La gare routière centrale de Tel Aviv est un énorme bâtiment avec un air sale, légèrement menaçant. Des hommes soûls, à moitié habillés, titubent dans des couloirs sombres. Mais un samedi soir de janvier, les halls principaux du bâtiment grouillaient de travailleurs étrangers, faisant des courses, mangeant aux stands de cuisine ethnique et envoyant de l’argent à la maison.

Un par un, je m’approche des groupes de travailleurs.

« Parlez-vous anglais ? Hébreu ? Je suis journaliste pour le Times of Israel. J’aimerais vous poser des questions sur les frais d’intermédiaire. Avez-vous dû payer pour venir en Israël ? »

La plupart partent rapidement. D’autres disent « Je ne sais rien de cela ». Mais finalement, plusieurs personnes ont accepté de me parler tant que je ne dévoilais pas leur identité.

Un groupe de quatre femmes travaillant dans le service à la personne et venant des Philippines m’ont dit qu’elles avaient chacune payé environ 8 000 dollars pour venir en Israël. Une femme a dit qu’il lui avait fallu un an juste pour payer le prêt qu’elle avait fait pour couvrir ces frais.

Deux autres femmes des Philippines ont indiqué des montants similaires.

« Y a-t-il quelqu’un des Philippines qui n’a pas eu à payer pour venir ici ? », ai-je demandé.

« Non », ont-elles répondu en chœur, secouant la tête.

Un groupe d’hommes thaïlandais a refusé de me répondre quand je leur ai parlé des frais d’intermédiaire, mais deux femmes indiennes achetant des pulls m’ont dit que dans leur pays cela coûtait 12 000 dollars pour obtenir un travail en Israël. Pour un homme originaire d’Inde, m’a dit un troisième travailleur, le coût est plus proche de 17 000 dollars.

Vie générale de la gare routière centrale de Tel Aviv. (Crédit : Gili Yaari / Flash 90).

Vie générale de la gare routière centrale de Tel Aviv. (Crédit : Gili Yaari / Flash 90).

« Vous payez l’argent ici ou en Israël ? »

« Moitié moitié », a répondu un homme.

« C’est dangereux d’en parler, m’explique un travailleur indien. Si vous ne payez pas, des gens en Inde peuvent blesser votre famille, et même tuer quelqu’un. Et si vous donnez l’information aux médias, les compagnies en Inde peuvent en venir après vous. »

Très peu des 55 000 Israéliens qui emploient des aides domestiques étrangères pour des personnes âgées ou handicapées sont conscients de la dette et de la menace qui planent sur la tête des travailleurs qu’ils accueillent chez eux.

« 100 % des aides domestiques étrangères payent des frais d’intermédiaires » dit Idit Lebovitch, coordinatrice pour le personnel soignant migrant à Kav LaOved, une ONG israélienne qui défend les travailleurs étrangers.

Ces travailleurs gagnent habituellement le salaire minimum israélien de 4 650 shekels par mois. Les frais d’intermédiaires qu’ils doivent payer sont de plusieurs fois leur salaire mensuel. La plupart de ces charges sont illégales en Israël. Néanmoins, elles sont la norme.

Jusqu’à récemment, une agence de placement israélienne pouvait légalement faire payer à un travailleur étranger un total de 3 400 shekels en frais de placement.

Aujourd’hui, ils ne peuvent faire payer aux employeurs que 2 000 shekels à l’embauche, plus 70 shekels par mois. La plupart du reste de leur salaire, des centaines de dollars par travailleur, atteindrait ces compagnies de placement par des moyens illégaux, des enveloppes échangées de main à main ou des virements vers des banques off-shore.

Les critiques parlent d’histoire d’extorsion de personnes qui, désespérées de gagner de l’argent pour leurs familles, quittent ces familles, souvent pour des années, pour fournir un service vital en Israël et deviennent une proie sans protection du gouvernement.

Une porte-parole de la police israélienne, contactée à propos des accusations sur une sphère entièrement corrompue autorisée à fonctionner, a refusé de répondre aux préoccupations générales, déclarant qu’elle ne pouvait réagir que sur une affaire spécifique.

Un Philippin prend soin d'un Israélien âgé en fauteuil roulant. (Photo d'illustration, crédit : Abir Sultan/Flash90)

Un Philippin prend soin d’un Israélien âgé en fauteuil roulant. (Photo d’illustration, crédit : Abir Sultan/Flash90)

Où va l’argent ?

« Nous pensons que 70 à 80 % de ces frais vont à des entreprises israéliennes”, a déclaré Lebovitch (et la majorité du reste aux agents dans les pays d’origine des travailleurs). Mais c’est dur à prouver. La plupart des travailleurs paient à l’étranger et pas ici. Ils transfèrent l’argent en liquide via des Israéliens qui viennent dans leur pays, via des comptes bancaires sous un faux nom ou par des compagnies prête-noms qui ont des adresses à l’étranger. »

Lebovitch dit qu’il n’y a aucun moyen qu’une agence de placement israélienne puisse survivre sur les frais qui sont autorisés à la facturation par la loi. Le gouvernement n’augmente pas ces frais parce qu’il sait qu’elle facture des frais supplémentaires illégaux.

Yotam Polizer, directeur d’IsraAID, une ONG humanitaire, dit que quand il a travaillé à l’ambassade israélienne au Népal il y a sept ans, il a interrogé des agents locaux qui lui ont dit que 80 % des frais d’intermédiaires étaient transférés aux agences de placement israéliennes.

« Une partie de mon travail était d’interroger les travailleurs migrants venant en Israël. J’ai découvert qu’ils payaient entre 8 et 12 000 dollars aux compagnies au Népal et en Israël. Il y avait 150 agences de placement en Israël simplement pour les aides à domicile. J’ai estimé qu’ils gagnaient un milliard de shekels par an de frais illégaux. »

A la suite des découvertes de Polizer, Israël a cessé d’accepter des travailleurs étrangers du Népal en 2009. Mais les compagnies de placement ont fait venir plus de travailleurs d’Inde et du Sri Lanka, où les frais sont aussi élevés. Polizer note qu’il y a eu plusieurs procès en Israël portant sur les frais d’intermédiaires, entraînant la perte de licence de plusieurs agences de placement, mais dit que les mêmes compagnies ont rapidement rouvert sous un autre nom.

Rivka Makover, directrice du département de planification du ministère de l’Economie, a déclaré devant une commission spéciale de la Knesset sur les travailleurs étrangers en 2010, « Combien les travailleurs étrangers doivent payer pour avoir le droit de venir en Israël ? Entre 8 et 10 000 dollars. Il y a des preuves que ces travailleurs étrangers paient de très fortes sommes d’argent, c’est un fait indiscutable. Au moins la moitié de cela est partagée entre la compagnie à l’étranger et celle en Israël. Ce sont des compagnies dont je me suis occupée avec cette correction en cours de la régulation. »

Idit Lebovitch de Kav LaOved (crédit : Facebook)

Idit Lebovitch de Kav LaOved (crédit : Facebook)

Selon Kav LaOved, les travailleurs étrangers prennent souvent des prêts dans leur pays d’origine pour payer ces frais illégaux. Il faut en moyenne deux ans de travail en Israël à un travailleur pour rembourser ce prêt. Pendant ce temps, les aides domestiques feront ce qu’il faut pour garder leur emploi, même accepter une violation de leurs droits.

Par exemple, Lebovitch décrit le cas d’une aide domestique philippine qui s’occupait d’une personne âgée, un homme atteint de démence, qui se masturbait à chaque fois qu’elle l’aidait à se doucher et lui demander de le caresser. « L’homme était dément – il ne savait probablement pas la moitié du temps ce qu’il faisait. Néanmoins, c’est quand même du harcèlement sexuel. La femme a continué à travailler là-bas jusqu’à ce qu’elle ait presque fini de rembourser son prêt, puis elle a démissionné. »

Lebovitch dit qu’elle a tout vu, des employeurs qui forcent leurs aides domestiques à travailler sept jours par semaine à ceux qui ne paient pas complètement les salaires aux cas d’agressions physiques et sexuelles. Dans beaucoup de cas, les employés n’ont le courage de démissionner qu’après leur première ou deuxième année dans le pays, quand ils ont réussi à payer leur dette de frais d’intermédiaires.

En 2010, le département d’Etat américain a publié un rapport sur le trafic d’êtres humains (Trafficking in Persons Report) classant Israël dans le second échelon sur quatre pour le trafic d’êtres humains.

La plupart des pays occidentaux sont situés dans le premier échelon, alors que le deuxième comprend l’Afghanistan, l’Angola et Madagascar. Le rapport a établi que « les travailleurs peu qualifiés de Thaïlande, de Chine, du Népal, des Philippines, d’Inde, du Sri Lanka, et, à moins haut niveau, de Roumanie et de Turquie, émigrent volontairement et légalement en Israël pour travailler dans la construction, l’agriculture et le service au personne.

Certains font cependant ensuite face à des conditions de travail forcé, y compris à des pratiques comme le retrait illégal de passeports, des restrictions de déplacements, une incapacité à changer ou du moins à choisir un employeur, le non paiement de leurs salaires, les menaces, et l’intimidation physique.

« Beaucoup d’agences de recrutement dans les pays d’origine et en Israël demandent aux travailleurs de payer des frais de recrutement s’élevant en moyenne à 1 000 à 10 000 dollars, continuait le rapport, bien que les travailleurs chinois paient souvent plus de 20 000 dollars – une pratique rendant les travailleurs très vulnérables au trafic ou à l’assouvissement à la dette une fois en Israël. Les trafiquants sont habituellement les employeurs légaux des travailleurs migrants et les agences de recrutement à la fois en Israël et dans le pays d’origine des migrants. »

Cinq ans après ce rapport, le département d’Etat a augmenté la note d’Israël et l’a classé dans le premier échelon, le plus élevé, après des efforts faits par le pays pour endiguer certaines de ces pratiques, particulièrement pour les travailleurs des secteurs de l’agriculture et de la construction.

Le rapport 2015 du département d’Etat écrit : « le gouvernement d’Israël se conforme pleinement aux standards minimums pour l’élimination du trafic. Le gouvernement a soutenu des actions d’application de la loi contre le trafic sexuel et du travail, bien que des tribunaux continuent à condamner à des peines de prison qui ne sont pas proportionnelles à la sévérité du crime. »

Cependant, malgré les efforts du gouvernement, la facturation des frais d’intermédiaires est répandue, beaucoup d’agences de placement continuant à en profiter aux dépens des travailleurs.

« Cela va sans dire, est-il écrit dans un rapport de 2013 de Kav LaOved, que l’argent des frais d’intermédiaires n’est pas déclaré aux autorités fiscales et constitue un revenu non déclaré. Il apparaît que les compagnies de placement à la fois en Israël et dans les pays d’origine [des travailleurs] sont des lobbys puissants, et c’est ce qui empêche le gouvernement de faire d’autres changements pour faire venir des travailleurs étrangers ou pour appliquer la loi qui prohibe la facturation de frais d’intermédiaires. »

Les preuves d’une telle pression peuvent être trouvées dans la condamnation en 2008 du député Shlomo Benizri, du parti Shas, pour avoir accepté des pots-de-vin de Moshe Sela, le propriétaire d’une agence de placement, en échange de l’augmentation du quota de travailleurs étrangers que la compagnie de Sela pouvait faire venir en Israël.

L'ancien député Shlomo Benizri (Shas) salue ses soutiens avant à l'entrée de la prison. Benizri a été condamné à 4 ans de prison pour avoir accepté des pots-de-vin du propriétaire d'une agence de placement. (Crédit : Liron Almog / FLASH90)

L’ancien député Shlomo Benizri (Shas) salue ses soutiens avant à l’entrée de la prison. Benizri a été condamné à 4 ans de prison pour avoir accepté des pots-de-vin du propriétaire d’une agence de placement. (Crédit : Liron Almog / FLASH90)

« La plupart des agences de placement israéliennes sont-elles corrompues ? » ai-je demandé à Lebovitch, de Kav LaOved. Elle est catégorique : oui, c’est le cas.

Le Times of Israel a contacté l’association des agences de placement israéliennes pour une réponse. Une avocate de l’organisation a déclaré qu’elle n’avait pas connaissance du sujet des frais d’intermédiaires.

Les roues de la justice

Sabine Hadad, une porte-parole du ministère israélien de l’intégration des immigrants, dit qu’il est bien connu que les agences de parlement israéliennes facturent des frais d’intermédiaire illégaux.

« Vous ne nous dites rien de nouveau », répond-elle quand je lui décris mes conversations avec des travailleurs.

« Alors pourquoi ne pas simplement arrêter les directeur de ces agences », ai-je demandé.

« Parce que vous devez le prouver. Si vous avez une agence de détectives, je vous en prie. Ce n’est pas aussi simple que vous le pensez. »

Hadad dit que son ministère a énormément travaillé sur ce sujet ces cinq dernières années. Plutôt que de prouver que des agences de placement individuelles blanchissent de l’argent et le déposent sur des comptes en banque off-shore, le gouvernement a trouvé un moyen de mettre en échec ces entreprises.

En 2011, le gouvernement a décidé que les travailleurs étrangers en Israël ne serait employé que via des accords bilatéraux entre Israël et leur pays d’origine. Dans le cadre de ces accords, les travailleurs sont recrutés sous la supervision du gouvernement ainsi que de l’organisation internationale de la migration (OIM). Les agences de placement peuvent conseiller dans le processus mais ne sont pas responsables du placement direct des travailleurs.

Jusqu’à présent, Israël a signé des accords bilatéraux avec la Thaïlande pour les ouvriers agricoles ainsi qu’avec la Roumanie, la Bulgarie et la Moldavie dans le secteur de la construction. En conséquence de ces accords, les travailleurs thaïlandais paient 2 200 dollars de frais, contre 9 000 dollars avant l’accord, selon un rapport du centre pour la migration internationale et l’intégration (CMII), une ONG fondée par JDC-Israël. Les Bulgares ne paient que 500 dollars pour le voyage, les examens médicaux et la traduction des documents. Ces frais sont légaux, dit Lebovitch, et supervisés par l’OIM. Lebovitch dit que ces accords bilatéraux ont décimé les agences de placement – réduisant leur nombre dans le secteur de l’agriculture de 75 %.

Des ouvriers agricoles thaïlandais rassemblent des feuilles de basilic des champs d'épices et d'herbes du village juif de Naama, près de Jéricho, dans la vallée du Jourdain, le 25 mars 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90.)

Des ouvriers agricoles thaïlandais rassemblent des feuilles de basilic des champs d’épices et d’herbes du village juif de Naama, près de Jéricho, dans la vallée du Jourdain, le 25 mars 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90.)

Mais les aides domestiques, qui représentent la majorité des travailleurs étrangers en Israël, n’ont pas encore vu d’accords bilatéraux, c’est pourquoi ils sont toujours facturés de frais d’intermédiaire illégaux. Hadad dit que le gouvernement est sur le point de lancer un programme pilote avec le Népal, et que s’il réussit, cela pourrait être le début de la fin des frais d’intermédiaires pour les travailleurs étrangers.

« Les accords bilatéraux sont longs à négocier », dit Hadad, ce qui explique pourquoi les travailleurs continuent à être facturés. « Parfois c’est l’autre partie qui traîne des pieds » dit-elle, citant la Chine en exemple.

Lebovitch, de Kav LaOved, dit qu’Israël a approché la Chine pour négocier un accord bilatéral, mais la Chine hésite, en partie parce que les agences de placement en Chine sont aussi réticentes à abandonner leurs frais d’intermédiaires.

‘Se battre contre des moulins à vents’

Environ 4 500 aides domestiques étrangères entrent en Israël chaque année, selon un rapport de 2013 du centre d’informations et de recherche de la Knesset.

En 2007 – 2008, le nombre était plus proche de 9 000, mais en réponse aux critiques, le gouvernement a changé sa politique et autorise maintenant les travailleurs étrangers à rester plus longtemps. Toutes ou presque ces aides domestiques, dont la majorité viennent des Philippines, de l’Inde et du Sri Lanka, paient des frais d’intermédiaires illégaux qui constituent une somme d’argent considérable dans leurs pays d’origine.

Pourquoi le gouvernement israélien ne sévit-il pas sur cette grande urgence ?

Lebovitch de Kav LaOved soupire lourdement.

« Les questions que vous posez sont les questions que j’ai posées il y a sept ans quand j’ai commencé à travailler là-dessus. J’ai dit ‘Comment chacun peut-il savoir ça et ne rien faire ?’ »

« Le gouvernement dit deux choses. D’abord, il n’y a aucun moyen de localiser l’argent. Ensuite, dès que c’est un crime international qui ne se produit pas dans les frontières israéliennes, le gouvernement n’a pas la compétence pour le traiter. »

« Nous avons essayé, a-t-elle ajouté. Nous avons approché l’autorité israélienne de prohibition du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme, nous avons approché les autorités fiscales ; nous avons rempli une pétition auprès de la haute cour de justice. Il y a des institutions qui sont plus volontaires que d’autres, mais la plupart abandonnent assez vite. Ils recherchent le témoignage d’aides domestiques mais la plupart ne veulent pas porter plainte, ils ont peur. S’ils ne portent pas plainte, c’est comme si aucun crime n’avait été commis. »

Lebovitch dit que Kav LaOved s’est battu et se bat toujours contre le problème des frais d’intermédiaires. « Mais c’est un peu comme se battre contre des moulins à vent. »

Pourquoi les travailleurs chinois sont-ils si désirables ?

En septembre, une réunion spectaculaire du gouvernement a eu lieu, comme annoncé dans la presse israélienne. Avigdor Yitzhaki, directeur du logement au ministère des Finances, a demandé que le gouvernement approuve d’urgence l’entrée de 20 000 ouvriers chinois du bâtiment pour qu’Israël puisse remplir le quota du ministre des Finances Moshe Kahlon de 60 000 nouveaux logements par an.

Des représentants du ministère de l’Immigration, le bureau du procureur général, les ministères de l’Economie et de l’Intérieur se sont tous opposés à la demande, alors que l’engagement de 2011 de ne faire venir des ouvriers du secteur de la construction que via des accords bilatéraux revenait à la face d’Israël. Israël et la Chine n’ont pas encore signé un tel accord.

Des travailleurs étrangers chinois qui creusent les tunnels du Carmel dans le nord d'Israël, pendant leur pause déjeuner, le 24 février 2009. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Des travailleurs étrangers chinois qui creusent les tunnels du Carmel dans le nord d’Israël, pendant leur pause déjeuner, le 24 février 2009. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

« Nous sommes inquiets du retour des frais d’intermédiaires [dans le secteur de la construction] », aurait dit le procureur général adjoint Orit Koren à Yitzhaki.

Selon le quotidien financier israélien Calcalist, Yitzhaki s’est levé et est sorti furieux de la pièce, criant « Vous les avocats, torpillez exprès les efforts du gouvernement pour diminuer le coût du logement ! »

Plusieurs jours après, le cabinet a approuvé la demande de Yitzhaki, le ministre de l’Intérieur Silvan Shalom et le ministre de l’Economie Aryh Deri [Shalom a quitté la politique et Deri a renoncé au portefeuille de l’Économie pour celui de l’Intérieur pour permettre à Netanyahu de faire avancer son projet sur le gaz naturel] votant contre. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a voté pour.

Interrogé sur la raison du besoin du gouvernement de faire venir 20 000 ouvriers du bâtiment de Chine, et pas de Bulgarie ou de Roumanie, qui ne paient pas de frais d’intermédiaires, la porte-parole du ministère de l’Immigration Sabine Hadad dit que « nous ne savons pas pourquoi. Nous nous posons nous-mêmes aussi la question. »

Bien qu’un porte-parole du bureau du Premier ministre ait répondu à l’appel du Times of Israël quand il a été contacté, il n’a pas répondu à la question.

Michal Rozin, députée Meretz, qui était autrefois la présidente de la commission des travailleurs étrangers de la Knesset, qui n’existe plus, a déclaré qu’il y a une large impression dans le secteur de la construction que les ouvriers chinois sont plus industrieux.

La députée du Meretz Michal Rozin pendant la réunion d'une commission à la Knesset, le 26 novembre 2013. (Crédit : Flash 90)

La députée du Meretz Michal Rozin pendant la réunion d’une commission à la Knesset, le 26 novembre 2013. (Crédit : Flash 90)

« Il y a eu des problèmes avec des travailleurs roumains et bulgares buvant de l’alcool. Les promoteurs sont venus et ont dit que pour les hauts bâtiments, les experts sont les Chinois. Ils construisent plus vite que tous les autres. »

Craig James, un rénovateur, a déclaré au Times of Israel qu’il avait personnellement été témoin d’ouvriers chinois travaillant par tranche de 36 heures.

« Je pense que la compétition est si intense là d’où ils viennent qu’ils sont habitués à travailler extrêmement dur. »

Rozin pense aussi que la préférence exprimée par les promoteurs est sincère, puisque certains ouvriers du bâtiment chinois gagnent jusqu’à 20 000 shekels par mois et que les promoteurs israéliens préfèrent quand même les payer malgré ces salaires. Néanmoins, est-ce une coïncidence que les ouvriers chinois paient aussi les frais d’intermédiaires les plus élevés du marché, – plus de 20 000 dollars.

« J’ai posé aux ministres des Finances et du Logement la même question » dit Rozin.

Yotam Polizer, chef de mission et directeur pour l'Asie d'IsraAID, avec un militaire népalais, dans une photo diffusée par IsraAID le 28 avril 2015. (Crédit : autorisation d'IsraAID)

Yotam Polizer, chef de mission et directeur pour l’Asie d’IsraAID, avec un militaire népalais, dans une photo diffusée par IsraAID le 28 avril 2015. (Crédit : autorisation d’IsraAID)

Rozin dit que maintenant que le gouvernement a approuvé l’entrée de plus de travailleurs chinois, il y a un combat à la Knesset pour savoir s’ils viendront avec ou sans accord bilatéral.

« Il est important que les travailleurs aient du pouvoir et des droits. Je n’ai initialement pas demandé de faire venir des travailleurs chinois ici parce que leurs dettes sont trop importantes. Nous ne voulons pas engager des esclaves, nous voulons engager des travailleurs », dit-elle.

En attendant, le gouvernement chinois n’a toujours pas accepté d’envoyer de travailleurs en Israël sans accord bilatéral. En janvier, Netanyahu a même envoyé une lettre à son homologue chinois l’encourageant à accélérer le processus.

« Les Chinois n’aiment pas quand un autre pays, comme Israël, leur dit comment conduire leurs affaires » remarque Rozin. Il y a aussi la question que les constructions de ces logements que Kahlon souhaite, se situent en Cisjordanie.

Dans ce qui pourrait être un changement de stratégie, le dimanche 7 février, le cabinet de sécurité israélien a approuvé des permis pour plus de 30 000 travailleurs palestiniens qui travaillent en Israël, beaucoup dans la construction.

Que peut faire une famille ?

En attendant, dans le secteur du service aux personnes, que peut faire une famille israélienne si elle cherche à employer un travailleur étranger mais ne veut pas participer à un système qui enrichit les agences de placement qui transforment les migrants en esclave de la dette ?

Yotam Polizer d’IsraAID dit que le mieux que l’on puisse faire dans les circonstances actuelles est d’employer un travailleur qui est déjà dans le pays depuis plusieurs années. « De cette manière, ils ont déjà payé leur dette, et c’est aussi mieux pour les personnes âgées, parce que ce travailleur parle hébreu et connait le pays. »

Michal Rozin dit que c’est également une bonne idée pour les employeurs de vraiment parler à leurs aides domestiques à propos de cela. « Demandez-leur, ‘aimez-vous travailler ici ? voulez-vous travailler ailleurs ? avez-vous des dettes ?’ Intéressez-vous à leur bien-être. »

Comme me l’a dit un travailleur philippin : « ce n’est pas un travail facile. Il y a beaucoup de nuits où je ne dors pas. Mais c’est notre vie. »