommes israéliens ne servent pas dans des unités combattantes, où les exigences de condition physique sont bien plus élevées que pour les soldats servant à des postes administratifs.

« Je ne sais pas si, dans l’ensemble, les Israéliens âgés de 18 à 21 ans sont en meilleure forme physique que leurs camarades des autres pays, a-t-il déclaré. Faire des exercices rigoureux en étant jeune adulte ne va pas nécessairement augmenter votre espérance de vie. »

Heled a déclaré que l’ethnicité, la culture et les facteurs socio-économiques jouaient tous un rôle important pour déterminer la longévité d’une personne.

Un Philippin prend soin d'un Israélien en fauteuil roulant. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Un Philippin prend soin d’un Israélien en fauteuil roulant. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

La longévité israélienne parmi les plus importantes au monde

Cette année, l’OMS a projeté que les Israéliens nés en 2015 auraient en moyenne une des espérances de vie les plus élevées au monde.

En termes d’espérance de vie, Israël se classe à la huitième place mondiale, avec une moyenne de 82,5 ans, juste après l’Italie et l’Islande.

Les hommes israéliens se classent à la cinquième place, avec 80,6 ans d’espérance de vie moyenne, et les femmes israéliennes à la neuvième, avec 84,3 ans.