Le Premier ministre Benjamin Netanyahu va entamer un nouveau mandat, mais avec une coalition hargneuse, s’étant extraite des mâchoires de la défaite dans les derniers jours d’une campagne difficile.

Mercredi, Netanyahu a clairement remporté une victoire décisive, et il est devenu certain que la prochaine coalition sera dirigée par le Likud et composée de partis de droite et orthodoxes. Voilà un volte-face remarquable. Une victoire « contre toute attente », comme il l’a qualifiée dans son discours.

Les sondages d’opinion montraient la semaine dernière que le Likud de Netanyahu était à la traîne derrière l’Union sioniste d’Isaac Herzog, avec un écart de quatre sièges. Mais Netanyahu a renversé cette dynamique, tandis que Herzog a échoué à mener une campagne suffisamment efficace.

Pour gagner, Netanyahu s’est radicalement éloigné de sa stratégie traditionnelle. Plutôt que de chercher à renforcer ses votes en tendant la main au centre, le chef du Likud s’est tourné vers l’intérieur. Il a orienté ses appels vers la droite israélienne, son terrain d’origine.

Il n’a pas tout à fait dit : « Ne votez pas pour HaBayit HaYehudi ou Yisrael Beitenu », ses alliés de droite naturels, dirigés par deux hommes – Naftali Bennett et Avigdor Liberman – qui travaillaient pour lui.

Il n’a pas non plus catégoriquement répété, encore et encore, que les Israéliens qui le veulent comme Premier ministre n’ont qu’à voter Likud : « Ceux qui soutiennent le camp national doivent comprendre que, dans les jours qui restent, ils doivent se rassembler autour de moi et du Likud », a déclaré Netanyahu au Times of Israel dans une interview vendredi. Ils doivent « voter pour mon parti, pour empêcher la gauche de s’emparer d’Israël… Votez pour mon parti, le Likud. ».

Lundi et mardi, il a intensifié sa rhétorique angoissée et jalonnée de positions de plus en plus bellicistes.

Il a protesté contre le fait que le financement étranger était utilisé pour transporter un nombre disproportionné d’électeurs arabes israéliens vers les bureaux de vote – une assertion inexacte et incendiaire ; les citoyens arabes israéliens ont le droit et la responsabilité de voter.

Netanyahu a plus tard reformulé cette affirmation : « Il n’y a rien d’illégitime à ce que les citoyens, Juifs ou Arabes, votent comme ils l’entendent. Ce qui n’est pas légitime, c’est le financement – le fait que l’argent vienne d’ONG et de gouvernements étrangers, qu’ils les amènent en masse aux urnes de façon organisée, au bénéfice de la gauche – qui donne un pouvoir excessif à la liste arabe extrémiste et affaiblit  le bloc de droite afin que nous soyons incapables de construire un gouvernement. »

Netanyahu  s’en est également pris au juge (Arabe israélien), Salim Joubran, qui dirige la Commission centrale électorale, en affirmant être le seil à s’être vu refuser le droit de s’adresser directement à l’opinion publique israélienne lorsque Joubran a interdit la transmission en direct d’une conférence de presse qu’il voulait tenir.

« Tzipi [Livni], Buji [Herzog], Yair [Lapid], des représentants de la gauche, ont parlé dans toutes les arènes possibles », s’est plaint Netanyahu.

« Le parti ‘Tout sauf Bibi’ s’exprime sans relâche dans les médias sans que personne ne les dérange. Le seul à qui ils ont décidé d’interdire la parole dans les médias, c’est moi, le Premier ministre du Likud… Personne ne nous fera taire. Dans un Etat démocratique, même un Premier ministre Likud a le droit de s’exprimer. »

En fait, Joubran, lui-même un critique implacable des lois archaïques de propagande le jour du scrutin, a également interdit la diffusion en direct d’une conférence de presse prévue par l’Union sioniste. Herzog et Livni ont sagement accepté sa décision. Netanyahu s’est tout de même exprimé et a publié ses remarques sur sa page Facebook.

Salim Joubran (Crédit : Flash 90)

Salim Joubran (Crédit : Flash 90)

Plus dramatique encore fut sa déclaration, lundi soir, qui annonçait qu’il ne permettrait pas la création d’un Etat palestinien. Cette position durcie – une étape dépassant de loin ses avertissements répétés que tout territoire cédé aux Palestiniens tomberait inévitablement entre les mains de groupes terroristes islamistes, et qu’Israël ne peut abandonner le contrôle sécuritaire global de la Cisjordanie – contredit son précédent accord de principe à une solution à deux Etats [discours de Bar-Ilan].

« L’objectif (éviter un Etat binational) est toujours en vigueur, a-t-il affirmé dans notre interview de vendredi, mais dans les circonstances actuelles du Moyen-Orient, un territoire que vous quittez sera utilisé contre vous par un Etat islamiste armé. C’est exactement ce qui s’est passé au Liban. C’est ce qui s’est passé à Gaza. Et depuis le Printemps arabe, c’est ce qui se passera en Cisjordanie – en Judée et Samarie – si nous quittons le territoire. »

Lundi, il disait au site NRG : « Je pense que toute personne qui veut créer un Etat palestinien aujourd’hui et évacuer des territoires, donne à l’islam radical une base pour attaquer l’Etat d’Israël. » A la question « Un Etat palestinien sera-t-il créé sous son gouvernement ? », le Premier ministre a répondu : « Non. »

Herzog s’est engagé à conserver une Jérusalem unifiée et à étendre sa souveraineté dans les grands blocs d’implantation de Cisjordanie dans le cadre de n’importe quel accord permanent, mais il a également parlé de l’impératif de démanteler les implantations isolées et affirmé qu’elles ne devraient pas recevoir plus de financement.

Il ne s’est pas permis d’annoncer des avancées vers un accord, et a dit se méfier des positions du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, mais il a fait vœu d’essayer d’insuffler une nouvelle vie dans un effort de paix, avec l’aide des Etats arabes modérés.

Netanyahu, en revanche, adopte une position qui le place sur une trajectoire de collision, même avec les plus proches alliés internationaux d’Israël.

Ce que les sondages, et les résultats finaux, indiquaient mardi, cependant, était que la cause électorale de la droite a été bien servie.

Un Netanyahu plus intransigeant a comblé l’écart annoncé pour porter le Likud vers une belle victoire. Ces votes supplémentaires lui sont venus massivement d’autres partis de droite, d’électeurs manifestement émus par le plaidoyer du Premier ministre : « Votez pour mon parti, le Likud. »

Combien de temps tiendra une telle coalition ? A quel point sera-t-elle réellement en mesure de gouverner ?