Quand celui sans qui Netanyahu ne serait pas Netanyahu le critique ouvertement
Rechercher

Quand celui sans qui Netanyahu ne serait pas Netanyahu le critique ouvertement

Dans des éditoriaux dans le New York Times, le chef du WJC affirme que le virage d'Israël vers la droite nationaliste trahit son engagement envers les idéaux démocratiques

Ronald Lauder à Leipzig, en Allemagne, le 30 août 2010. (Sean Gallup / Getty Images, via JTA)
Ronald Lauder à Leipzig, en Allemagne, le 30 août 2010. (Sean Gallup / Getty Images, via JTA)

JTA – Ça doit être difficile quand celui qui a financé votre carrière politique écrit deux éditoriaux vous critiquant dans le New York Times.

C’est ce qui arrive en ce moment à Benjamin Netanyahu.

Lundi, Netanyahu a été la cible d’une chronique cinglante de Ronald Lauder, l’héritier des cosmétiques qui dirige le Congrès juif mondial (WJC). Lauder a déploré la récente loi sur l’État-nation d’Israël, que Netanyahu défend becs et ongles telle une protection du caractère juif d’Israël, mais que les critiques voient comme une gifle au visage des minorités du pays.

Lauder a écrit que le virage d’Israël vers la droite nationaliste trahit son engagement – et celui du peuple juif – en faveur des idéaux démocratiques et humanistes.

« Les Juifs de l’ère nouvelle ont fusionné notre fierté nationale et notre appartenance religieuse avec un dévouement au progrès humain, à la culture du monde et à la moralité », a écrit Lauder.

« Conservateurs et libéraux, nous croyons tous en un sionisme juste et un judaïsme pluraliste qui respecte chaque être humain. Ainsi, lorsque les membres du gouvernement actuel d’Israël sapent l’alliance entre le judaïsme et l’éveil, ils annihilent la quintessence de l’existence juive contemporaine ».

C’est la deuxième fois que Lauder fustige les intentions de Netanyahu dans les pages du Times.

En mars, il avait déploré la disparition de la solution à deux États sous Netanyahu et le pouvoir des partis orthodoxes en Israël, avertissant qu’ « en se soumettant aux pressions exercées par une minorité en Israël, l’État juif aliène une grande partie du peuple juif ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le comité de direction et le président Ronald Lauder du Congrès juif mondial, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 septembre 2016. (Haim Zach / GPO via Flash90)

Lauder peut craindre la politique de Netanyahu maintenant. Mais sans le soutien de Lauder, il est possible que Netanyahu n’aurait jamais pu être Premier ministre.

En 1996, la première fois que Netanyahu s’est présenté à ce poste, c’était un outsider, confronté à un déficit de 30 points par rapport à Shimon Peres. Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien, avait été assassiné plusieurs mois auparavant par un extrémiste juif opposé au processus de paix israélo-palestinien.

Au-delà de la sympathie nationale pour le Parti travailliste de Rabin, certains considéraient Netanyahu comme complice de l’incitation à l’assassinat. Un mois auparavant, il avait participé à un rassemblement anti-Rabin où certaines personnes ont agité des photos de Rabin dans un uniforme SS et ont chanté sa trahison.

Lauder, allié de Netanyahu depuis que l’homme surnommé Bibi a été ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies dans les années 1980, entre alors en jeu.

Lauder aurait été l’un des principaux donateurs de la campagne électorale de Netanyahu en 1996. Plus important encore, il a fait appel au stratège républicain Arthur Finkelstein pour travailler sur la campagne.

Finkelstein a inventé le slogan « Peres divisera Jérusalem » dans les négociations de paix – et cela a fonctionné. Une publicité d’attaque brutale, avec un écran noir, un texte rouge et une narration inquiétante, avertissait que Pérès avait échoué alors qu’une victoire de Netanyahu signifierait une « paix sécurisée ». Une série d’attentats-suicide à la bombe dans les semaines précédant l’élection a provoqué une baisse de confiance du public envers Peres, et Netanyahu a gagné dans un retournement surprenant, battant Peres de 1 %.

Lauder est resté avec Netanyahu pendant plus d’une décennie, proposant même à un moment d’acheter chaque exemplaire invendu d’un des livres de Netanyahu. En 1998, Netanyahu a recruté Lauder pour transmettre des messages sensibles au président syrien de l’époque, Hafez Assad, dans une tentative ratée de négocier un accord de paix.

Pendant la campagne de réélection de Netanyahu en 1999, lorsque Lauder présidait la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, le magnat a fait l’éloge de la politique économique de Netanyahu dans un discours devant le Centre Shalem, que certains ont vu comme une approbation de sa candidature.

La police enquêtant sur Netanyahu pour corruption aurait interrogé Lauder l’année dernière au sujet des cadeaux qu’il a offerts au Premier ministre.

Alors pourquoi cette querelle ? En 2011, la Dixième chaîne israélienne a diffusé une enquête peu flatteuse sur la femme de Netanyahu, Sara, l’accusant d’un style de vie inapproprié et extravagant. Lauder a une participation partielle dans la chaîne, mais a refusé de faire pression sur la chaîne et d’intervenir.

Le milliardaire américain Sheldon Adelson (L) rencontre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie au Palais des Congrès de Jérusalem, le 12 août 2007. (Flash90)

En attendant, Bibi a trouvé un nouveau bienfaiteur : Sheldon Adelson. En 2007, le magnat du casino et grand donateur républicain a soutenu Netanyahu. Adelson finance Israel Hayom, un quotidien gratuit qui soutient le Premier ministre. Adelson a également fait un don à la campagne du président Donald Trump, permettant ainsi de jeter un pont entre les deux leaders.

Depuis que Trump a pris ses fonctions, Lauder aurait tenté d’utiliser ses relations avec Trump, Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour relancer les pourparlers de paix. Mais les efforts déployés jusqu’à présent n’ont pas abouti.

Lauder a donc écrit à deux reprises dans les pages éditoriales du New York Times, fustigeant l’homme qu’il a aidé à amener au pouvoir.

« Israël est un miracle, a écrit Lauder lundi. « Les Juifs de la diaspora admirent Israël, admirent ses réalisations étonnantes et le considèrent comme leur seconde patrie. Cependant, aujourd’hui, certains se demandent si la nation qu’ils chérissent n’est pas en train de se perdre en chemin. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...