Les faibles chances des pourparlers de paix israélo-palestiniens, portés à bout de bras par le secrétaire d’Etat américain John Kerry, ont expiré avant même l’échéance des neuf mois mardi, sans réelle perspective de reprise, les deux camps affûtant leurs instruments de pression.

Kerry a jugé jeudi nécessaire de « marquer une pause ». Mais malgré cet échec personnel, il « n’a aucun regret quant au temps qu’il a passé à s’investir dans ce processus », a assuré mardi la porte-parole du département d’Etat, Jennifer Psaki.

La porte-parole a d’ailleurs reconnu que la date du 29 avril avait perdu toute signification dans la mesure où Israël avait suspendu les négociations à l’annonce d’un nouveau plan de réconciliation Fatah-Hamas le 23 avril.

Cet accord entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Mahmoud Abbas, dominée par son mouvement nationaliste, le Fatah, et le Hamas terroriiste, prévoit la formation d’un gouvernement transitoire composé de personnalités indépendantes.

Abbas s’est néanmoins dit prêt à poursuivre les pourparlers à condition qu’ils portent prioritairement sur le tracé des frontières, avec un gel de la colonisation.

« En accord avec sa politique sur le terrain, le gouvernement Netanyahu a refusé de reconnaître les frontières de 1967 ou même de mettre une carte sur la table proposant l’idée d’Israël sur ses frontières définitives », a déploré le négociateur palestinien Saeb Erekat.

Israël exige que Abbas renonce à la réconciliation avec le Hamas, l’accusant d’avoir porté « le coup de grâce » au processus de paix, ce que contestent les Palestiniens et une bonne partie de la communauté internationale.

« Soit le Hamas renonce à la destruction d’Israël, adopte le chemin de la paix et dénonce la terreur, soit le président Abbas renonce au Hamas », a sommé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Intifada light

Selon l’expert palestinien Georges Giacaman, la poursuite de la campagne auprès des instances internationales et la réconciliation restent les principales cartes aux mains de Abbas.

« Il reste cinq semaines pour former un gouvernement, ce qui sera un indicateur du succès de la direction palestinienne sur le plan intérieur », souligne-t-il.

Le correspondant militaire du quotidien israélien Yediot Aharonot reproche à Israël de « subir dans un état de confusion et de passivité, en ne faisant que réagir » à ce qu’il décrit comme « une ‘Intifada light’: une série de moyens de pression progressifs excluant la violence ».

Ainsi s’est lézardé le fragile édifice péniblement assemblé par M. Kerry, qui avait arraché en juillet, contre toute attente, une reprise des pourparlers interrompus depuis trois ans et évoquait alors la perspective d' »un accord final au cours des neuf prochains mois ».

Pendant les négociations, les Palestiniens devaient suspendre leurs initiatives internationales, en contrepartie de la libération par Israël de 104 prisonniers d’avant les accords d’Oslo de 1993.

Israël reprochait aux Palestiniens de refuser de le reconnaître comme « Etat juif ». Netanyahu a d’ailleurs annoncé jeudi son intention de présenter un projet de texte pour « ancrer » le statut d’Israël « comme Etat national du peuple juif ».

La première crise sérieuse a éclaté quand la libération le 30 octobre du deuxième contingent de 26 prisonniers palestiniens s’est accompagnée, comme le précédent le 13 août, d’une accélération de la construction.

Face aux divergences persistantes et en l’absence virtuelle de négociations directes depuis novembre, la diplomatie américaine s’est rabattue en décembre sur un accord-cadre traçant les grandes lignes d’un règlement de paix définitif.