Pendant deux ans, le gouvernement israélien a encouragé les migrants africains à quitter le pays.

Mais quand 1 000 Erythréens et Soudanais ont manifesté le long de la frontière israélienne sud-ouest, vendredi, ils n’ont pas pu rejoindre l’Egypte. Après deux jours de camping en signe de protestation à la frontière, les centaines qui sont restés ont été arrêtés dimanche par les autorités israéliennes et placés en détention.

« Nous sommes un Etat », affirme au JTA le porte-parole du ministère de l’intérieur Sabin Haddad. « Il est impossible d’aller à la frontière et de traverser. Quiconque veut quitter le pays doit le faire en accord avec le protocole ».

Quand il permet aux migrants de partir, Israël autorise uniquement le retour dans leur pays d’origine – où ils seraient confrontés à des régimes répressifs – ou à un ou plusieurs pays tiers dont Israël a refusé de publier le nom. Israël offre 3 500 dollars à ceux qui veulent partir.

Pour ceux qui demeurent en Israël, le gouvernement a construit un centre de détention près de la frontière égyptienne, nommé Holot, abritant plus de 2 000 personnes aujourd’hui.

Les détenus reçoivent de la nourriture, un abri et une assistance médicale mais leur liberté de circulation est limitée car ils doivent se présenter à l’appel, trois fois par jour. Les détenus n’ont pas de date de sortie. Une absence à l’appel ou un refus de répondre aux convocations à Holot est punie d’emprisonnement.

« C’était horrible d’être à Holot et d’être en prison », affirme Philemon Rezene, Erythréen de 26 ans choisi pour représenter les manifestants à une conférence d’information à Tel Aviv, ce dimanche.

« Ils ont eu une vie misérable. Ils manquaient de nourriture, de sanitaires et de soins médicaux. Ils étaient toujours sous strict contrôle. Ils voulaient au moins être libres dans une zone ouverte ».

La traversée de la frontière par les migrants est la dernière étape dans leur conflit avec le gouvernement israélien. Les migrants cherchent l’asile de l’Erythrée et du Soudan, Etats régis par des régimes répressifs.

Mais Israël invoque le fait qu’ils sont des migrants économiques à la recherche d’un niveau de vie plus élevé et a fermé ses frontières avec l’Egypte en 2012 pour empêcher les futurs migrants d’entrer. Quiconque traverse illégalement la frontière israélienne encourt une durée d’un an d’emprisonnement.

L’an dernier, Israël a approuvé les aides financières en cas de départ volontaire et a ouvert l’établissement de Holot. Près de 3 000 migrants africains d’Israël, sur un total de 60 000 ont choisi de partir volontairement.

Irrités par leurs restrictions, les détenus qui ont marché vers la frontière égyptienne la semaine dernière avaient pour but d’entrer en Egypte et d’y attendre de l’aide du Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, selon Liat Bolzman, une Israélienne qui les accompagnait.

Bloqués par les garde-frontières israéliens, les manifestants installèrent un campement à la frontière, s’abritant eux-mêmes sous des draps et survivant de nourriture et d’eau apportées par des supporters de leur cause.

Deux jours suivant la manifestation initiale, des unités de la police de l’immigration israélienne et des garde-frontières ont dispersé de force les campements et envoyé les manifestants récalcitrants à la prison Saharonim, près de Holot. Bolzman affirme que six manifestants furent blessés durant l’opération.

« Ils étaient prêts à traverser », dit-elle. « C’est mieux que de demeurer dans un centre de détention pour une durée qu’ils ignorent. Ils ont dit qu’ils ne pouvaient plus vivre comme ça et étaient prêts à prendre le risque et traverser la frontière plutôt que d’être ici ».

Mais si les migrants en ont contre Israël, traverser la frontière et recevoir de l’aide de l’ONU en Egypte ne semble pas très réaliste.

La péninsule égyptienne du Sinaï est connue parmi les migrants pour des événements poignants d’enlèvement et de torture. Et le représentant en Israël du Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés a déclaré que les migrants qui traversent la frontière sans les documents nécessaires ne doivent pas s’attendre à rapidement recevoir une aide des Nations unies.

« Pour ce faire, vous ne pouvez pas commencer à défiler le long de la frontière », a déclaré le représentant Walpurga Englbrecht, tout en exhortant Israël à améliorer les conditions des migrants. « Vous ne pouvez pas simplement supposer que tout sera réglé à la fin s’il n’y a pas d’accords passés à l’avance. Si vous allez dans un autre pays, vous avez besoin d’un passeport. Un visa d’entrée est nécessaire ».

Anat Ovadia, porte-parole de la ligne téléphonique pour les travailleurs immigrés, une organisation humanitaire, a suggéré que le but de la marche était plus de gagner la sympathie des Israéliens pour les migrants que pour eux de traverser la frontière.

Cette étape était une étape de protestation pour attirer l’attention d’Israël et de l’ONU, comme l’a dit Ovadia. « C’est un témoignage de combien ils sont désespérés par Israël ».