Le 2 octobre s’ouvre le procès d’Abdelkader Merah et de Fettah Malki, accusés d’avoir aidé à différents degrés Mohammed Merah à commettre les assassinats de Toulouse et Montauban. Le procès se déroulera devant la Cour d’Assises spéciale de Paris, c’est-à-dire que des magistrats professionnels viendront remplacer les jurés normalement issus de la société civile.

La famille Sandler, qui a tragiquement perdu 3 membres dans la tuerie de l’école Ozar Hatorah le 19 mars 2012, Jonathan Sandler, 30 ans et ses deux fils Arieh et Gabriel (âgés respectivement de 5 et 3 ans), sera notamment représentée par Maître Elie Korchia.

« Le frère de Mohammed Merah, Abdlekader, est aujourd’hui poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, dont la complicité d’assassinats en lien avec une entreprise terroriste explique-t-il. Quant au second accusé, Fettah Malki, il sera notamment jugé pour association de malfaiteurs en vue la préparation d’actes de terrorisme ».
Ce dernier avait admis dans le cadre du dossier avoir fourni le pistolet-mitrailleur Uzi et le gilet pare-balles dont s’est servi Mohammed Merah pour la perpétration de ses crimes.

« Pour nous, avocats de parties civiles, le rôle d’Abdelkader est essentiel en ce sens qu’il a non seulement participé à la radicalisation jihadiste de son frère assassin mais qu’il a aussi été en contact avec celui-ci tout au long des jours qui ont précédé la commission de ses crimes terroristes. On peut d’ailleurs considérer, au vu des éléments du dossier, que Abdelkader a joué un rôle de mentor idéologique pour son frère Mohammed » ajoute Me Korchia.

Il sera aussi observé qu’aux yeux des juges anti-terroristes, il serait « le seul » avec qui son frère « avait partagé ses intentions » et qui « a été associé à certains des actes préparatoires » aux tueries.

D’après les magistrats qui l’ont renvoyé devant la Cour d’assises spéciale de Paris, «ses nombreux séjours linguistico-religieux au Caire», «sa volonté d’instauration d’un État islamique », les documents retrouvés chez lui « sur la manière opérationnelle de concevoir en Occident un attentat ou une action armée» semblent «difficilement compatibles avec ses assertions selon lesquelles il n’adhérait pas au passage à l’acte de son jeune frère».

Ils le soupçonnent aussi d’avoir participé le 6 mars 2012 à Toulouse avec son frère au vol du scooter utilisé par Mohamed Merah pour se déplacer sur les scènes de ses crimes. Abdelkader Merah ne nierait pas avoir été présent, mais assurerait que son frère aurait agi à son insu.

Jugé notamment pour complicité d’assassinats terroristes en lien avec une entreprise terroriste, Abdelkader Merah encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour ce qui est de Fettah Malki , et selon le dossier, il n’aurait pas été démontré qu’ « il avait la connaissance de la volonté et de la décision de Mohamed Merah de se livrer » aux tueries, notent les magistrats qui n’ont pas retenu le chef de « complicité d’assassinats ». Il encourt pour les faits qui lui sont reprochés vingt ans de réclusion criminelle.

Il est enfin à noter que Me Korchia (comme ses confrères Klugman et Goldmann qui interviennent avec lui) ne s’est pas associé à la demande d’autres avocats d’enregistrer les audiences du procès, une requête finalement rejetée par la Cour d’appel de Paris cette semaine, laquelle n’avait jusque là accepté ce type de demande que pour des procès historiques, notamment lors du procès Barbie : « Samuel Sandler ne souhaitait pas que cela puisse servir de tribune au frère de l’assassin et à son complice et il ne voyait pas du tout l’utilité d’une telle captation vidéo. J’ajoute qu’il déteste que l’on cite constamment cette affaire par le nom de l’assassin, sans toujours rappeler le nom de ses malheureuses victimes, dont la mémoire est défendue avec beaucoup d’ardeur et sans relâche par les familles ».

Le procès qui s’ouvrira le 2 octobre prochain et durera 5 semaines, verra notamment défiler parmi les témoins des membres de la famille Merah, dont Abdelghani, farouchement opposé à la radicalisation islamiste de ses frères et de sa sœur.

« Il y déjà eu par le passé une tension extrême entre Abdelkader et Abdleghani, qui a d’ailleurs témoigné à charge contre lui, explique l’avocat des Sandler. Il a notamment tenu publiquement et dans les médias des propos très forts pour condamner la dérive jihadiste de ses frères et de sa sœur. Plus largement, les très nombreuses dépositions qui auront lieu au cours des 5 semaines de ce procès, auront à l’évidence une importance cruciale ».