NETANYA (JTA) – Sur les murs, des images : un soldat musclé grimpe à la corde, deux autres s’entraînent au combat rapproché, un groupe court sur la plage. Elles sont là pour motiver d’autres soldats.

Ceux-là, entassés dans l’unique pièce de l’immeuble de la base d’entraînement Wingate sont pour la plupart des soldats bedonnant cinquantenaires. Mardi matin, avant le lever du soleil, ils sont plusieurs dizaines en chaussettes et tenues de sport à se préparer pour la pesée d’une session du programme (« Changer de silhouette » en français) de perte de poids de l’armée pour les soldats israéliens.

Au moins une fois par semaine, durant un programme de six mois, des soldats israéliens, haut-gradés pour la plupart, viennent de tout le pays dans la ville balnéaire de Netanya pour se peser, faire du sport et apprendre à vivre sainement. Le programme propose un suivi le reste de la semaine et durant toute l’année.

Bien qu’Israël soit salué pour son régime alimentaire méditerranéen et son espérance de vie, la population a beaucoup grossi. Près de la moitié des adultes israéliens sont en surpoids ou obèses selon le ministère de la Santé en 2014. À titre de comparaison, 71 % des Américains de plus de 20 ans sont en surpoids ou obèses, selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies, en 2015. Ce taux a augmenté de 32,2 % durant la dernière décennie.

Cette année, le ministère de la Santé a lancé une campagne choc contre la mauvaise alimentation. Le ministre de la Santé Yaakov Litzman a carrément appelé à l’interdiction de McDonald’s, et son ministère a financé un spot publicitaire contre les boissons sucrées en y incluant un bouteille du style Cola-Cola. La semaine dernière, Litzman a exhorté les Israéliens à « éviter de manger de soufganiyot », les beignets traditionnels frits mangés durant la saison de hanoukka.

Pesée des participans au programme Changes of Shape, à Wingate, base d'entraînement de l'armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Pesée des participans au programme Changer de silhouette, à Wingate, base d’entraînement de l’armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

« Changer de  silhouette » est l’une des plus grandes contributions de l’armée israélienne à la chasse aux bourrelets. Contrairement aux clubs de santé façon « boot camp », dans lesquels des entraîneurs-sergents poussent les participants vers des exercices extrêmes et des régimes draconiens, l’armée israélienne a choisi une toute autre approche de la perte de poids que lors de la préparation à la guerre pour ses soldats.

La major Shani Fonk, 33 ans, directrice du programme a expliqué que le secret de la réussite de ce programme est dans la culture de l’armée.

« Tout le monde se sent à la maison ici », dit-elle. « Ils sentent que nous voulons qu’ils réussissent, de l’intérieur, pas par rapport à de l’argent ou de la fierté. Mais parce que c’est important pour nous. Et ça l’est vraiment. »

Yair Karni, 65 ans, est coach fitness dans le programme. Il a été l’un des plus grands marathoniens d’Israël à ce jour, et sa vision du travail est moins sentimentale : « je prends des gros et j’en fais des minces », déclare-t-il.

Mardi, après avoir enregistré leur poids et leur pourcentage de masse graisseuse, les soldats se dirigent vers la salle de gym pour une heure de course. Karni dirige l’exercice avec l’aide de jeunes soldates en sweatshirts noirs. Certains officiers bavardent en slalomant entre les cônes, un autre prend un appel sur son portable.

Au début de peloton se trouve Dror Gonen, 43 a ans, Premier Maître dans la marine israélienne où il a servi pendant 25 ans,  toute sa vie, il a lutté contre les kilos. Il y a quelques années, son poids a grimpé pour atteindre les 150 kilos. Avec sa femme, il a entrepris un parcours en chirurgie bariatrique en 2013 et a perdu près de 50 kilos.

Mais l’an dernier, son poids a recommencé à grimper.

Dror Gonen s'étire durant un exercice à Wingate, base d'entraînement de l'armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Dror Gonen s’étire durant un exercice à Wingate, base d’entraînement de l’armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Gonen a rejoint le programme en novembre. Il quittera l’armée en avril, avec une dizaine d’autres militaires, pour laisser la place à la jeune génération. Gonen a comme projet de travailler avec la jeunesse à risque et espère faire bonne impression dans ses futurs entretiens d’embauche.

Comme Fonk, Gonen affirme que la clé de l’efficacité de ce programme repose dans le sens de communauté caractéristique à l’armée. Durant les 7 premières semaines du programme, il a perdu plus de 7 kilos. Mais il craint de ne pas réussir à maintenir le rythme une fois le programme terminé.

« C’est plus facile [dans le programme] parce que nous sommes tous pareils », dit-il. « Notre mode de vie est le même. Nous mangeons tous la même chose. Notre quotidien est quasi-identique. »

« Ça sera plus dur quand je serais seul, mais je cherche à intégrer un groupe de running », dit-il.

Les craintes de Gonen sont confirmées par la recherche. Une étude réalisé sur les participants à huitième saison de « The Biggest Loser », une émission de télé-réalité à succès de la chaîne NBC a montré que 6 ans plus tard, la plupart d’entre eux avaient repris une bonne partie du poids perdu. Quatre des 14 participants étaient même plus lourds qu’au début de l’émission. Les chercheurs ont pointé du doigt le ralentissement du métabolisme ainsi que les envies et les grignotages, peuvent être dus une baisse du taux d’hormones de la satiété.

Israël a sa propre version « The Biggest Loser ». L’émission s’appelle « Going Down Big Time ».

La Major Shani Fonk, 33 ans, directrice de Changes of Shape, devant une classe de Wingate, base d'entraînement de l'armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

La Major Shani Fonk, 33 ans, directrice de Changes of Shape, devant une classe de Wingate, base d’entraînement de l’armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Mais Fonk, qui est responsable du « Département Mode de vie sain » à Wingate, a déclaré qu’à l’inverse des émissions de télé-réalité conditionnées à l’audimat, l’optique communautaire de ce programme aide les participants à éliminer les kilos en mettant en place des changements à long terme sur leur mode de vie.

« Les études montrent que dans le monde entier, 50 % des personnes qui entreprennent de tels programmes rechutent », dit-elle. « La différence avec les autres programmes, c’est qu’ils ne font pas de changement à grande échelle. Nous intervenons sur tous les aspects de la vie des militaires, la nutrition, la forme physique, la psychologie, le soutien familial. »

Selon elle, le taux de réussite de ce programme n’est pas encore prêt à être publié.

Karmi a cependant déclaré que 60 % des participants ont réussi, dans le sens où 5 ans plus tard, ils n’ont pas repris de poids et sont en bonne forme physique.

« En bonne forme physique, cela signifie qu’il peuvent courir 10 kilomètres. On ne peut pas mentir sur un 10 000 mètres, vous savez ? »

Yair Karni dirige un exercice à Wingate, base d'entraînement de l'armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Yair Karni dirige un exercice à Wingate, base d’entraînement de l’armée, à Netanya, le 13 décembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Chaque mardi, après l’exercice, qui est suivi d’un petit-déjeuner composé d’œufs, de salades et de café, Karni donne un cours sur le mode de vie sain. La semaine dernière, il a commencé par parler d’une nouvelle « tentation » qui débarque en Israël : un hamburger avec du pain-beignet de chez Burger King.

« C’est la pire association qui existe : farine blanche, sucre blanc et de la friture », dit-il devant la classe. « Et bien-sûr, il y a le hamburger qu’ils y mettent. »

Il a poursuivi en expliquant la défaillance dans les approches célèbres de la perte de poids, des régimes liquides aux pilules coupe-faim en passant par les régimes hypoglucidiques. Les militaires, d’ordinaire en position de force, n’hésitaient pas à l’interrompre, causant de nombreuses crises de fou-rires bonnes pour la ligne.

Une fois le calme revenu, Gonen demande « Quand notre chemin se termine et que nous devons en prendre un nouveau, comment continuer ? Avez-vous des outils pour nous aider à savoir quoi faire après le programme ? ».

Fonk s’interpose : « Je sais que vous avez envie de continuer, et c’est génial. Parlez-en à vos unités. Je sais que certains ont appliqué nos principes dans leurs unités, et c’est plus facile quand on implique d’autre personnes. Vous êtres bien entourés. »