Un accord entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP) – avec des incitations américaines – pour allouer des fréquences pour les communications cellulaires 3G à l’AP doit encore porter ses fruits, selon Hani Alami, l’un des professionnels les plus « connectés » de Ramallah.

« Il y a un beaucoup de bruit autour de l’accord allouant des fréquences quand il a été signé en novembre dernier, mais cela prend du temps de mettre en place des réseaux qui utilisent ces fréquences », a déclaré Alami au Times of Israël. « Je pense que les premiers services palestiniens en 3G seront disponibles vers la fin 2016. »

L’arrivée de la 3G à l’AP pourrait être trop peu, et trop tard. « Je vais à Barcelone dans quelques semaines pour le Mobile World Congress, où nous verrons des technologies pour des réseaux 5G, qui sont le prochain gros coup, a déclaré Alami. Et les Palestiniens ont juste maintenant accès à la 3G, une technologie qui date d’il y a deux générations. C’est comme si j’avais une concession automobile, et que je proposais de vous vendre une nouvelle voiture, de 2010. »

Pourquoi ce délai ? La raison de fond, comme d’habitude, est l’argent, a dit Alami.

« Ce n’est certainement pas à propos de la sécurité, a-t-il déclaré. La chose la moins chère pour les services de sécurité du Shin Bet serait de donner à chaque Palestinien un iPhone 6 et de mettre un place un réseau de données hyper rapide. Avec un iPhone, ils seraient capables de surveiller tout le monde autant qu’ils le veulent. »

La lente arrivée d’une technologie déjà dépassée dans l’AP, a déclaré Alami, est due à « l’avidité des requins des deux côtés » qui arnaquent les Palestiniens en les facturant le plus possible pour des services avancés dont les compagnies de communication israéliennes ont le monopole.

Les Israéliens aussi souffrent de ces « requins » qui cherchent à contrôler des secteurs de l’économie. Voyez les manifestations « fromage blanc », pendant lesquelles les Israéliens ont pris la rue à l’été 2011 pour protester contre le prix élevé des produits laitiers. Mais dans l’AP, les prix élevés et un service inférieur ne sont pas simplement du mauvais commerce, selon Alami, c’est une politique dangereuse.

« D’une certaine manière, le manque de services de communications sophistiqués symbolise le désespoir qui nous a mené à la situation actuelle », où des adolescents commettent de fait des suicides pendant qu’ils essaient d’attaquer des soldats israéliens, a déclaré Alami.

Selon le cadre des accords d’Oslo, Israël est responsable des réseaux de données et de l’allocation des fréquences pour les réseaux de téléphones mobiles et de données cellulaires.

Jusqu’à l’accord, les compagnies de téléphones portables palestiniennes, Paltel et Wataniya, se débrouillaient avec des fréquences 2G. Dans le passé, Israël a affirmé qu’il n’avait pas assez de fréquences 3G pour tout le monde et a recommandé que les compagnies palestiniennes louent des fréquences aux compagnies israéliennes.

L’arrivée de la 3G dans l’AP est vue, au moins par les Américains qui ont aidé à mettre en place l’accord, comme une raison de célébration. Dans ses commentaires à un groupe de professionnels de Ramallah la semaine dernière, le conseiller de l’ambassadeur américain Daniel A. Sepulveda, dont Alami dit qu’il a joué un rôle majeur dans la signature de l’accord, a déclaré qu’il pourrait aider « à la fois les Israéliens et les Palestiniens à en bénéficier maintenant et longtemps dans le futur », avec un potentiel de développement économique pour la région. « Je suis convaincu que sa mise en place va changer les vies pour le meilleur et servir de modèle de coopération pour un objectif commun », a déclaré Sepulveda.

Si seulement cela était si simple, a déclaré Alami.

Magnat autodidacte, Alami gère une entreprise basée à Ramallah nommée Coolnet, un fournisseur de service internet spécialisé dans l’apport de service dans les zones rurales où le haut débit a peur de s’aventurer. Le site de Coolnet liste, sans hésitation, une longue liste de partenaires israéliens : Radwin, Radcom, RadVision, Ceragon, et d’autres. En 2013, Alami s’est précipité avec un « kit de secours » de 10,5 millions de dollars pour sauver la compagnie de télécom israélienne Alavarion, une compagnie de communication 4G qui faisait faillite.

Pour Alami, s’associer à des entreprises israéliennes, et avec des Israéliens, est naturel. Il connaît toutes les personnes importantes de la technologie israéliennes, depuis le gourou des technologies Yossi Vardi, et est chez lui à Tel Aviv comme à Ramallah.

Alami est inquiet de ce que signifie la débâcle 3G, pas simplement pour les communications mais pour les perspectives du futur de l’économie palestinienne.

« La récente vague de terrorisme concerne clairement le désespoir. Vous ne pouvez pas me dire qu’un ado de 15 ans qui se précipité sur un soldat israélien avec des armes – et qui sait qu’il va probablement être tué – agit ainsi pour des raisons ‘nationalistes’, a déclaré Alami. Il est plutôt clair pour quiconque a des yeux que nous parlons d’un manque d’espoir pour le futur. »

« D’une certaine manière, l’histoire de la 3G symbolise ce manque d’espoir. Les entreprises ont besoin d’un internet rapide afin d’être compétitives dans la sphère technologique, et sans lui elles resteront à l’arrière. De la même manière, les enfants ont besoin de voir qu’ils ont des opportunités pour développer leurs capacités et construire un futur. »

Sans cet espoir, ils resteront simplement derrière, a déclaré Alami, ils deviendront la prochaine génération de terroristes.

« C’est dans les intérêts d’Israël de promouvoir la stabilité économique, quelle que soit la politique, a déclaré Alami. La seule chose à gagner en ne promouvant pas la croissance économique est l’augmentation d’une population rétive qui cherchera à faire passer ses frustrations. Quand une personne a un foyer et un travail et doit payer un prêt immobilier et une voiture, elle réalise très vite les avantages de la stabilité économique et politique. »

Ce n’est pas qu’il n’y a pas des efforts pour changer les choses, a déclaré Alami ; il a lui-même été impliqué dans des douzaines de projets pour aider les jeunes Palestiniens, particulièrement à Jérusalem, à voir le monde différemment, via les technologies.

Beaucoup de dirigeants des technologies israéliennes travaillent déjà sur des projets qui aideront à augmenter le niveau d’éducation à la technologie et d’entrepreneuriat parmi les Palestiniens. Tous travaillent cependant « sous le radar » afin d’empêcher une mauvaise publicité, ou pire, que cela ruine les liens délicats qui ont demandé à beaucoup dans l’industrie technologique, dont Alami, de travailler très dur pour les construire.

« C’est une question de temps, a-t-il déclaré. Nous avons parcouru un long chemin depuis que nous avons commencé et nous avons un chemin à suivre, mais l’idée d’une coopération technologique avec l’autre est quelque chose que nous voulons tous, et nous finirons par le mettre en évidence. »

Alami accuse l’industrie des communications cellulaires israélienne, et le gouvernement israélien pour avoir permis cette situation. « Il est intéressant qu’Israël accepte le projet 3G seulement après que Cellcom, qui a beaucoup de clients à Bethléem et Ramallah, ait mis en place son réseau 4G à Jérusalem et dans la région, a déclaré Alami. Y a-t-il un lien ? Je l’imagine. A présent qu’ils ont la 4G, ils ne s’intéressent plus à la 3G, donc ils ‘laissent’ les Palestiniens y accéder. »

Les agents palestiniens qui travaillent avec des compagnies israéliennes sont tout aussi coupables, a ajouté Alami. « Les requins s’unissent pour faire de l’argent, mais qu’en est-il de nous autres ? »

Cellcom, Partner et Pelephone, les trois plus grands fournisseurs de services mobiles israéliens, n’ont pas répondu à nos demandes pour commenter ce sujet.

Avec des communications plus rapides, les entrepreneurs Palestiniens auront une chance d’être à égalité avec leurs collègues et compétiteurs en Israël et dans le monde et de faire partie de la communauté technologique mondiale. Cette connexion est une partie basique de « l’espoir », et la clef de l’autonomisation économique dont les Palestiniens ont besoin de ressentir afin de réaliser qu’ils ont intérêt à la paix, et dans le futur.

« Les choses doivent changer, et Israël doit montrer qu’il est intéressé par l’amélioration de la situation économique des Palestiniens, a ajouté Alami. Nous avons eu trop de désespoir. Nous avons besoin de changement. Israël devrait apprendre les leçons de cette histoire de la 3G. »