Polo blanc, kippah bleue, Alexandre Sartène, propriétaire de la Parnassah (prospérité, en hébreu), propose un vin selon les règles d’une tradition de plus de .000 ans. Son nectar est bio, sans stabilisateur, ni conservateur, ni sulfite chimique.

Surtout, sa fabrication fait l’objet d’une stricte surveillance par un rabbin venu de Jérusalem et deux chomer, les gardiens de la cacherouth, le code alimentaire juif. Après les vendanges, ils sont les seuls à avoir le droit de toucher le raisin et le vin. En leur absence, les accès aux cuves sont bloqués. Les journalistes sont invités à rester à distance.

La Parnassah est le seul domaine viticole d’Europe qui ne produit que du vin casher. En dehors d’Israël, il en existe deux sur la côte ouest des Etats-Unis, en Californie et en Oregon.

Sur 7 hectares de vignes – autres sont placés en revitalisation, le domaine produit de 50 000 à 60 000 bouteilles : des rosés et des rouges ( hectares de Merlot) ainsi qu’un blanc ( hectares, du Chardonnay nouvellement planté). Leur destination : Paris, Bruxelles, Berlin mais aussi Panama ou Rio de Janeiro.

Consultant en restructuration et marketing à Paris, rien ne prédestinait Alexandre Sartène à se lancer dans ce projet qu’il surnomme son « kibboutz ». Cet homme de 49 ans se dit plus « accroché à la tradition juive » que pratiquant, mais dit-il, « je trouve le concept du vin casher divin ».

« Le vin et l’olive sont les deux plus vieux produits casher. C’est le cadeau le plus mythique, c’est dans la Torah », ajoute-t-il.

Petit-fils d’un facteur, également petit viticulteur, avec qui il faisait les vendanges dans sa jeunesse, Alexandre visite en 1993 le domaine viticole de Jerusalem Hills, sur les hauteurs de Jérusalem, et l’idée de créer son domaine commence à faire son chemin. Il lui faudra plus d’une douzaine d’années pour se lancer et réaliser son rêve.

Il choisit le secteur de Nîmes parce qu’il « aime la corrida ». Coût total de l’investissement : un million d’euros.

Litiges avec la commune

Au bout d’un chemin de terre protégé par un mur de pierres, la Parnassah s’ouvre par un portail blanc sur une bâtisse blanche, le chai, et sur la gauche, une maison d’habitation qui sert aussi de bureau. Deux mille mètres carrés de mosaïque à la Gaudi recouvrent les allées. A terme, il devrait y en avoir 6 000 m2.

Début 2007, le projet piloté par Jean-Claude Poinsignon, un adjoint au maire d’Arpaillargues, est fin prêt. Reste à obtenir la signature du permis de construire. Une formalité, pense M. Sartène. Mais c’est sans compter sur le maire lui-même de ce village de 800 âmes, Alain Valantin.

Au début, les autorités locales s’interrogent sur l’objectif réel de M. Sartène, un Parisien, mais elles acceptent finalement le projet. Toutefois les obstacles se succèdent depuis.

La propriété qui dispose d’un puits découvert par un sourcier, n’est ainsi toujours pas raccordée au réseau public d’eau ni à l’électricité. Elle fonctionne grâce à un groupe électrogène. Les raisons du refus du raccordement à l’eau sont sujettes à caution, écrit le préfet dans un courrier.

Selon M. Poinsignon, « M. Valantin s’est braqué. Il a dit qu’il ne signerait jamais ». C’est donc devant les tribunaux que le maire et l’exploitant s’affrontent désormais. La dernière plainte de la commune porte sur un présumé vol de pierres. Il y a déjà eu 27 procédures.

Le 30 juillet, un tribunal de Nîmes a condamné l’élu, qui a fait appel.

« Ce n’est pas un maire antisémite qui met des bâtons dans les roues d’un juif », affirme son avocat, Me Arnaud Lemoine. « M. Valantin était favorable à ce projet mais les services de l’Etat avaient mis leur veto », assure-t-il.

M. Sartène veut croire que les tribunaux vont finir par lui donner raison. Et qu’il pourra se développer car dit-il, « mon business plan, c’est un million de bouteilles ».

Alexandre Sartène dans sa propriété viticole à Arpaillargues (Crédit : AFP)

Alexandre Sartène dans sa propriété viticole à Arpaillargues (Crédit : AFP)