Encore une fois, Israël semble avoir été abandonné en temps de crise, abandonné par ceux qu’il pensait être ses amis. Encore une fois, il a l’impression d’être injustement pointé du doigt, condamné pour des crimes qu’il aurait supposément commis alors qu’il défend ses civils contre un ennemi terroriste. Ennemi terroriste, qui par ailleurs, échappe à toute sanction.

Mercredi, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a voté une résolution fortement partiale qui condamne « dans les termes les plus forts les violations généralisées, systématiques et flagrantes des droits de l’Homme et des libertés fondamentales découlant des opérations militaires israéliennes » à Gaza.

Le Conseil de Genève, qui a toujours eu un parti pris anti-Israël, a aussi mis en place une nouvelle « commission d’enquête internationale » sur les évènements qui se déroulent en ce moment à Gaza. Les observateurs l’appellent le nouveau rapport Goldstone. [Rapport de la commission d’enquête du CDH de l’ONU pour l’opération Plomb durci.]

Seuls les Etats-Unis ont voté contre cette résolution.

Vingt-neuf nations ont voté en sa faveur. Parmi elles, il y a les suspects habituels : l’Arabie saoudite, l’Algérie et l’Afrique du Sud. Mais il y a aussi des pays qui sont prétendument amis avec Israël comme la Russie, le Kenya, l’Inde et le Mexique.

Tout aussi blessant pour Israël, si ce n’est pas plus, est l’abstention des neuf Etats-membres de l’Union européenne qui ont le droit de vote au Conseil : l’Autriche, la République tchèque, la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, la Roumanie, le République de Macédoine et le Royaume-Uni.

Oui, même la République tchèque, qui en 2012 était le seul Etat-membre de l’UE qui s’était opposé à l’octroi du statut d’Etat non-membre de l’ONU aux Palestiniens, n’a pas voté contre la résolution.

Cette résolution reproche à Israël « les attaques disproportionnées et aveugles, qui incluent des bombardements aériens de zones civiles, qui ciblent les civils et la propriété des civils ce qui constitue une punition collective contraire au droit international, et d’autres actions, telles que le fait de viser le personnel médical et humanitaire, qui peuvent constituer des crimes internationaux ».

La résolution ne mentionne pas une seule fois le Hamas.

Pour Israël, ce vote est une autre gifle. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait hésité avant de lancer l’attaque sur Gaza et a accepté à plusieurs reprises les offres de cessez-le-feu.

Les responsables politiques étaient persuadés que le comportement du Premier ministre garantissait le soutien international pour l’opération Bordure protectrice. Mais les déclarations réitérant le droit d’Israël à se défendre ne garantit pas les votes de soutien à l’ONU.

« C’est une parodie de la justice, c’est une parodie de l’équité, c’est une parodie du sens commun, c’est une parodie de la vérité », a déclaré Netanyahu pendant une réunion avec le secrétaire d’Etat des Affaires étrangères et du Commonwealth, Philip Hammond, à Jérusalem. (Netanyahu l’a par ailleurs remercié « de s’être levé pour défendre le droit d’Israël de se défendre ».)

Hammond a déclaré, mercredi soir, que la résolution du Conseil des droits de l’Homme était « fondamentalement déséquilibrée » et qu’elle compliquait encore plus la situation.

Mais alors pourquoi la Grande-Bretagne s’est-elle abstenue au lieu de voter contre ?

« Le Royaume-Uni ne pouvait pas soutenir cette résolution », affirme Hammond, « mais il a reconnu l’intensité du sentiment général sur la perte des vies innocentes et le désir d’un grand nombre des membres d’exprimer ce sentiment dans une résolution. Le Royaume-Uni s’est joint donc aux autres Etats-membres de l’UE et s’est abstenu de voter ». Sa déclaration sonne comme si Londres avait pris la décision indépendante, basée sur la pression internationale, de s’abstenir.

« Si le Royaume-Uni est tellement convaincu que la résolution n’est pas juste, pourquoi n’a-t-il pas voté contre ? », s’insurge un haut responsable israélien.

Plus d’un gouvernement avait promis de s’opposer à la proposition et plus tard ont chargé leurs ambassadeurs de voter en sa faveur, a ajouté le responsable. Le ministre des Affaires étrangères des Philippines, par exemple, a personnellement promis un vote contre, mais finalement le pays a voté oui, raconte-t-il.

Israël attend plus de l’UE, suggèrent les observateurs à Jérusalem. « Je suis désabusé et déçu qu’il [le Royaume-Uni] et les autres se soient abstenus, alors qu’ils savent très bien quelle est la situation réelle », a déclaré Alan Baker, un ancien conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères d’Israël. « C’est un point de vue politique hypocrite, entièrement basée sur des intérêts économiques entre autre, qui ignore totalement la vérité et les faits ».

Les Etats-membres de l’UE ont décidé de voter en bloc, comme ils le font souvent.

L’Union européenne a tenté jusqu’à la dernière minute d’adoucir le langage de la résolution et éviter la création d’une mission d’enquêtes sur les crimes présumés d’Israël. « Nous avons essayé d’obtenir un meilleur texte et d’empêcher l’enquête, et nous n’avons pas échoué sur ce dernier point. Nous avons amélioré légèrement le texte. Si le texte final nous convenait, nous aurions voté pour, [mais comme ce n’était pas le cas] nous nous sommes abstenus », a déclaré un diplomate européen au Times Of Israel.

« L’idée était d’éviter un texte qui aurait pu être bien pire – vous savez comment c’est au Conseil des droits de l’Homme », a déclaré un deuxième diplomate européen, se référant à la majorité automatique grâce à laquelle les groupes arabes peuvent imposer à peu près tout ce qu’ils veulent.

Les Etats-membres de l’UE ont essayé de raisonner la délégation palestinienne au conseil basé à Genève pour obtenir un texte plus équilibré – qui ne viserait pas uniquement Israël pour des actes répréhensibles tout en ignorant le Hamas – en vain.

« Nous avons une situation avec deux parties belligérantes et l’une d’elles n’est pas mentionnée dans la résolution. C’est de la merde », a admis un diplomate européen qui a participé aux négociations sur la proposition de la résolution.

L’Irlande était, dans les faits, disposée à voter en faveur de la résolution. Mais au final, l’Union européenne a décidé de voter en bloc, après que deux modifications aient été apportées au projet initial. Même si l’UE n’a pas réussi à empêcher la création de la commission d’enquête, elle a réussi à « améliorer son mandat », a déclaré une source.

Au lieu d’examiner uniquement les méfaits d’Israël, comme cela avait été le cas lors du rapport de Goldstone, la nouvelle de la mission d’enquête est chargée « d’enquêter sur toutes les violations du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’Homme dans le territoire palestinien occupé ». C’est inclurait les crimes de guerre présumés du Hamas et d’autres groupes terroristes basés à Gaza.

Deuxièmement, les diplomates européens se targuent d’avoir réussi à inclure un paragraphe qui « condamne toutes les violences contre les civils partout où ils se produisent, y compris le meurtre de deux civils israéliens à la suite de tirs de roquettes, et appelle toutes les parties concernées à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et le droit international des droits de l’Homme ». Ce n’était pas évident, ont déclaré les diplomates européens.

Dans l’explication officielle sur la décision unanime de s’abstenir, l’UE a plus tard expliqué qu’il « n’était pas possible de parvenir à » autre chose. Le « projet de texte final continue d’être déséquilibré, inexact, et préjuge de l’issue de l’enquête en faisant des déclarations juridiques », peut-on lire dans la déclaration de l’UE. « Le projet de résolution omet également de condamner explicitement les tirs aveugles de roquettes sur des zones civiles israéliennes, ainsi que de reconnaître le droit légitime d’Israël de se défendre ».

L’Union a souligné que la commission d’enquête se penchera aussi sur les violations commises par le Hamas « et d’autres groupes militants », et s’est engagée à « continuer à travailler pour que les conclusions de l’enquête soient équilibrées ».

Malgré ces bonnes intentions, les Israéliens ont l’impression d’avoir été abandonnés par Bruxelles. En dépit de la déclaration spectaculaire des ministres des Affaires étrangères de l’UE de mardi qui affirmait « le droit légitime [d’Israël] de se défendre », qui appelait le Hamas à cesser d’attaquer Israël et qui exigeait que tous les groupes terroristes de Gaza soient désarmés, Israël espérait une position plus ferme au Conseil.

Au lieu de cela, Israël tirera du confort dans la position pro-Israël ardemment soutenue, une fois de plus, par le Canada et l’Australie. Les deux pays n’avaient pas le droit de vote mercredi au Conseil des droits de l’homme, mais ont clairement fait savoir ce qu’ils auraient fait.

« Le Canada est profondément déçu et frustré que le CDH ait décidé d’ignorer complètement les odieux actes terroristes du Hamas », a déclaré le ministre des Affaires étrangères John Baird. « Cette résolution ferme les yeux sur les faits sur le terrain, que seule une partie est responsable de la souffrance du peuple palestinien et c’est le groupe terroriste international du Hamas ».

Il ne peut y avoir aucune équivalence morale entre une organisation terroriste et un État démocratique et libéral, et le vote du conseil « sape la crédibilité de ce corps institutionnel », ajoute-t-il.

Canberra affirme que le projet de résolution était « déséquilibré » et que l’Australie ne pouvait pas le soutenir dans sa forme actuelle. « Il ne fait aucune référence à la responsabilité du Hamas dans cette situation tragique », a déclaré le gouvernement dans un communiqué.

Dans ce contexte, il faut souligner que seuls les États-Unis – un pays sur 47 – ont voté contre la résolution.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites récemment sur le manque de soutien de l’administration américaine envers Israël, mais une fois de plus, l’administration (pas le Congrès) a défié la communauté internationale pour prendre position pour son allié Israël.

« Cette résolution n’est pas constructive, elle est destructrice », a déclaré l’ambassadeur Keith Harper avant son vote mercredi.

« Les États-Unis sont profondément troublés par la résolution présentée à l’adoption aujourd’hui … La résolution va provoquer des dommages réels et durables au Conseil et à sa capacité de traiter pleinement [les violations] des droits de l’homme dans cette région », a-t-il poursuivi.

« Nous appelons les autres États à souligner leur opposition à toute initiative de ce Conseil qui adopte une approche unilatérale au conflit israélo-palestinien. Il est essentiel que la communauté des Nations adopte une approche équilibrée au sujet de ces questions ».

Son appel n’a pas été entendu.