« Gauche de responsabilité » contre « gauche de conviction » : Manuel Valls et Benoît Hamon se disputent le titre de champion de la primaire socialiste, à 100 jours de la présidentielle en France qui reste dominée par la droite et l’extrême droite.

L’ancien Premier ministre Manuel Valls (31 %), qui s’est lancé dans la course à l’investiture après le forfait de l’impopulaire président François Hollande, a été devancé par l’outsider issu de l’aile gauche du parti, Benoît Hamon (36 %), très critique sur le bilan de ce quinquennat.

Déjà fort de sa première place, l’ancien ministre de l’Education a aussi pu compter sur le ralliement dès dimanche soir du chantre du « Made in France », Arnaud Montebourg, arrivé en troisième position avec 17,6 % des voix.

« Il faut en finir avec les vieilles recettes et les vieilles politiques, les vieilles solutions qui ne marchent plus », a plaidé dimanche soir Benoît Hamon, tandis que Manuel Valls a appelé les électeurs à faire le choix au second tour entre « la défaite assurée » s’ils désignent son concurrent et « la victoire possible » à la présidentielle avec lui.

Manuel Valls, candidat à la primaire présidentielle de la gauche française, au premier tour de la primaire, le 22 janvier 2017. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

Manuel Valls, candidat à la primaire présidentielle de la gauche française, au premier tour de la primaire, le 22 janvier 2017. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

La dirigeante de l’extrême droite Marine Le Pen, galvanisée par le Brexit et l’investiture vendredi de Donald Trump à la présidence américaine, a pour sa part promis dimanche que 2017 sera « l’année du réveil des peuples de l’Europe continentale », en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, lors d’un congrès des droites extrêmes et populistes européennes, à Coblence en Allemagne.

En attendant le débat télévisé prévu mercredi soir, avant le second tour dimanche, Manuel Valls a ouvert les hostilités dès dimanche soir en dénonçant les « promesses irréalisables et infinançables » de son adversaire, assurant malgré son retard au premier tour que « pour le deuxième tour, rien n’est écrit ».

« Je suis un combattant, j’aime les débats, j’aime la confrontation (…) et je me battrai jusqu’au bout », a-t-il promis.

‘Deux gauches irréconciliables’

« Les électeurs ont voté par conviction, pas par résignation, sinon ils ne m’auraient pas placé en tête », s’est félicité de son côté Benoît Hamon à l’annonce des résultats, en défendant son « projet de société » axé sur les questions « sociales et écologiques ». Sa proposition-phare : un revenu universel de 750 euros pour chaque Français.

« Mon projet ne vise pas à dire que ‘j’ai été Premier ministre donc je serai un bon président’. Le costume il pense peut-être qu’il l’a, mais on n’est pas dans un concours de prêt-à-porter présidentiel », a-t-il ensuite taclé.

Des déclarations qui rendent aléatoire le rassemblement des deux prétendants autour d’un seul candidat après le second tour, condition indispensable pour conjurer un scénario d’échec de la gauche.

Emmanuel Macron (Crédit : Facebook)

Emmanuel Macron (Crédit : Facebook)

« La théorie des deux gauches irréconciliables s’applique à plein ce soir : les électeurs de Manuel Valls ne se reconnaîtront pas dans le projet politique de Benoît Hamon comme les électeurs de Benoît Hamon ne se reconnaîtront pas dans le programme de Manuel Valls. On va donc se retrouver dans une synthèse bancale à la fin de cette primaire », a analysé dimanche soir Benjamin Griveaux, soutien d’Emmanuel Macron.

Si les déclarations de Manuel Valls envers la communauté juive ont toujours été sans ambiguïté (« La France sans les juifs ne seraient plus la Farnce ») la stratégie électorale de Benoît Hamon est, elle, beaucoup plus problématique.

Le 19 novembre 2014, soit quelques jours avant le vote sur la Palestine à l’Unesco, le <em>Canard Enchaîné</em> révélait la stratégie de la frange du PS représentée par Benoit Hamon autour de cette résolution.

Hamon la considérait « tout à fait opportune sur le plan électoral (…). [Car il s’agissait ] du meilleur moyen pour récupérer notre électorat de banlieue et des quartiers, qui n’a pas compris la prise de position pro-israélienne de Hollande, et qui nous a quittés au moment de la guerre à Gaza ».

Mais dans la dernière ligne droite avant les primaires des 22 et 29 janvier le voilà qui pondère son discours. Et parle même, à demi-mots, de l’importance d’Israël à vivre en sécurité.

Revenant, sur BFM TV, sur la résolution de l’ONU condamnant la « colonisation » il déclarait ainsi : « Je considère que la responsabilité historique des Européens est d’intégrer Israël dans un cadre régional qui ne lui soit plus hostile (…) Aujourd’hui cet environnement lui est hostile. Il lui sera tant qu’existe ce prétexte d’une Palestine qui n’a pas d’Etat ».

Le scrutin n’a suscité qu’une mobilisation médiocre : moins de deux millions d’électeurs, alors que plus de quatre millions de personnes s’étaient déplacés pour la primaire de la droite en novembre.