« L’expansion continue des implantations donne l’impression qu’Israël n’est pas intéressée par la paix, même s’il y a de bons arguments pour expliquer pourquoi certains projets de logements à Jérusalem-Est ne sont pas un réel obstacle à un accord à deux Etats », a déclaré mercredi le ministre des Affaires étrangères de la République tchèque.

Dans le même temps, Lubomír Zaorálek a déclaré que son gouvernement n’a pas l’intention de reconnaître un Etat palestinien en l’absence d’un traité de paix négocié.

« Il y a un sentiment que le gouvernement actuel [israélien] n’a pas consacré le temps et l’énergie pour le processus de paix et la solution à deux Etats, et qu’il n’est pas disposé à en parler ni à trouver un moyen de sortir de cette crise », a déclaré Zaorálek au Times of Israel à Jérusalem.

Les nouvelles constructions israéliennes au-delà des lignes d’avant 1967 « torpillent le processus » qui permettrait de parvenir à une solution négociée à deux Etats, a-t-il déclaré.

Les annonces de nouveaux plans de construction créent le « sentiment qu’il n’y a pas réellement un sérieux intérêt à trouver une solution commune » dans la recherche de la paix. Les observateurs extérieurs apparaissent incapables de comprendre la logique derrière tout cela, a-t-il ajouté.

« Ce qui est important, c’est l’image qu’Israël a maintenant en Europe. Et cette image se détériore », a averti Zaorálek. Améliorer la réputation d’Israël exigera des « mesures concrètes » comme une reprise immédiate des négociations de paix, la reconstruction de Gaza et la fin des implantations » estime encore ce ministre social-démocrate et ancien professeur de philosophie.

Les autorités israéliennes ont accéléré récemment plusieurs projets de construction à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, qui ont tous été largement critiqués par la communauté internationale. Mercredi, le Comité de la planification locale et de la construction à Jérusalem a approuvé des permis de construire pour 306 unités de logement dans les quartiers de Ramot et de Har Homa. Lundi, le comité a approuvé la construction de 500 appartements à Ramat Shlomo.

Prague est considéré comme l’un des plus fervents partisans d’Israël sur l’arène internationale. En 2012, la République tchèque a été le seul Etat membre de l’Union européenne à voter contre l’octroi à la « Palestine » du statut d’Etat observateur à l’ONU.

Lors d’un discours devant le Conseil des relations étrangères d’Israël à l’Hôtel King David de Jérusalem, mercredi matin, Zaorálek a déclaré que son gouvernement n’avait actuellement pas l’intention de faire des « changements stratégiques » quant à ses politiques au Moyen-Orient. « Nous pouvons, cependant, diversifier nos positions en cherchant d’autres options tactiques », a-t-il affirmé.

La République tchèque n’a pas l’intention de reconnaître unilatéralement un Etat palestinien, comme la Suède l’a fait la semaine dernière, a précisé Zaorálek. Une telle initiative, sans l’accord de Jérusalem, ne serait ni efficace ni utile, a-t-il confié. « Je ne peux pas croire que cela calmerait la situation ici. Nous tenons à recommander aux deux parties de s’abstenir de toute mesure qui aggraverait la situation ici et peut-être de trouver des mesures qui créeraient une meilleure atmosphère et permettraient de calmer la situation. »

Pourtant, Zaorálek a refusé d’approuver la demande d’Israël d’être reconnu par les Palestiniens comme un Etat juif, en estimant que les déclarations unilatérales ne sont pas utiles dans un conflit qui doit être résolu par la négociation.

Au cours de sa visite dans la région, Zaorálek devait rencontrer de hauts responsables israéliens et leurs homologues palestiniens à Ramallah. Il va essayer de « presser les deux parties de renoncer à toute action qui aggraverait la situation, » a-t-il déclaré au Times of Israel.

Dans son discours au King David, Zaorálek a déclaré que les relations bilatérales entre Prague et Jérusalem sont « excellentes » et a approuvé le droit d’Israël à pouvoir se défendre. « Nous comprenons aussi très bien les dangers auxquels Israël est constamment confronté et percevons bien l’évolution constante et l’aggravation de la situation sécuritaire de la région. »

Le gouvernement tchèque sait que le conflit israélo-palestinien n’est « sûrement pas le pire » conflit au Moyen-Orient, a-t-il ajouté. «Nous ne croyons pas non plus que quand il sera résolu, tous les autres se termineront presque automatiquement. Pourtant, c’est le plus long et le plus mediatisé des conflits, et si finalement on arrivait à le résoudre, cela faciliterait la gestion des autres ».

La « question la plus problématique et explosive » demeure l’insistance d’Israël sur la construction au-delà de la Ligne verte », a déclaré Zaorálek. Alors qu’il s’est dit conscient des nombreux arguments en faveur des implantations, il a estimé que s’ils empêchaient la création d’un Etat palestinien viable, cela finirait par porter préjudice à la sécurité d’Israël.

« Si nous voulons et nous pouvons dire que nous avons besoin d’un Etat palestinien viable, il doit être contigu et il lui faut suffisamment de territoire pour établir une structure économique réelle. Des implantations dispersées tout autour de la Cisjordanie ne permettent tout simplement pas cela » a-t-il assuré. « Et si nous ne disposons pas d’un Etat palestinien, nous pouvons difficilement demander aux Palestiniens de mettre fin au conflit et d’apporter leur aide à la sécurité d’Israël. »

Les Israéliens aiment à dire que la construction dans les blocs d’implantations – qu’Israël entend conserver pour tout futur accord de paix – ne sont pas vraiment des obstacles à la conclusion d’un accord. « Pourtant, le monde, et malheureusement, je dois souligner ici, c’est presque le cas de l’ensemble des pays, ne partage pas cette idée, » a déclaré Zaorálek.

En conclusion de son discours, le ministre des Affaires étrangères a évoqué la perception des implantations d’Israël.

Le monde d’aujourd’hui est « complètement obnubilé par les médias » et par le bruit médiatique, a-t-il expliqué.

« La perception d’un fait est beaucoup plus forte que le fait lui-même. »

Ayant grandi sous le communisme, il comprend « très bien comment l’arme de la propagande fonctionne, » a-t-il expliqué. « Et je suis capable avec beaucoup d’avoir une lecture critique des rapports des médias. Mais je ne peux pas changer la façon dont ils influencent la perception des masses. »