Violence, radicalité, antisémitisme et prosélytisme : au procès d’Abdelkader Merah, l’ex-compagne d’Abdelghani, l’aîné de la fratrie, a raconté mardi ses années au contact de la famille du « tueur au scooter » de Toulouse et Montauban.

Anne Chenevat, 39 ans, pantalon et veste noir cintrée, épaisse chevelure de jais, a fréquenté la famille Merah à partir de 1994. Elle a passé six ans avec Abdelghani, dont elle a eu un fils, Théodore.

Témoin devant la cour d’assises de Paris, elle présente d’emblée de surprenantes excuses aux familles des victimes : « Le 15 mars [2012], le soir de la tuerie de Montauban, j’ai pensé que l’auteur était Mohamed Merah. J’ai commis l’erreur d’appeler Abdelghani plutôt que la police. Je suis désolée. »

Son fils Théodore, 21 ans, qui prépare une grande école de commerce dira avoir eu la même conviction.

Abdelkader Merah à l'ouverture de son procès à Paris, le 2 octobre 2017. (Crédit : Benoit Peyrucq/AFP)

Abdelkader Merah à l’ouverture de son procès à Paris, le 2 octobre 2017. (Crédit : Benoit Peyrucq/AFP)

Mme Chenevat confiera à la cour, qui juge Abdelkader Merah pour complicité, avoir pensé qu’il « devait être avec (son frère) au moment des assassinats ». Son fils distinguera Abdelkader, « adepte d’un jihad spirituel » qu’il soupçonne d’avoir « pensé » l’action, de Mohamed, « partisan d’un jihad armé », qui, dit-il, « a pris le pistolet ».

Abdelkader Merah est accusé d’avoir sciemment facilité « la préparation » des sept assassinats commis par son frère entre les 11 et 19 mars 2012 à Toulouse et Montauban. Mohamed Merah est mort abattu par la police.

Anne Chenevat fonde sa conviction sur son observation de la dérive familiale des Merah, marquée par la radicalisation de deux des trois frères et d’une des deux sœurs, Souad.

« Au début, je les considérais comme mes petits frères et sœurs. Ils me voyaient comme ‘la Française’ mais m’aimaient bien quand même », a-t-elle dit, tout en soulignant le racisme ambiant de la famille.

« C’est la mère qui la première m’a traitée de sale juive quand j’avais 16 ans [ndlr : elle avait un grand-père juif]. Plus tard, « Abdelkader parlait de moi à Abdelghani en disant ‘ta sale juive’ ou ‘ta sale Française pour le provoquer », a-t-elle rapporté.

« Elle m’a sauvé »

Pourtant, avec Abdelkader, « on a été assez complices, je trouvais que c’était le plus intelligent de la famille et il était là pour me protéger quand Abdelghani était violent après avoir bu », a-t-elle dit. Puis, « il est devenu salafiste », sa sœur Souad aussi, « et il ne m’a plus adressé la parole ».

Anne Chenevat date la conversion d’Abdelkader au jour où il a porté sept coups de couteaux à Abdelghani lors d’une dispute pour, dit-elle, « prouver qu’il était un homme ». Dans la cité, il a alors été considéré comme un fou et s’est retrouvé isolé, a-t-elle raconté.

« On est devenu mauvais, mécréant, kouffar et cela s’est encore aggravé après ses voyages en Egypte », a-t-elle dit.

Proche de « l’émir blanc » d’Artigat, Olivier Corel, Abdelkader et Mohamed Merah tentent alors de convertir son fils à l’islam radical. « Kader m’a dit : un jour Théodore aura 18 ans et je serai là pour venir le chercher. »

Mohamed Merah montre des vidéos de décapitation en Syrie à l’enfant qui en fait des cauchemars. Il diffusait déjà les mêmes images auprès de jeunes de la cité, a témoigné un de ses anciens collègues de travail.

L’enfant perturbé finit par interroger sa mère : « S’il y a une guerre en France entre Français et musulmans, de quel côté seras-tu ? Un autre jour, il la traite de mécréante et disparaît. Elle le retrouve chez Mohamed Merah.

A la barre, Théodore dit que c’est Abdelkader qui, le premier, lui a inculqué les préceptes de l’islam radical, relayé par Mohamed et Souad, qui se disait prête à mourir en martyr avec ses enfants. Il avait alors entre 11 et 14 ans.

A l’époque, même Olivier Corel intervient : « Il m’a dit que si mes parents m’interdisent l’islam, j’avais le droit de les quitter et qu’à 18 ans je pourrai aller dans une école coranique. »

Interrogé par un avocat sur l’action de sa mère contre le prosélytisme de ses oncles, il lâche : « Elle m’a sauvé. »