La frontière Nord est au bord d’une nouvelle guerre du Liban, avec une escalade spectaculaire de la violence qui s’est traduite hier par des échanges de tirs à la frontière. C’est la première fois que la situation s’envenime autant depuis la fin de la Deuxième guerre du Liban de 2006.

En pleine crise, et surtout en pleine campagne électorale, les experts politiques s’accordent à dire qu’une guerre favoriserait l’aile droite du gouvernement de Benjamin Netanyahu plutôt que le challenger de Netanyahu, Le Camp sioniste du centre-gauche mené par le travailliste Isaac Herzog.

Ni la gauche ni la droite ne souhaitent faire campagne pendant que les troupes de l’armée israélienne et les villes frontalières essuient des tirs.

Herzog et Tzipi Livni, la dirigeante du parti Hatnua qui fait liste commune avec Herzog, ont critiqué la manière dont Netanyahu a géré la guerre de cet été à gaza. Ils considèrent, en outre, que l’incapacité de Netanyahu de faire avancer le processus de paix avec les Palestiniens empêche Israël de former des alliances avec les puissances régionales.

Le Likud, pour sa part, affirme qu’un gouvernement Herzog-Livni, si un tel gouvernement venait à être élu, céderait les hauteurs défensives de la Cisjordanie aux groupes terroristes palestiniens et serait trop sensible à la pression internationale pour garantir un effet dissuasif sur tous les fronts.

Alors que la rhétorique de campagne est forcément plus modérée, les deux partis affûtent leurs déclarations publiques pour subtilement contrecarrer ces critiques.

Livni et Herzog se sont rendus à la frontière Nord accompagnés de leur dernière recrue, les généraux-major à la retraite, Amos Yadlin et Eyal Ben-Reuven. Alors qu’ils sillonnaient le front avec ces vétérans, Herzog et Livni ont publié une déclaration dans laquelle ils font une promesse aux Israéliens – une promesse surprenante.

Tzipi Livni et le chef de l'opposition Isaac Herzog vuS à la Knesset le 12 novembre, 2014. (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Tzipi Livni et le chef de l’opposition Isaac Herzog vuS à la Knesset le 12 novembre, 2014. (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

« Il est important d’envoyer le message que nous sommes unis, que le Golan n’est pas sur la table des négociations et qu’il fait partie d’Israël ! », a déclaré Livni. (Le point d’exclamation fait partie de la déclaration.)

« Une chose doit être claire : il n’y aura aucune discussion sur le Golan », a affirmé Herzog lors d’une interview à la radio de l’armée dans la frontière Nord.

« La situation au Golan dépasse clairement les bornes. Il n’est pas question de négocier ou de discuter à ce sujet. Il est clair qu’avec ce qui se passe en Syrie, le Golan doit être un front défensif d’Israël. »

Aucun dirigeant israélien, aucun stratège, aucun journaliste n’a suggéré qu’Israël devrait se retirer du Golan depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011. Personne n’a demandé à Livni cette semaine si elle croyait que le Golan faisait « partie d’Israël ». Ce que l’on a demandé à Herzog c’est si – et comment – Israël devait répondre sévèrement à l’attaque du Hezbollah lorsqu’il a affirmé que le Golan n’était pas sur la table des négociations.

Insister sur le fait qu’ils ne se retireront jamais du Golan n’était pas vraiment une déclaration sur le Golan, mais un message, un moment de théâtre politique qui, espèrent-ils, sera mis en relation avec une autre situation.

Le parti travailliste n’a pas gagné une seule élection depuis 1999, en grande partie parce que l’électorat israélien est persuadé depuis la Deuxième Intifada en 2000, la Seconde Guerre du Liban en 2006 et les conflits répétés avec un Gaza vidé d’Israéliens, qu’aucun retrait de Cisjordanie ne peut se faire en toute sécurité. Le camp d’Herzog se bat avec ce déficit de confiance et utilise la crise au Golan pour envoyer un message visant à regagner cette confiance.

Netanyahu a également répondu à la rhétorique de ses adversaires, mercredi, d’une façon similaire.

Intervenant depuis la ville de Sderot, un petit peu après midi, le Premier ministre a donné un conseil au Hezbollah qui a immédiatement été repris par les médias. La radio de l’armée a même interrompu l’interview d’Herzog pour relayer ce ‘conseil’.

« En ce moment même, Tsahal opère, en représailles aux événements dans le Nord. Quiconque tente de nous provoquer le long de la frontière Nord, je lui suggère de venir voir ce qui s’est passé ici, non loin de Sderot, dans la bande de Gaza. L’été dernier, le Hamas a subi son plus grand revers depuis sa création et Tsahal est prête à agir avec force sur tous les fronts. Notre sécurité passe avant tout. »

« L’été dernier, le Hamas a subi son plus grand revers depuis sa création et Tsahal est prête à agir avec force sur tous les fronts. Notre sécurité passe avant tout. »

Benjamin Netanyahu

Netanyahu a soigneusement rédigé sa déclaration sur une possible escalade de la violence à la frontière Nord.

Des sources au bureau du Premier ministre ont expliqué aux médias étrangers que cette escalade de la violence dans le Nord était dUe à l’Iran, « le même Iran avec qui les puissances mondiales vont signer un accord qui lui donnera la capacité de s’armer avec l’arme nucléaire ».

Donc, lorsqu’il a menacé le Hezbollah en faisant référence aux événements de Gaza de cet été, c’était aussi un message soigneusement rédigé – adressé non pas au Hezbollah, mais aux Israéliens.

Netanyahu en profite pour décrire la guerre de Gaza, dont la fin a été critiquée, comme une victoire.

Alors que Livni et Herzog utilisent cette opportunité pour se présenter comme des gardiens intraitables de la sécurité ou du retrait territorial auprès d’un électorat qui pense qu’ils représentent le contraire.

Grâce à ces réactions, on peut aussi en déduire les dangers politiques qui guettent chaque parti si la situation dans le Nord venait à dégénérer en une guerre.

Presque tous les conflits depuis 1973 signifiaient une position périlleuse pour les gouvernements qui ont mené ces conflits.

Les exemples les plus récents – la deuxième Guerre du Liban de 2006 au nord et l’opération Bordure protectrice à Gaza – ont été critiqués mais pas parce que les dirigeants ont pris la décision de rentrer en guerre. Les dirigeants ont été obligés de justifier leur décision de mettre un terme à la guerre avant d’obtenir une victoire décisive.

Les victoires concluantes ne sont pas possibles dans des cas où l’opposant est un groupe terroriste comme le Hezbollah ou le Hamas – autrement dit, des groupes qui n’ont pas à répondre à leurs propres populations civiles. Ils ne sont donc pas dissuadés par les dommages économiques ou humanitaires de la guerre.

Lorsque ces acteurs non-étatiques adoptent une stratégie soutenue de la terreur sur le long terme, destinée à mettre la pression sur la société israélienne, les dirigeants israéliens ont répondu avec une stratégie subtile, qui emprunte quelque chose à l’ennemi.

Dans tous les conflits depuis 2006, Israël a cherché à démontrer non seulement qu’il peut infliger de lourds dégâts aux forces de l’ennemi, mais aussi que les roquettes de l’ennemi et d’autres attaques n’ont pas eu la force de dissuasion escomptée par les ennemis.

Il n’y a aucune raison de croire que la prochaine guerre avec le Hezbollah s’écrira différemment.

Le résultat : la prochaine guerre peut signifier des dizaines de milliers de roquettes atterrissant sur les villes d’Israël, la destruction de l’infrastructure du Liban, une confrontation avec la Syrie et l’Iran et des coups dévastateurs sur toute la panoplie de l’ennemi qui se trouve dans le Nord d’Israël. Mais il n’est pas susceptible de produire la victoire concluante dont un Premier ministre aurait besoin dans les jours et les semaines précédant une élection, s’il espère éviter les retombées de la déception de la population civile.

Netanyahu a peut-être la réputation d’être belliqueux à l’étranger, mais en Israël, il est considéré comme étant un leader qui tend à éviter les guerres et l’inconnu.

Et tandis que la campagne de Netanyahu sera liée – aussi bien en termes de logistique que de rhétorique – à la nécessité de mener la guerre, ses adversaires de gauche n’auront pas de telles limitations.

Le plateau du Golan fait aujourd’hui l’objet d’un consensus quasi-unanime parmi l’électorat israélien. Un consensus similaire existe sur le Hezbollah, qui a perdu tout vestige de moralité, même parmi les gauchistes israéliens les plus fervents, depuis le retrait israélien du sud Liban en 2000.
La sagesse consensuelle, comme souvent, contient un brin de vérité.

La menace de guerre peut aider le Likud à gagner l’élection. Mais cette sagesse ne sera plus de mise si la guerre devient une réalité. A ce moment-là, Netanyahu devra faire face à cette ironie amère où ses adversaires pacifistes auront la liberté de se positionner comme des défenseurs plus agressifs du Nord d’Israël que la droite, aux prises avec la campagne et la guerre.