Les fleuristes cachent les roses rouges dans leur arrière-boutique, les chocolats en forme de cœur se vendent sous le manteau : malgré l’interdiction de la police religieuse, de jeunes Saoudiens sont bien déterminés à fêter la Saint-Valentin.

Dans sa vitrine, Hussein, un fleuriste d’un quartier de Riyad, a mis des bouquets de roses blanches, des iris oranges, des hortensias violets.

« J’ai caché tout ce qui est de couleur rouge, et lorsqu’une patrouille de la police religieuse est venue, elle n’a rien trouvé à redire », dit-il.

Les patrouilles de la redoutable police religieuse, chargée de veiller au respect de la morale islamique, ont commencé mercredi.

Ses hommes sont entrés méthodiquement chez les fleuristes, les confiseries et vendeurs de souvenirs, pour les mettre en garde contre la vente de tout article de couleur rouge ou en forme de cœur, lié à « une célébration commémorée par les infidèles ».

L’Arabie saoudite applique une interprétation extrêmement rigoriste de l’islam et la ségrégation des sexes y est imposée.

Une saoudienne se rend chez un fleuriste, le 13 février 2013 à Ryad (Crédit : AFP/Fayez Nureldine)

Une saoudienne se rend chez un fleuriste, le 13 février 2013 à Ryad (Crédit : AFP/Fayez Nureldine)

Seule une frange libérale parmi la population célèbre la Saint-Valentin dans cette société ultra-conservatrice où les hommes de religion sont très écoutés.

L’un des prédicateurs les plus populaires, Mohammed Al-Oreifi, qui revendique des centaines de milliers d’abonnés sur Twitter, a ainsi écrit sur son compte que ceux qui fêtent la Saint-Valentin « veulent imiter les infidèles » et a dénoncé « cette luxure ».

Hussein montre les roses rouges qui s’entassent dans son arrière-boutique.

« J’ai vendu au moins 350 roses rouges, à vingt rials l’unité (5,5 dollars) », dit-il. « Beaucoup de femmes nous appellent au téléphone pour commander des roses, de peur de la police religieuse », ajoute le jeune homme.

Kumar, un autre fleuriste, a pris peur après le passage des hommes de la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (police religieuse).

Il montre dans son arrière-boutique les bouquets rouges: « Nous allons les vendre à un magasin de chocolats », dit-il.

Pas de chocolats en forme de coeur

Les chocolatiers se sont eux aussi abstenus de mettre dans leur vitrine des chocolats rouges ou en forme de cœur.

« Nous en avons, mais la police religieuse est passée, et nous a mis en garde. Nous les avons retirés, nous ne voulons pas de problèmes », dit en souriant le propriétaire d’un magasin qui ne veut pas donner son nom.

Mais il n’hésite pas à vendre discrètement les chocolats de circonstance qu’il a cachés.

Un employé égyptien d’un autre magasin situé dans un centre commercial indique que « la police religieuse nous a forcés à retirer les chocolats en forme de cœur ou enveloppés de papier rouge ».

« Pourquoi les interdisent-ils ? Ce n’est que du chocolat ! », s’emporte un client, mais un vieux Saoudien lui jette un regard noir.

« Ce n’est que du chocolat! »

Un client chez le fleuriste

A Jeddah, ville portuaire plus libérale située dans l’ouest du royaume, certains fleuristes ont cependant ouvertement vendu des roses rouges cette année.

« La police religieuse n’est pas venue. Et nous ne faisons d’ailleurs rien de mal », dit Abou Zakaria, un fleuriste d’un quartier nord de la ville.

« Certains jeunes gens ont célébré la Saint-Valentin dès mercredi soir, en organisant de petites soirées et en échangeant des cadeaux », dit Thamer Hussein, 42 ans.

Ils entendaient probablement ainsi déjouer la surveillance de la police religieuse, qui doit intensifier vendredi la traque des couples non mariés, qui ont l’interdiction formelle de se côtoyer.