Il y a deux semaines, M. le président, votre invité à la Maison Blanche Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, qui se tenait à vos côtés, a déclaré devant vous et devant le monde qui vous observait : « Je vous affirme que nous élevons notre jeune génération, nos enfants, nos petits-enfants dans une culture de la paix ».

Cela aurait bien été votre droit, Monsieur le président, d’interrompre Abbas sur le champ et de lui demander : « Vraiment ? Comment pouvez-vous concilier cette affirmation solennelle avec un système éducatif palestinien qui diabolise Israël, qui nie son existence, qui encourage le ‘martyre’ pour la cause de la libération de la Palestine ? » Vous auriez pu lui dire : »Attendez une seconde. Vous n’êtes pas exactement en train de créer une ‘culture de la paix’, n’est-ce pas, lorsque vous nommez les rues et les places de vos villes en hommage aux terroristes qui ont tué des Israéliens innocents et lorsque vous versez des salaires aux terroristes emprisonnés et à leurs familles ? »

Un grand nombre de gens, en Israël, vous auraient applaudi d’avoir fait cela, d’avoir exposé au grand jour cette duplicité qui a invariablement caractérisé la rhétorique utilisée par les dirigeants palestiniens à l’international. Mais un grand nombre de gens en Israël ont également reconnu que réprimander en public le président palestinien moralisateur n’aurait guère contribué à l’intérêt que vous avez promis de mettre en avant. Cet intérêt, c’est celui d’Israël et celui de ces Palestiniens en quête d’un meilleur avenir : celui de la réalisation de la paix.

Au lieu de cela, vous avez donc laissé Abbas faire sa fausse affirmation et, de manière à la fois gracieuse et optimiste, vous avez répondu que vous aviez discuté avec un grand nombre de dirigeants et de représentants « importants » issus des deux parties, que vous alliez « amorcer un processus qui, avec un peu de chance, débouchera sur la paix », et que vous étiez déterminé à démontrer à un grand nombre de sceptiques qui considèrent qu’un accord est impossible qu’ils ont tort.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu échangent une poignée de main durant une conférence conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 15 février 32017 (Crédit :Saul Loeb/AFP)

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu échangent une poignée de main durant une conférence conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 15 février 32017 (Crédit :Saul Loeb/AFP)

Et maintenant, vous allez venir en Israël et dans les Territoires palestiniens pour oeuvrer en faveur de ce qui est, comme vous avez déclaré qu’on vous l’avait toujours affirmé, « l’accord le plus difficile ».

Comment pouvez-vous réfuter les arguments des sceptiques ? Comment pouvez-vous être le médiateur d’un processus qui pourra finalement déboucher sur un accord ? Eh bien, monsieur le président, cela commence en prenant Abbas au mot – en lui demandant de prendre la responsabilité de cette déclaration qu’il vous a faite, le 3 mai, dans la Salle Roosevelt.

Depuis presque 25 ans, depuis que Yitzhak Rabin et Yasser Arafat ont échangé une poignée de mains sur la pelouse de la Maison Blanche, les administrations américaines successives ont tenté de forcer les deux parties à conclure un accord, faisant la navette entre les deux, tentant de mettre la pression, d’établir des calendriers. Et finalement, échouant de manière inévitable.

A la racine de leurs échecs, il y avait une asymétrie : le consensus en Israël – non exhaustif, mais pourtant large, je pense – qu’il est dans notre intérêt de nous séparer des Palestiniens. Nous insistons sur la préservation d’Israël en tant qu’état juif, avec une large majorité juive ; nous insistons sur le maintien de notre démocratie, et tandis que nous revendiquons notre droit historique sur la Judée et la Samarie bibliques, nous saurions mettre en jeu ces territoires évocateurs si quelqu’un pouvait nous aider à conclure un accord crédible et fiable qui nous épargnerait d’envoyer nos filles et nos fils risquer leurs vies dans des guerres infinies au nom de la survie de notre pays. Un tel accord, par définition, ne saurait être crédible et fiable que s’il devait se forger dans un climat très différent de celui qui prévaut aujourd’hui – s’il devait s’enraciner, en fait, dans un changement d’attitude fondamental de la part des Palestiniens, les dirigeants comme la population.

Le président américain Donald Trump avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Mais ce sentiment d’urgence n’existe pas en parallèle du côté des Palestiniens, qui n’ont nullement la conviction que le temps travaille en leur défaveur. C’est complètement le contraire. Durant des décennies, la communauté internationale a nourri la croyance des Palestiniens que s’ils tiennent bons pendant suffisamment longtemps, ils gagneront leur indépendance, selon leurs conditions, sans avoir de compromis à faire avec Israël à faire sur les modalités de leur état pour garantir qu’il ne menace pas le nôtre. Perçus comme les opprimés, impuissants devant Israël tout-puissant, les Palestiniens ont gagné une couverture médiatique empathique même au beau milieu des assauts stratégiques et des attentats à la bombe opérés contre nous durant la Deuxième Intifada. L’ONU a sans relâche revalorisé leur statut – Jusqu’à leur conférer le statut d’état-observateur, tout comme le Vatican, le drapeau palestinien flottant aux côtés de toutes les autres nations au quartier-général de l’ONU sur l’East River à New York.

Alors que vous prenez vos fonctions en promettant un engagement pratique envers Israël et en faisant part de votre détermination à vous attaquer à la question de la partialité internationale contre Israël, notamment aux Nations Unies, vous voici occupant aujourd’hui une place unique pour dire aux Palestiniens que, non, l’indépendance à laquelle ils aspirent ne pourra être atteinte de manière unilatérale. Non, le monde ne va pas leur accorder un état sur un plateau d’argent. La route vers leur auto-détermination implique une reconnaissance authentique d’Israël – et cette reconnaissance authentique commence par l’éducation.

Ce qui nous ramène à cette déclaration solennelle que vous a faite Abbas le 3 mai, cette promesse d’élever les générations futures dans la « culture de la paix ».

Vos prédécesseurs à la présidence avaient voulu parvenir à cet objectif de créer un climat favorable à la modération et à la la réconciliation. Mais d’une manière peu avisée, ils n’en avaient pas fait un élément central de leurs efforts. Il y a environ une décennie, au cours de l’une des nombreuses initiatives de paix manquée qui ont précédé, un document avait été établi par les deux parties définissant les éléments d’une « société civile et culture de paix », rempli de clauses mettant hors-la-loi le racisme et la discrimination, promettant de mettre un terme aux incitations, de faire avancer la compréhension, la tolérance et le respect mutuels.

Si vous, M. le président, placez la nécessité de la création d’une « culture de paix » au coeur de vos efforts pour trouver un accord, vous pourriez – et je souligne ce conditionnel : « vous pourriez » – bien arriver quelque part. « Une culture de la paix », cela signifie un système d’éducation palestinien qui reconnaît que le peuple juif a une histoire souveraine ici, que, bien sûr, il y a eu des temples juifs à Jérusalem, et que, même si c’est inconfortable, les deux populations sont destinées à partager cette étroite bande de terre qui s’étend entre la mer Méditerranée et le fleuve du Jourdain. Cela signifie que loin de décourager la « normalisation » avec Israël et les Israéliens, comme c’est actuellement le cas, des dirigeants politiques et religieux palestiniens désireux de fonder leur état devront promouvoir une interaction constructive avec la population voisine. Ce qui signifie mettre catégoriquement un terme à tous ces posts publiés sur les réseaux sociaux par le Fatah qui encouragent la violence et mettre un terme également à la glorification des terroristes et du terrorisme.

La majorité des Israéliens, je le crois encore, répondrait avec enthousiasme à une preuve authentique de changement du côté palestinien et encouragerait le gouvernement à apporter ses propres contributions à la création d’un meilleur environnement, notamment avec une restriction des incitations lancées par les leaders politiques contre les Arabes (Israéliens et Palestiniens) et la fin de l’expansion des implantations dans les zones qu’Israël n’envisage pas de conserver sous les termes d’un accord permanent. Si le gouvernement aujourd’hui ne répond pas en nature, les Israéliens ont prouvé – en 1999 en particulier – qu’ils sauront déchoir un gouvernement s’ils ont le sentiment qu’il a manqué des occasions de progresser.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube/White House)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube/White House)

Ces quelques premiers mois de votre présidence ont été tumultueux mais s’il y a un domaine dans lequel votre administration a posé le bon pied, c’est en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. Vous avez fait comprendre votre identification instinctive à l’état d’Israël, votre profonde conscience des menaces auxquelles le pays doit faire face, et votre détermination à vous attaquer au traitement injuste qu’il subit de la part d’une vaste partie de la communauté internationale. Mais vous avez également intrigué, et certainement pas aliéné, les Palestiniens.

Votre envoyé Jason Greenblatt, jeté d’emblée dans les plus profonds retranchements, n’a fait aucune erreur lors de son premier déplacement ici, conviant les imams et les rabbins, visitant un camp de réfugiés, tweetant depuis des sites juifs et arabes à Jérusalem. (Ne vous méprenez pas. Jérusalem est la capitale historique d’Israël et les ambassades du monde entier devraient s’y trouver. La ville devrait aussi être à la hauteur de son nom en tant que ville de la paix. Tout cela est réalisable, mais seulement avec beaucoup d’attention et de sensibilité). Vous n’avez pas donné carte blanche au gouvernement Netanyahu au sujet des implantations. Et votre venue imminente ici, alors que jamais un président américain n’était venu aussi tôt dans son mandat, si elle est vivement appréciée par les Israéliens, est également un beau coup pour les Palestiniens.

Lors de votre visite, au sommet de Massada, qui exhale une histoire tragique, vous voudrez sans aucun doute souligner que la nation juive doit être en mesure de se défendre de toutes les menaces, qu’elle mérite un avenir pacifique. A Bethléem, en évoquant Jésus, ce prince de la paix, vous pourrez rappeler à Abbas sa promesse, celle de l’impératif fondamental d’éduquer ses enfants dans un esprit de réconciliation.

Et loin des caméras, vous pourrez dire aux dirigeants que vous êtes sérieux, que vous attendez des progrès. Que vous n’avez pas l’intention de commencer à formuler des plans de sécurité complexes et autres documents légalistes qui n’ont aucune signification dans la réalité actuelle exempte de confiance. Que vous ne prévoyez pas d’obtenir des résultats par la contrainte en établissant des calendriers notamment. Mais que vous voulez voir un changement d’atmosphère. Que vous voulez voir un leadership courageux. Plus d’incitations. Plus de glorification du terrorisme. Un effort, dans l’intérêt des deux parties, qui visera à déconcerter les cyniques et les sceptiques. Et les extrémistes.

« Je pense qu’il y a une très, très bonne chance » de conclure un accord, avez-vous affirmé il y a deux semaines, alors qu’Abbas se trouvait à vos côtés. Je ne suis pas aussi optimiste que vous l’êtes, M. le président, et certainement pas à court terme. Je fais partie de ces sceptiques que vous évoquez. Je crains que la haine d’Israël, le rejet de notre histoire et la diabolisation de tous les aspects de notre présence ici soient profondément enkystés du côté des Palestiniens et qu’un grand nombre d’Israéliens aient perdu espoir face à l’intransigeance et au terrorisme, et qu’ils deviennent de plus en plus intolérants.

O combien j’aimerais que vous me prouviez que j’ai tort.