« Notre objectif est de parvenir à un accord sur le statut final au cours des neuf prochains mois… Quand on vous dit qu’Israéliens et Palestiniens ne peuvent pas trouver un terrain d’entente ou des solutions aux questions qui les divisent, ne les croyez pas » – Déclarations du secrétaire d’Etat américain John Kerry, aux côtés des négociateurs en chef, Tzipi Livni et Saeb Erekat – Département d’Etat – 30 juillet 2013.

Malgré tout l’optimisme insondable de Kerry, les négociations israélo-palestiniennes ont patiné pendant des mois avant de capoter spectaculairement cette semaine.

Les Palestiniens ont claqué la porte des négociations directes avec les Israéliens au mois de novembre, pour protester contre la poursuite des constructions dans les implantations.

Ce à quoi Israël pourrait rétorquer que, selon les termes de l’accord ayant enclenché le nouveau processus de négociations, rien n’interdisait à l’Etat hébreu de construire en Cisjordanie.

Les Palestiniens ont ensuite torpillé les efforts de Kerry pour rédiger un document de travail définissant les « principes du statut final ».

Principes auxquels le Premier ministre Benjamin Netanyahu était prêt à se soumettre et à poursuivre les négociations sur la base des frontières d’avant 1967. Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a pourtant rejeté le quid qui précisait l’objectif de deux Etats-nations pour deux peuples – un Etat-nation juif et un État-nation palestinien.

Tout est presque, mais pas encore complètement, perdu. Jeudi après-midi, des sources proches du dossier ont qualifié la situation d’« encore fluide ».

Deux jours après la spectaculaire demande d’adhésion de la
« Palestine » à quinze conventions et traités internationaux dans un affront lancé à la figure des États-Unis et d’Israël, le bureau de Netanyahu croule toujours sur les demandes de réactions à la démarche d’Abbas.

Pourtant, l’accord censé satisfaire tout le monde pourrait encore être entériné.

Selon ses termes, Israël consent à libérer le quatrième et dernier contingent de terroristes, dont une douzaine d’Arabes israéliens, à accorder la liberté à 400 prisonniers sécuritaires non impliqués dans des crimes violents et à geler partiellement les constructions dans les implantations.

En contrepartie, d’une part, les Palestiniens reviennent à la table des négociations pour au moins neuf mois supplémentaires et évitent toute démarche unilatérale, et d’autre part, les Etats-Unis libèrent Jonathan Pollard.

Netanyahu semblait être sur la bonne voie pour obtenir une majorité au sein de son cabinet afin de conclure un tel arrangement quand Abbas a brandi son stylo mardi soir.

Côté israélien, Jérusalem reste perplexe ce jeudi en ce qui concerne les intentions palestiniennes. Netanyahu s’accroche mordicus à la poursuite des pourparlers, même si rien n’indique qu’Abbas et lui ne puissent un jour trouver un terrain d’entente mutuellement acceptable sur la plupart des principes pour la signature d’un accord permanent.

Une question me taraude pourtant : Abbas souhaite-t-il réellement une sortie de crise ? Ou ces négociations conduites sous l’égide de Kerry n’étaient-elles qu’un simple prétexte pour l’AP afin d’obtenir la libération de prisonniers avant de rétropédaler et de reprendre la marche vers la voie de l’unilatéralisme, continuer de délégitimer Israël dans tous les forums possibles, chercher l’approbation internationale pour un État, tout en prétendant avoir négocié de bonne foi ?

Les déclarations confiantes de Kerry assurant qu’il jouerait, pendant neuf mois, le rôle de sage-femme pour la paix restent valables. Mais l’un des aspects les plus tristes de cette grossesse chaotique reste son rôle de sage-femme incompétente – quand l’instigateur devient parfois le faiseur de troubles.

Car c’est bien Kerry qui a inexplicablement signifié à Abbas qu’Israël serait prêt à libérer certains de ses propres citoyens, dans le cadre d’une libération à quatre phases de 104 terroristes – Israël n’avait pourtant jamais pris un tel engagement. Et c’est encore Kerry qui a cherché à faire avaler cette pilule amère en incluant Pollard dans l’équation, provoquant un tollé aux Etats-Unis.

Difficile de savoir si Israël a l’intention de libérer le dernier lot de prisonniers prévus ce week-end sans la promesse d’Abbas de poursuivre les pourparlers. Mais le différend autour des Arabes israéliens présents sur la liste n’a certainement pas aidé. Et c’est ce délai qui a précisément incité Abbas à apposer sa signature sur une demande d’adhésion aux traités internationaux, annonçant la crise actuelle.

Un échec de ces pourparlers aura de nombreuses conséquences désastreuses, y compris la terrible possibilité d’une nouvelle escalade des violences et une recrudescence du terrorisme.

Les Palestiniens sont dirigés par un président faible qui n’a jamais désavoué le narratif du conflit légué par le non-regretté Arafat, selon lequel les Juifs n’ont pas de légitimité souveraine dans cette partie du monde.

Les Israéliens ont quant à eux un Premier ministre qui a choisi de ne pas emprunter un chemin pragmatique, en imposant un arrêt de l’expansion des implantations, et à préférer trahir les familles des victimes du terrorisme, court-circuité le système judiciaire, et encouragé les futurs terroristes à croire que l’on peut s’en tirer après avoir assassiné des Israéliens.

Au cœur de l’impasse, se dresse une asymétrie fondamentale : les Juifs israéliens sont parvenus à croire que, dans leur propre intérêt, mais surtout pour assurer un Israël juif et démocratique, ils devront trouver un compromis avec les Palestiniens.

Or, il n’y a aucun impératif comparable côté palestinien, aussi longtemps que la communauté internationale persistera à assurer aux Palestiniens leur future indépendance, sans l’inconvénient de se réconcilier avec Israël.